Cessez-le-feu fragile à Gaza

Le cessez-le-feu, décrété séparément par Israël et le Hamas ce week-end, a permis aux gazaouis de sortir de leurs abris de fortune pour constater les dégâts. Le Secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, se rendra mardi dans l’enclave palestinienne où plusieurs écoles gérées par l’organisation internationale ont été détruites. Les pays de la Ligue arabe ont de leur côté déjà commencé à signer des chèques pour la reconstruction.

Les armes se sont enfin tues dans la bande de Gaza, après 22 jours de bombardements israéliens intensifs. Au deuxième jour de cessez-le-feu, décrété séparément par Israël puis le Hamas ce week-end, les Gazaouis ont retrouvé leurs rues désolées, hantées de cadavres enfouis sous les décombres des maisons en ruines. L’opération « Plomb durci », lancée par Israël le 27 décembre dans le but affiché de faire cesser les tirs de roquettes de l’organisation islamiste Hamas, a fait 1 300 morts et 5000 blessés, selon les informations recueillies par les agences de presse auprès des médecins gazaouis. Parmi les victimes, on dénombre plus de 500 femmes et enfants. Le Bureau central palestinien des statistiques a fait pour sa part état de 20 000 bâtiments d’habitation endommagés et plus de 400 totalement détruits. 48 bâtiments gouvernementaux, 30 commissariats, 20 mosquées, 18 écoles, 3 cliniques ont également été ravagés. Des destructions dont le coût se montrait à plus d’un milliard de dollars.

Crimes de guerre

Le bilan humain et matériel de l’offensive israélienne sur Gaza semble très difficilement défendable par l’Etat hébreu. Sa brutalité a suscité une vague d’indignation sans précédent de par le monde, et pèsent désormais sur lui de graves soupçons de crimes de guerre. Un niveau de destruction «jamais vu jusque-là», commentait une envoyée spéciale de RFI, lundi, depuis l’enclave palestinienne où elle a pu se rendre pour constater les dégâts à la faveur du cessez-le-feu. L’intervenante affirmait également avoir «la preuve que des soldats israéliens ont utilisé des maisons de civils comme bases militaires.» Les représentants de l’Onu sur place avaient pour leur part réclamé l’ouverture d’enquêtes après les bombardements d’une école gérée par l’Onu, un bâtiment où s’étaient réfugiés des centaines de civils fuyant les combats, et dont 30 ont finalement trouvé la mort, sans compter les blessés. Ban ki-Moon, le Secrétaire général de l’Onu, a d’ailleurs demandé à s’y rendre demain pour constater de visu l’ampleur des dégâts.

Stéphane Essel, ancien diplomate et résistant français, connu aussi pour avoir contribué à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, avait qualifié, le 5 janvier, l’offensive israélienne de «crime contre l’humanité» dans une interview à la télévision suisse. «L’horreur absolue commise par les Nazis ne doit pas permettre l’Etat d’Israël, actuellement le plus puissant de la région, de violer impunément toutes les règles internationales», avait affirmé l’ancien diplomate, dont la famille a souffert les affres de la déportation. Accusations que réfute la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, se disant «en paix» avec l’offensive menée, et qualifiant les centaines pertes civiles palestiniennes de «produit des circonstances», sur Radio Israël. L’armée israélienne, qui s’estime également au-dessus de tout reproche, a de son côté pris le soin de mettre en garde ses hauts gradés contre le risque d’une inculpation s’ils venaient à se déplacer en Europe.

Sur le front diplomatique, depuis la trêve survenue ce week-end, une intense activité diplomatique s’est mise en branle pour consolider un cessez-le-feu jugé encore fragile. Un sommet international, réunissant les principaux pays européens, s’est tenu dimanche à Charm El Cheikh, sous une double présidence franco-égyptienne, pour discuter d’une paix durable au Proche-Orient. Le président égyptien Hosni Moubarak a annoncé, durant cette rencontre, l’organisation en Egypte d’une conférence internationale pour la reconstruction de la bande de Gaza au mois d’avril. Rencontre dont les contours restent d’autant plus flous que l’Union européenne (principal pourvoyeur de fonds pour la Palestine) a averti, lundi, par la voix de sa commissaire chargée des Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, qu’il n’y aura aucun effort de reconstruction à Gaza tant que le Hamas sera au pouvoir.

Un gouvernement d’union nationale

Côté arabe, après les dissensions affichées lors de la rencontre de Doha, la semaine dernière, les dirigeants des 22 pays de la Ligue semblent revenus à de meilleurs sentiments, à la faveur du sommet économique (qui se tient lundi et mardi à Koweït), où ils ont multiplié les déclarations d’apaisement. A défaut de trouver un consensus quant à une position commune à adopter vis-à-vis d’Israël, maintenant que le cessez-le-feu est déclenché, la Ligue arabe se tient prête à soutenir financièrement la reconstruction de l’enclave palestinienne. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé que son pays allait donner un milliard de dollars. Mais la principale avancée de cette rencontre reste la proposition par Mahmoud Abbas, chef du Fatah, aux dirigeants du Hamas, de former un gouvernement d’union nationale en vue de préparer des élections présidentielles et législatives simultanées. La balle est désormais dans le camp du Hamas.