
Bogota a annoncé vendredi reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et retirer sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique, quelques heures après l’investiture du président Abelardo de la Espriella. Nasser Bourita, dépêché à Cali par Mohammed VI, salue une décision « historique ». Le Front Polisario y perd son dernier allié déclaré au Conseil de sécurité, à moins de trois mois du renouvellement du mandat de la Minurso. Une annonce le jour de la prestation de serment du nouveau president d’extreme droite d’Amerique Latine qui pose question.
Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, s’est entretenu vendredi avec le vice-président colombien José Manuel Restrepo et le ministre des Relations extérieures Omar Bula Escobar. Ce dernier a déclaré que la Colombie reconnaissait la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Restrepo a évoqué « un nouveau départ » entre les deux capitales et qualifié le Royaume de « premier allié de la Colombie en Afrique ». Nasser Bourita a salué une décision « historique », susceptible selon lui de donner « un grand élan » aux relations bilatérales.
Abelardo de la Espriella ayant prêté serment le matin même. Bourita se trouvait à Cali pour représenter Mohammed VI à la cérémonie, aux côtés des leaders d’extrême droite Javier Milei (président de l’Argentine) et José Antonio Kast (président du Chili) ainsi que du roi Felipe VI d’Espagne. Le souverain marocain avait félicité le vainqueur dès l’annonce des résultats, fin juin, en souhaitant ouvrir « de nouveaux horizons » à la coopération bilatérale. Bula Escobar a indiqué qu’une déclaration formelle suivrait ce samedi.
Le siège colombien au Conseil de sécurité
La portée de l’annonce tient à un calendrier onusien précis. La Colombie occupe depuis le 1er janvier 2026 un siège non permanent au Conseil de sécurité, pour la période 2026-2027. Le mandat de la Minurso, la mission des Nations unies chargée du référendum au Sahara occidental, expire le 31 octobre. Le vote de renouvellement se tiendra donc avec un représentant de Bogota dans la salle, moins de trois mois après l’entrée en fonctions du nouvel exécutif.
Sous Gustavo Petro, la Colombie était le seul soutien déclaré du Polisario à siéger au Conseil. En juin, le mouvement sahraoui avait sollicité Bogota, alors à la présidence tournante de l’instance, pour obtenir une réunion d’urgence sur des frappes marocaines présumées à l’est du mur de défense. Cependant, le programme diplomatique de De la Espriella annonçait déjà une rupture avec la fermeture d’une quinzaine d’ambassades, dont celles d’Alger et de Pretoria, deux capitales qui comptent parmi les principaux appuis du Front Polisario.
Ce que Bogota avait déjà démenti en 2021
Pour autant, en octobre 2021, la vice-présidente et ministre des Relations extérieures Marta Lucía Ramírez avait tenu à Rabat des propos aussitôt présentés par la presse marocaine comme une reconnaissance de la souveraineté du Royaume, avec l’extension de la juridiction consulaire colombienne à « tout le territoire marocain, y compris le Sahara ». Le samedi suivant, sa diplomatie publiait une mise au point dénonçant des « interprétations erronées » et rappelant que la Colombie s’en tenait aux résolutions du Conseil de sécurité. Cinq ans plus tard, la séquence se rejoue avec la déclaration orale le vendredi et un texte écrit promis pour le lendemain.
Une série de retraits calée sur les alternances
Bogota avait reconnu la RASD par un communiqué conjoint du 27 février 1985, puis gelé cette reconnaissance à partir de 2001. Gustavo Petro l’avait réactivée en août 2022, dans les premiers jours de son mandat, ce qui lui avait valu une motion de désaveu signée par 62 des 108 sénateurs colombiens. Son successeur inverse la décision au premier jour du sien, après une victoire acquise le 21 juin par 49,7 % des voix contre 48,7 % à Iván Cepeda.
Le Pérou avait suivi une trajectoire comparable avec rétablissement des liens avec le Polisario en septembre 2021, retrait de la reconnaissance de la RASD en août 2022. L’Équateur, le Panama et le Honduras ont rompu ou suspendu leurs relations avec le Front depuis trois ans. La Bolivie les a suivis en février 2026, quelques mois après la défaite électorale de la gauche à La Paz. Ces positions se déplacent au rythme des scrutins intérieurs davantage qu’au fil du dossier lui-même.
Aucune reconnaissance bilatérale ne modifie le statut du territoire, toujours inscrit sur la liste onusienne des territoires non autonomes.





