Confusion totale en Côte d’Ivoire

A l’heure où nous mettons en ligne cet article, 14 heures à Bouaké (16 heures à Paris), la situation militaire est très confuse dans la seconde ville ivoirienne. Des habitants, joints par téléphone, démentent le communiqué triomphant de l’armée ivoirienne. Bouaké est toujours entre les mains des mutins.

 » C’est calme depuis ce matin au centre-ville. Les habitants se risquent à sortir pour faire les courses rapidement. Il y a quelques instants, des jeunes défilaient sous nos fenêtres en criant victoire. On ne comprend rien. Selon la radio nationale, l’armée est censée avoir repris le contrôle de la ville « , s’inquiète une habitante de Bouaké, installée dans le quartier central. Depuis lundi vers 18 heures 30, et de façon sporadique, des échanges de tirs nourris se font entendre dans les quartiers excentrés, témoignent les habitants.  » C’est très chaud, ça tire dans tous les sens depuis dix minutes (13h 15). Nous n’avons pas pu dormir cette nuit et nos réserves alimentaires touchent à leur fin. Nous n’avons rien à manger depuis ce matin et nous avons peur d’aller chercher de l’eau au puits « , raconte une autre habitante d’un quartier du sud de Bouaké. L’eau courante est coupée depuis le jour du soulèvement, le 19 septembre dernier.

Les pharmacies à sec

L’armée ivoirienne a affirmé ce mardi matin être entrée à Bouaké mais la nouvelle est formellement démentie par les habitants.  » Nous n’avons pas vu les loyalistes, ni aujourd’hui, ni hier. La ville est sous le contrôle total des mutins qui semblent déterminés à défendre leurs positions. Il faut arriver très vite à une solution négociée car nous manquons de tout ici. La pharmacie publique de l’hôpital est à sec et les pharmaciens de la ville n’osent plus ouvrir de peur d’être dévalisés « , s’inquiète un médecin sous couvert d’anonymat.

La crise ivoirienne a pris une dimension régionale. Le quotidien Notre Voie, organe du Front populaire ivoirien au pouvoir, a accusé nommément Blaise Compaoré, président de Burkina Faso, d’être derrière les mutins.  » Notre pays est en guerre contre un régime, celui de Blaise Compaoré, cela est bon à savoir « , note le quotidien proche de Laurent Gbagbo. Le ministre burkinabè de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Moumouni Fabré, a pris les devant lundi en fermant les frontières avec la Côte d’Ivoire pour que son pays ne serve pas de base arrière pour lancer une attaque quelconque contre la Côte d’Ivoire « .

Diplomatie timide

La présidence gabonaise a annoncé la tenue d’un mini-sommet sur la situation en Côte d’Ivoire, auquel devraient participer le président ivoirien Laurent Gbagbo et sept autres chefs d’Etat africains, le 26 septembre à Marrakech. Ce sommet devrait réunir  » aux côtés du roi du Maroc, Mohammed VI, et du président gabonais, Omar Bongo « , les chefs d’Etat du Sénégal, du Togo, du Burkina Faso, du Congo et du Mali. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, et le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, ont confirmé leur présence tandis que le président ivoirien, Laurent Gbagbo, observe un silence pour le moins prudent.

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