
Par décret présidentiel signé le 2 janvier 2026, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a officiellement proclamé Ciudad de la Paz capitale nationale. Une décision historique, 57 ans après l’indépendance, qui vise à rééquilibrer le développement territorial et à renforcer la sécurité de l’État.
Une nouvelle page institutionnelle vient de s’ouvrir en Guinée Équatoriale. Vendredi 2 janvier 2026, au siège de la Présidence du Gouvernement à La Paz, le chef de l’État a signé un décret-loi proclamant « Ciudad de la Paz » capitale de la République, une décision publiée officiellement le lendemain. Cette mesure s’inscrit dans la continuité de la politique de réorganisation territoriale et de modernisation engagée depuis plusieurs décennies, visant à adapter les institutions nationales aux exigences contemporaines de gouvernance, de sécurité et de développement équilibré du territoire.
Un projet pharaonique né de la manne pétrolière
Anciennement appelée Oyala, Ciudad de la Paz est située à environ 140 kilomètres de Bata, la capitale économique du pays. Nichée en pleine forêt tropicale, sur le plateau central du Río Muni, à proximité de plusieurs parcs nationaux et de l’aéroport de Mengomeyén, cette ville nouvelle incarne la vision urbanistique du régime équato-guinéen.
Le projet, lancé en 2008, constitue l’un des chantiers les plus ambitieux de la sous-région d’Afrique centrale des vingt dernières années. Financé essentiellement par les revenus pétroliers – représentant jusqu’à la moitié du budget national en 2016 –, il a été conçu par le cabinet d’architecture portugais FAT (Future Architecture Thinking) avec l’ambition de créer une métropole moderne pouvant accueillir 200 000 habitants.
Plusieurs équipements phares sont déjà fonctionnels : un parcours de golf et le Grand Hotel Djibloho, comprenant 380 chambres et un centre de conférences, achevés dès 2013, ainsi qu’une autoroute à six voies reliant la future capitale à l’aéroport. Plus récemment, l’Université afro-américaine d’Afrique centrale a inauguré son campus. En 2017, la ville a été rebaptisée « Ciudad de la Paz » (Ville de la Paix) et Djibloho est devenue la huitième province du pays, avec cette nouvelle cité pour chef-lieu.
Une cérémonie marquant un tournant historique
La cérémonie officielle s’est tenue en présence des plus hautes autorités de l’État, notamment le vice-président chargé de la Défense et de la Sécurité, Teodoro Nguema Obiang Mangue, la Première dame ainsi que plusieurs membres du gouvernement. 57 ans après l’indépendance proclamée le 12 octobre 1968, il s’agit d’un grand changement pour le pays.
Cette décision s’inscrit comme la finalité de la politique de structuration territoriale engagée depuis le 3 août 1979, date du coup d’État qui a porté Teodoro Obiang Nguema Mbasogo au pouvoir. Depuis lors, l’organisation administrative du pays a été progressivement refondée en provinces, districts, municipalités et conseils de village.
Des impératifs de sécurité et de développement
Dans son allocution, le chef de l’État a déclaré : « Je suis sûr que nous ne regretterons pas cette décision, car elle nous apportera des avantages certains, en garantissant la stabilité politique de la Nation et le développement des populations rurales du continent. » Il a également invoqué des impératifs de sécurité nationale pour justifier ce transfert.
Le président a rappelé que plusieurs attaques ont visé les institutions de l’État ces dernières années : des braquages de banques à Bata et, surtout, une tentative de coup d’État en décembre 2017, lorsqu’un groupe de mercenaires tchadiens, soudanais et centrafricains avait tenté d’attaquer le palais présidentiel de Koete Mongomo. L’opération avait été neutralisée grâce à l’arrestation d’une trentaine d’hommes armés à la frontière camerounaise, près d’Ebibeyin.
Ces événements ont mis en lumière la vulnérabilité des anciennes capitales : Malabo, située sur l’île de Bioko, n’est accessible que par voie maritime ou aérienne, tandis que Bata reste exposée sur le littoral. Avec le siège du pouvoir désormais installé à Ciudad de la Paz, au cœur du territoire continental, les autorités entendent réduire les risques d’infiltration maritime et renforcer la défense nationale. Une prudence importante pour une des dictatures les plus strictes d’Afrique, avec une corruption généralisée au sommet du pouvoir et une population maintenue dans la pauvreté.
Un an pour achever le transfert administratif
Selon le décret présidentiel, « cette mesure contribuera au maintien de la paix, à la modernisation de la gestion publique, à la diversification des zones de développement et au renforcement de l’unité nationale ». Les administrations publiques, la Présidence de la République, les organes constitutionnels, les organismes gouvernementaux et les entreprises publiques disposent désormais d’un délai d’un an pour transférer l’ensemble de leurs services vers la nouvelle capitale.
Parmi les autres motifs invoqués figure la croissance urbaine rapide de Malabo et de Bata ces dernières années, alimentée par l’afflux constant de migrants en provenance des zones rurales attirés par la concentration des infrastructures, des services publics et des emplois.
Reste à savoir si ce pari continental transformera durablement la nation ou demeurera, comme le redoutent certains observateurs, un coûteux mirage au cœur de la forêt équatoriale.





