Bouaké sous haute tension

La situation s’enlise en Côte d’Ivoire. Le pays est partagé en deux, les deux parties semblent se préparer à l’inévitable affrontement. Les rebelles, contrôlant tout le nord, arment la population à Bouaké pour faire face à l’armée loyaliste.

 » Les mutins contrôlent la ville. Ils ne maltraitent pas la population mais arment de force tous les jeunes qu’ils trouvent sur leur chemin. Il n’y a que des femmes dans les rues. Et aucune voiture. Je n’ai jamais vu Bouaké aussi calme. Je reviens du marché, il n’y a pour l’instant aucune pénurie. Vers 11 heures (13 heures à Paris, ndlr), nous avons entendu des tirs mais c’était les mutins qui tiraient en l’air « , témoigne une habitante, jointe au téléphone depuis Paris. Sur le terrain, la situation s’enlise et la confusion règne en maître. Les forces gouvernementales qui avaient promis le reprise des villes du nord semblent se conforter dans une prudente attente. La deuxième ville ivoirienne, Bouaké, ainsi que Korhogo sont toujours aux mains des mutins qui demandent à négocier avec le gouvernement leur retour à la caserne.

Les troupes françaises débarquent

Officiellement, les troupes françaises, qui sont arrivées ce matin à Yamoussoukro, sont envoyées par Paris pour protéger l’importante communauté française, près de 20 000 personnes, et étrangère.  » Cette présence est tout à fait légitime. C’est le droit, et c’est conforme aux accords que nous avons avec les pays européens. En cas de telle situation, ils prennent les dispositions pour assurer la sécurité de leurs ressortissants, et ce sera leur seul rôle « , a expliqué à l’AFP le Premier ministre Affi N’Guessan. Pourtant, Paris n’avait pas dépêché de troupes lors du coup d’Etat du général Robert Gueï, qui avait renversé le 24 décembre 1999 le président Henri Konan Bédié.

Selon plusieurs sources concordantes, le statu quo militaire s’explique par la volonté du gouvernement ivoirien d’arriver à une solution négociée. Presque tous les partis politiques se sont rangés derrière le président Laurent Gbagbo. Le manque de communication des autorités ivoiriennes explique en grande partie la confusion qui règne dans le pays. La BBC et Radio France Internationale sont toujours muettes à Abidjan, accentuant la méfiance.

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