
Une mission de la Banque mondiale séjourne du 21 septembre au 2 octobre à Brazzaville et à Pointe-Noire pour examiner l’avancement du Projet de protection sociale et d’inclusion productive des jeunes (PSIPJ), doté de 133 millions de dollars. Dix ans après le lancement du programme Lisungi dont il prolonge l’action, le dispositif vient de délivrer ses premiers diplômes à de jeunes bénéficiaires et doit désormais convaincre qu’il peut transformer des mois de formation en revenus durables.
Pendant deux semaines, les experts de la Banque mondiale passent en revue, avec les autorités congolaises, l’état d’exécution du PSIPJ mais aussi celui d’un second chantier moins connu concernant un projet pilote consacré au développement de la petite enfance. La délégation doit s’entretenir avec le ministre chargé du Plan, gouverneur du Congo à la Banque mondiale, avec la ministre de la Solidarité nationale et avec la ministre des Affaires sociales, qui assure la tutelle du PSIPJ. Des visites de terrain sont également prévues sur des sites pressentis pour accueillir de futures crèches communautaires, signe que l’institution entend arrimer la protection sociale des jeunes adultes à celle de la toute petite enfance.
De Lisungi au PSIPJ, une décennie de filets sociaux
Le PSIPJ prend la suite du programme Lisungi, qui signifie « aide » ou « soutien » en lingala, lancé en 2014 avec un financement initial de 17 millions de dollars, partagé entre un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) et une contribution du gouvernement congolais. Conçu pour verser des transferts monétaires conditionnés à la scolarisation et au suivi sanitaire des enfants, Lisungi a, selon la Banque mondiale, bénéficié entre 2015 et 2023 à environ 76 000 personnes par transferts monétaires et à plus de 95 000 autres par des subventions à la création de petites activités, avant de clore officiellement le 29 février 2024.
En juin 2020, la Banque mondiale a approuvé un financement d’urgence de 50 millions de dollars pour le Projet Lisungi de riposte à la Covid-19, censé apporter un transfert exceptionnel à près de 200 000 ménages pauvres. Un financement additionnel de 83 millions de dollars est venu compléter cette enveloppe, portant le total à 133 millions et donnant naissance, le 19 juillet 2024 à Djambala, dans les Plateaux, au PSIPJ tel qu’il existe aujourd’hui : un programme qui ne se contente plus de verser des allocations mais qui y ajoute formation professionnelle et accompagnement vers l’auto-emploi.
Deux parcours pour la jeunesse, un registre encore fragile
Le projet cible 22 000 ménages en situation de pauvreté chronique et 5 000 personnes âgées isolées ou en situation de handicap, à qui s’ajoutent deux parcours réservés aux jeunes vulnérables et déscolarisés de 18 à 35 ans, soit 40 000 candidats à l’auto-entrepreneuriat et 5 000 apprentis. L’identification des bénéficiaires repose sur le Registre social unique (RSU), un outil créé dès 2015 mais dont plusieurs acteurs du secteur social jugent encore l’appropriation et la diffusion insuffisantes sur le terrain, un chantier que la mission de la Banque mondiale doit précisément faire progresser.
Premiers diplômés, l’épreuve de l’insertion
Le 29 juillet dernier, au siège du RSU à Brazzaville, la ministre des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, Lydie Pongault, a remis leurs attestations à la première cohorte de 2 256 jeunes de 18 à 35 ans, originaires de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie et Ouesso, formés pendant six à neuf mois dans vingt-deux métiers de l’agriculture, du bâtiment, des services et de l’industrie. La ministre a tenu à démarquer cette protection sociale non contributive d’une simple assistance, la présentant comme un investissement destiné à déboucher sur une activité durable. Depuis le 3 juillet, 160 formateurs ont par ailleurs été préparés à Brazzaville et à Pointe-Noire pour encadrer sur le terrain les coordinateurs chargés d’accompagner les 40 000 candidats à l’auto-entrepreneuriat, preuve que le projet mobilise aussi désormais ses propres relais d’encadrement.
Reste désormais à transformer une attestation ou une idée de projet en source de revenus, dans une économie où l’informel domine et où les débouchés demeurent rares pour les jeunes. C’est ce point que la mission ouverte le 21 septembre doit précisément mesurer, au-delà du nombre de personnes formées ou inscrites au registre.
Cap sur 45 000 bénéficiaires en 2026
Fin décembre 2025, le comité de pilotage du PSIPJ a validé son plan de travail et de budget annuel pour 2026, qui vise 45 000 bénéficiaires directs, comprenant 40 000 jeunes accompagnés vers l’auto-entrepreneuriat et 5 000 formés à un métier. Le tout représente une enveloppe d’environ 44,1 milliards de francs CFA répartie sur cinquante-huit activités. Des retards de paiement avaient été constatés en 2025 ; la coordination du projet indique vouloir y remédier par des mécanismes de décaissement accéléré avant la prochaine vague de formation.
Au-delà des chiffres d’exécution, les experts de la Banque mondiale doivent apprécier la transparence du ciblage des bénéficiaires, la place réservée aux femmes, la fiabilité des paiements numériques et, surtout, la capacité du dispositif à transformer ses cohortes de diplômés en activités qui tiennent dans la durée. Les conclusions de la mission, attendues à l’issue de son passage à Brazzaville et à Pointe-Noire le 2 octobre, orienteront la suite d’un programme qui, dix ans après les débuts de Lisungi, cherche toujours à consolider le pont entre assistance sociale et autonomie économique.




