
Élu à la présidence de la Commission baleinière internationale (CBI) à l’issue de sa 70ᵉ réunion, organisée à Hobart, en Australie, du 27 septembre au 2 octobre 2026, le Béninois Urbain Brito prend les commandes d’une organisation confrontée à de profondes divergences sur la chasse à la baleine.
La présidence d’Urbain Brito à la Commission baleinière internationale (CBI) commence dans un contexte où les désaccords entre États restent difficiles à surmonter. Créée en 1946, la CBI compte 89 gouvernements membres et constitue le principal cadre international chargé de réglementer la chasse à la baleine et de contribuer à la conservation des populations de cétacés. Si ses travaux portent désormais sur un éventail plus large de menaces, la question de la chasse commerciale continue de diviser ses membres.
Lors de la réunion d’Hobart, la proposition portée par le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay pour la création d’un sanctuaire baleinier dans l’Atlantique Sud a recueilli 39 voix favorables contre 18 oppositions (le Bénin en fait partie). Deux pays se sont abstenus et un autre n’a pas pris part au vote, selon le décompte publié par l’Environmental Investigation Agency. Le texte n’a pas obtenu la majorité des trois quarts nécessaires à son adoption.
Ce revers constitue un premier dossier à suivre pour le nouveau président. Il devra favoriser le dialogue entre les États favorables à un renforcement des mesures de protection et ceux qui défendent une approche différente de la gestion des ressources baleinières. Le rôle de la présidence est de conduire les travaux de la Commission et de faciliter le déroulement des discussions ; elle ne peut, à elle seule, imposer un accord aux gouvernements membres.
Préserver le moratoire sur la chasse commerciale
Un autre dossier sensible est celui du moratoire mondial sur la chasse commerciale à la baleine, entré en vigueur en 1986. Quarante ans après son application, la mesure demeure un sujet de désaccord. Le Japon, la Norvège et l’Islande continuent de pratiquer la chasse à la baleine, tandis que d’autres États souhaitent maintenir ou renforcer les restrictions existantes.
À Hobart, une initiative visant à relancer l’examen du moratoire a de nouveau fait apparaître ces divergences. Une résolution consacrée à un programme de conservation et de gestion des stocks baleiniers, présentée par Antigua-et-Barbuda, a finalement été retirée lors des négociations. Le débat sur la place de la chasse commerciale dans le mandat de la Commission reste donc ouvert.
Pour Urbain Brito, l’enjeu sera de maintenir un cadre de discussion fonctionnel sans laisser les désaccords paralyser les autres travaux de l’organisation. La recherche de compromis sera déterminante, pour éviter que les débats sur la chasse ne relèguent au second plan les mesures de conservation qui peuvent réunir une majorité de pays.
Les collisions, les prises accidentelles et la pollution au cœur de la conservation
La protection des baleines ne se limite plus à la réglementation de leur chasse. Les collisions avec les navires, les captures accidentelles dans les engins de pêche, les enchevêtrements dans les filets, la pollution et le bruit sous-marin menacent également les cétacés.
Sur ces questions, la réunion de Hobart a enregistré des avancées. Des résolutions qui portent sur les collisions avec les navires, les captures accidentelles de cétacés menacés et les échouages ont été adoptées. Les discussions ont porté sur le suivi des collisions, le signalement des incidents, l’adaptation de certaines routes maritimes et la réduction de la vitesse des navires dans les zones à risque. Le nouveau président devra travailler à transformer ces orientations en actions suivies par les États membres.
Le financement constitue également un autre point de vigilance. En effet, l’Environmental Investigation Agency a relevé que la hausse budgétaire approuvée à Hobart, de 3 %, restait inférieure à l’inflation, alors que les besoins de travail des organes scientifiques et de conservation augmentent. La capacité de la Commission à mener ses programmes dépendra donc aussi des ressources que les États accepteront de lui consacrer.
Une déclaration commune pour les 80 ans de la CBI
Malgré les blocages, la réunion de Hobart a aussi montré que des accords restent possibles. Les États membres ont adopté par consensus la Déclaration de Hobart, qui marque le 80ᵉ anniversaire de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, signée en 1946.
Le texte rappelle le rôle de la Commission et les enjeux actuels de la conservation des cétacés. Son adoption est un début de coopération dans une organisation où les divergences de fond persistent. Mais cette déclaration ne règle pas les désaccords sur le sanctuaire de l’Atlantique Sud ni sur l’avenir du moratoire commercial.




