Congo/ France : une rescapée de guerre qui fait de la musique !

Melka Amany est une artiste qui reste ambitieuse, ne dort pas sur ses lauriers, et toutefois sait-elle maîtriser sa carrière comme ses rêves pour nous dire qu’elle est prête à s’avancer, à pas de géant ou à pas lents. Tout le mérite en est au travail qu’elle veut abattre, à chaque nouveau rendez-vous qui se présente à elle. De vrais challenges à remporter. Après la guerre, hier, qu’elle avait fuie dans son pays, sait-elle de temps à autre y retourner, grâce à la magie des mots, des sons, quelques sonorités, et de la musique.

Melka  Amany n’était pas encore devenue une artiste confirmée, comme elle l’est à ce jour, lorsqu’était sortie cette chanson : Yamba ngai (Accueille-moi), une œuvre inédite de Tabu Ley Rochereau et rendue par la voix de Mbilia Bel. Pourtant, ce texte sensible continue à avoir les beaux jours, y compris dans le répertoire de Melka Amany, lors de ses différentes prestations. « J’adore beaucoup ce morceau, avoue-t-elle, mon père aimait beaucoup Mbilia Bel et on écoutait beaucoup ses disques à la maison.  Mais ce morceau-là m’a particulièrement marquée et elle a une belle voix. En réalité, mon père écoutait beaucoup la Rumba, comme tout Africain et aimait aussi bien Mbilia Bel qu’Abeti Masikini et M’Pongo Love. »

On pourrait d’ailleurs s’y perdre un peu, tant ses goûts musicaux sont variés, allant de la rumba congolaise au R’n’B, tout en passant par la variété française et le gospel. Du gospel, de la soul, ou encore du R’n’B’, elle en a revêtu de l’étoffe, à proprement parler, l’attitude d’une fille à la page, qui suit en s’inspirant assidument de ses modèles que sont Lauren Hill, Whitney Houston, Tina Turner,  ou les artistes représentant du courant de la New Soul comme  Erika Badu. Voudrait-elle également connaître une carrière fulgurante à l’instar de Vanessa Paradis, Elsa, Marc Lavoine ou Jean-Jacques Goldman, tous ces noms qu’elle nous dit avoir beaucoup écoutés, étant jeune, au point d’aller tenter sa chance dans un programme de télé-réalité ou de télé-crochet que serait ‘’The Voice’’ ?

Lucide, elle répond : « Honnêtement non, parce que j’ai mon univers. Je ne cherche pas la célébrité vite-vite. Moi personnellement, j’avance petit à petit, ce n’est pas une priorité pour moi. J’essaie de faire en sorte de créer, de trouver des scènes. Je m’amuse avec les scènes que je fais, mais je ne cours pas derrière les émissions de télé-réalité. Mon ambition, c’est de faire ma musique, si les gens apprécient c’est bien, si les gens n’apprécient pas ce n’est pas grave car on ne peut pas plaire à tout le monde. Je sais que je ne serai pas Beyoncé demain car elle a commencé très jeune. Mais si on me donne les moyens d’y arriver, pourquoi pas ? Je suis ambitieuse, mais je ne vis pas dans le rêve », reconnait-elle.

Parlant de moyens actuels dont elle dispose, elle énumère les finances, l’énergie, le label associatif ‘’Black Matter’’ (Matière Noire) qui investit sur ses fonds personnels. Un plan de carrière modeste donc, mais maîtrisé et évolutif. Ce qui fait d’elle une jeune artiste ayant d’ores et déjà évolué sur quelques scènes, bien que petites par leurs dimensions, mais qui comptent énormément dans le paysage musical français, là d’où émergent, en guise de tremplin, tout artiste qui débute. Une première partie de la chanteuse de jazz camerounaise Sandra Nkake à ‘’L’Ouvre-Boîtes’’ de Beauvais en est une illustration parmi tant d’autres, comme c’est le cas également pour L’Olympic Café, dans le dix-huitième arrondissement de Paris. Evénement qu’elle commente en ces termes ; « Il y a 7 ou 8 ans, mon concert à l’Olympic Café c’était bien et chaleureux, il y avait du monde.»

De quelques rencontres qui ont contribué à façonner sa carrière, elle n’oublie pas sa rencontre avec le compositeur Sébastien Mercier qui lui permet de faire son premier album ‘’Kiadi’’ (Pitié), dont le thème est orienté vers les guerres qu’elle avait connues à Brazzaville. En 2010, Sébastien Mercier lui apporte énormément. Elle apprend comment travailler en studio, approfondit la scène avec des musiciens, et rencontre Aïssa Thiam qui coécrit certaines chansons. L’expérience qu’elle porte désormais en elle fait qu’elle publie en 2018 son nouvel album sur toutes les plateformes, ‘’From shadow to light’’ (De l’ombre à la lumière), explique-t-elle, grâce à l’anglais appris à l’école : « J’avais de bonnes notes en anglais à l’école. Toutefois, dans mon nouvel album, il y a une prédominance de la langue française. »

L’année 2019 sera pour elle celle de la présentation de cet album ainsi que de la mise en place d’un collège de trois managers. Elle s’en explique : « C’est question de partager les idées et de suppléer au cas où l’un ou l’autre n’est pas là. C’est ambitieux parce qu’être chanteuse, quand on veut aller loin dans ce métier, avec ce que l’on dépense comme énergie, cela vaut bien la peine de se sentir bien entourée.» Elle veut pousser ses idées aussi loin que possible, c’est pourquoi en 2020 lui vient l’inspiration afin de réarranger en version live ‘’From  shadow to light’’. Car, s’avance-t-elle encore, elle affirme préférer les sonorités des vrais instruments, contrairement à la version studio. Ainsi sera retravaillé, remixé le morceau ‘’Basi’’ qu’elle chante en hommage au rôle de la femme en Afrique, imprégné  des sonorités plutôt afro-soul, en featuring avec Quentin Mouyascko (un transfuge du groupe Extra Musica).

Celle qui dit avoir aimé dans un passé si récent les musiques de Prince, Michaël Jackson, Johnny Clegg, Koffi Olomide et Yvonne Chaka Chaka, sait aussi bien que Papa Wemba dont elle a repris la chanson ‘’Maria Valencia’’, d’où elle vient. La fille de son père, professeur de biologie cellulaire à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville avait en réalité connu les affres de la guerre. Quand celle-ci éclate en 1997 dans la capitale congolaise, elle s’enfuit en compagnie de son oncle vers la banlieue sud de Brazzaville. Ils trouvent refuge dans une église. Pas pour longtemps, d’autant qu’ils sont invités à rejoindre le père qui continue ses enseignements dans la ville de Dolisie où se trouve déportée l’université brazzavilloise.

Assez peu de temps pour finir une scolarité qu’elle y entame,  Melka Amany et toute sa famille se rendent à Pointe-Noire, la deuxième ville, économique, du pays. La jeune chanteuse se met à rêver de voyager pour la France.  De retour à Brazzaville dès que les esprits s’arrêtent d’être surchauffés et que la guerre prend effectivement fin, elle se voit délivrer un visa français pour motif de vie privée, vie familiale. Bonjour la France, tel sera le parcours de Melka Amany qui entamera aussitôt arrivée des études, dont un BTS d’assistante de gestion. La musique sera plus forte que tout, alors qu’elle se décide, en 2010, de se lancer définitivement pour une carrière professionnelle. Son nom porté sur scène sera celui d’Amany, une autre orthographe voulue par elle, du terme swahili ‘’Amani’’. Voulant simplement dire ‘’La Paix’’ !

 FIRMIN LUEMBA