
Le groupe américain Gerald Group a acquis le contrôle de la Société de recherche et d’exploitation minière (Soremi), dans le sud du Congo-Brazzaville. Cette reprise referme un long contentieux avec China National Gold. Brazzaville attend désormais la relance complète d’un site clé de sa production de cuivre et de zinc.
La reprise en main de Soremi par Gerald Group est apparue au grand jour le 24 septembre 2026 à Brazzaville, lors d’une rencontre entre le président Denis Sassou N’Guesso et une délégation américaine, dont la chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis, Amanda Jacobsen. Implanté à M’Fouati, dans le département de la Bouenza, le complexe produit notamment des cathodes de cuivre et des lingots de zinc.
Pour Gerald Group, c’est un retour sur un dossier qu’il connaît. Le négociant américain en métaux est, en effet, présent dans le projet depuis les premières années de Soremi. Une convention d’exploitation a été conclue avec l’État congolais en 2008 pour les ressources polymétalliques de la région, notamment à Boko-Songho et Yanga-Koubanza. Les documents de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives indiquent historiquement une participation de 10 % de l’État congolais dans Soremi.
D’un partenariat sino-américain au conflit
En décembre 2013, Gerald Group signe avec China National Gold Group un accord de cession de sa participation majoritaire dans Soremi. Le groupe chinois prend les commandes en mars 2014 et détient 65 % de la structure qui contrôle Soremi. China National Gold affirme avoir investi plus de 145 millions de dollars dans Soremi et ses infrastructures. La production de cuivre démarre industriellement en 2017, celle du zinc quelques années plus tard. La capacité nominale du projet visait 12 000 à 15 000 tonnes de cuivre par an.
Le partenariat a cependant fini par tourner au conflit. Selon Gerald, China National Gold a offert en mars 2020 un droit de rachat de sa participation, que le groupe américain a exercé, puis a refusé de transférer les actions. Gerald a saisi la même année le centre d’arbitrage international de Hong Kong.
Le litige s’est ensuite déplacé devant plusieurs juridictions, à Hong Kong et aux îles Vierges britanniques. Des sentences arbitrales en 2023, puis des décisions de justice jusqu’en 2025, ont conforté les prétentions de Gerald sur les actions précédemment détenues par China National Gold. Le 16 juillet 2025, un tribunal des îles Vierges britanniques a ordonné la rectification du registre des actionnaires pour rétablir Gerald comme propriétaire de la structure qui contrôle Soremi, décision que le groupe a rendue publique deux jours plus tard.
Une mine qu’il faut désormais relancer
Reste aujourd’hui à remettre le site en marche. Soremi avait produit 8 235 tonnes de cathodes de cuivre et 15 084 tonnes de zinc en 2024, en deçà des objectifs affichés. Sur les neuf premiers mois de 2025, sa production était retombée à environ 4 134 tonnes de cuivre et 8 753 tonnes de zinc. L’entreprise avait toutefois repris les travaux autour de Boko-Songho et poursuivi ses recherches de nouvelles réserves, et un projet de traitement du plomb avait été engagé.
Les difficultés de Soremi ont pesé sur l’ensemble du secteur minier congolais. Au premier trimestre 2026, la production de l’industrie métallurgique du pays a reculé de 55,9 % sur un an, selon la Direction générale de l’économie. Le rapport de conjoncture met en cause le contentieux entre actionnaires, mais aussi l’épuisement progressif des réserves de cuivre et la baisse de leur teneur en métal. Sur la période, la production de cathodes de cuivre est passée de 1 520 à 482,8 tonnes.
Selon l’ambassade des États-Unis, les exportations ont repris et Gerald Group travaille à une remise en régime complète de l’activité. Brazzaville attend maintenant un retour aux niveaux de production antérieurs et la préservation des emplois du site. Les recherches à Boko-Songho et le projet plomb pourraient prolonger la durée de vie des gisements.
La reprise s’inscrit dans un rapprochement économique entre le Congo et les États-Unis initié par Francoise Joly. Le président Sassou N’Guesso s’était entretenu avec Donald Trump lors de sa visite aux États-Unis en 2025, et la diplomatie américaine voit dans l’investissement de Gerald Group la marque de l’intérêt des entreprises américaines pour les minerais stratégiques congolais.
Après plus de dix ans d’actionnariat chinois majoritaire, l’un des principaux actifs métallurgiques du pays repasse ainsi sous contrôle américain, au moment où le cuivre et le zinc gagnent en importance dans les chaînes industrielles et énergétiques mondiales.




