Chroniques béninoises 1

Arnold Sènou, écrivain et journaliste béninois, collaborateur d’Afrik.com, est en ce moment dans son pays natal. Il en profite pour croquer la vie locale dans trois petites chroniques que nous publions ici. La première parle des prochaines élections de mars 2006 et du retard, un « mal » très africain !

Actuellement, au Bénin, ce qui fait le plus la Une des médias restent, de loin, les prochaines élections présidentielles de mars 2006. Auront-elles ou n’auront-elles pas lieu ? Telle est la question. Le Président sortant, Mathieu Kérékou, a promis de respecter la constitution du pays, qui exige un maximum de deux mandats non renouvelables. D’ailleurs, sa récente allocution devant Jacques Chirac, son homologue français, lors de son déplacement dans l’hexagone, a chassé toutes les inquiétudes des Béninois.

Mais la voie aurait été toute tracée, si cela n’avait été que le seul problème. Un autre, de taille, s’est vite profilé à l’horizon, et a donné lieu à de vives polémiques. Celles-ci résulteraient du manque de fonds pour l’organisation de ces élections. La Commission électorale nationale autonome (Cena), instance garde-fou de la démocratie béninoise et surtout des élections, exige 19 milliards de FCFA pour leur tenue, alors que l’Etat n’en aurait que 6 environ à leur accorder. Pour justifier cette facturation trop élevée que d’aucuns appellent déjà de la « surfacturation », la Cena évoque un recensement de la population en âge de voter, recensement qu’elle voudrait effectuer avant les échéances de mars 2006.

La presse, assez en verve et en colère, condamne le manque de fonds pour la tenue de cette élection qui aura lieu dans 90 jours. Elle condamne aussi, et surtout, le retard pris dans la mise en place de la Cena. Oui, le retard. Finissons donc cette chronique là-dessus. Être en retard est une manie ancrée dans les habitudes ici. Elle est présente partout. Exemple : le cyber dans lequel j’ai envoyé ce papier est censé ouvrir à 8 h 30. Un quart d’heure avant cette heure, j’étais déjà devant l’entrée. Mais il m’a fallu attendre une bonne heure avant de voir arriver le gérant de la société ! Je comprends maintenant pourquoi le chanteur ivoirien O’rentchy a fini par composer une chanson (« Wô ha late ») sur ce mal car c’est bien d’un mal dont il s’agit. Pour revenir aux élections, nous saurons, très bientôt, en tout cas, à qui ce bras de fer entre l’exécutif et la commission électorale, donnera raison. La prochaine fois, je vous parlerai d’un des changements notables que j’ai observé dans le pays.

Arnold Sènou est romancier et journaliste. Dernier ouvrage paru : Ainsi va l’hattéria, aux éditions Gallimard.