La situation à Gaza divise les Etats arabes

Un sommet des Etats arabes en soutien aux Palestiniens s’est tenu, vendredi, à Doha, la capitale Qatarie. Cette rencontre, qui s’est soldée par l’adoption d’un document, a révélé de profondes divergences entre les Etats arabes. La «Oumma», en proie à une guerre de leadership, est divisée en deux camps: d’une part les durs et d’autre part les modérés, partisans d’une diplomatie plus conciliante avec Israël. Pendant ce temps, les habitants de Gaza meurent. Plus de 1 100 ont été tués depuis le début de l’offensive israélienne, le 27 décembre.

«Encore une fois, l’aphorisme “les Arabes se sont mis d’accord pour ne jamais s’entendre” se vérifie sur le terrain», ironisait le quotidien algérien Liberté, jeudi, la veille de la tenue du sommet extraordinaire des pays arabes à Doha, au Qatar. Un Sommet que l’Egyptien Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, refuse de qualifier comme tel, le quorum de participation prévu par la charte de la Ligue n’ayant pas été atteint. En clair, les résolutions adoptées lors de cette rencontre ne seront pas prises en compte par la Ligue.

Des 22 pays membres de l’organisation, treize Etats ont accepté de participer à la rencontre de Doha. Celle-ci a pourtant adopté un document en onze points pour soutenir les populations palestiniennes qui subissent les bombardements israéliens. Ce texte, qui sera soumis au sommet de Koweït prévu lundi et mardi prochain, exige, entre autres, «une cessation immédiate de l’agression israélienne sous toute ces formes» contre la Bande de Gaza, la levée du blocus «illégitime» imposé par Israël et l’ouverture immédiate «et durable de tous les points de passage» aux frontières de ce territoire.

Alors que le président algérien, Abdelaziz Bouteflika s’est rendu, jeudi, à Doha, ses voisins, le roi du Maroc, Mohamed VI, et le président tunisien, Ben Ali, ont refusé de faire le déplacement. L’un se plaignant de «la dégradation sans précédent de l’action arabe commune», et l’autre jugeant préférable d’aborder la question dans le cadre, «mieux adapté», du Sommet économique du Koweït, prévu le 19 janvier. Les présidents soudanais, mauritanien et comorien ont, comme Abdelaziz Bouteflika, jugé, eux aussi, opportun de prendre part à ce sommet de Doha. L’Irak, la Libye et Djibouti se sont contentés, quant à eux, d’envoyer de hauts responsables. Les grands absents, l’Arabie Saoudite et l’Egypte, ont déclaré préférer prendre part à des «discussions» (sans conséquences) sur la question palestinienne en marge du sommet économique koweïtien.

« L’Egypte veut conserver un rôle incontournable »

Le sommet de Doha a ainsi révélé au grand jour de profondes divergences entre les Etats arabes. La «Oumma» serait désormais donc divisée en deux camps qui s’affrontent : une sorte d’axe dur mené par le Qatar, et qui regrouperait des infréquentables, comme le chef du Hamas en exil, Khaled Mechaal, les présidents syrien et iranien, Bachar al-Assad et Mahmoud Ahmadinejad. Un autre, plus modéré, conduit par l’Egypte, partisan d’une diplomatie plus conciliante avec Israël et ouverte aux Etats-Unis.

«Le Qatar et la Syrie voulaient la participation du Hamas, présent en tant que tel. L’Egypte, qui veut conserver un rôle incontournable, ne voulait pas que sa présence soit légitimée», commente Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS (Institut de Recherches Internationales et Stratégiques), joint par Afrik.com. Il regrette une guerre de leadership qui ne sera d’aucun secours aux Palestiniens.

Ce spécialiste du Moyen-Orient n’exclut pas, en outre, que l’on parvienne à «un cessez-le-feu assez rapide» entre le Hamas et Israël, «dans l’intérêt des deux parties». « D’une part, Israël a quasiment atteint ses objectifs, en tout cas ses objectifs affichés. Les fameux tunnels d’où le Hamas fait parvenir les armes sont presque tous détruits, les tirs de roquettes ont sensiblement baissé, et l’infrastructure du Hamas est très durement touchée. D’autre part, l’organisation islamiste, très affaiblie, apparaîtrait aux yeux des Palestiniens et, au-delà, dans le monde musulman, comme celle qui a résisté à l’agression israélienne. Certains parlent d’ailleurs de la date symbolique de l’investiture du président américain, Barak Obama, le 20 janvier», indique-t-il.

«Les Etas-Unis vont continuer à défendre les intérêts d’Israël»

Le pessimisme reste cependant de mise en ce qui concerne une gestion plus équitable du conflit israélo-palestinien par la nouvelle administration. «Les Etats-Unis vont continuer à défendre les intérêts d’Israël». Didier Billion en veut pour preuve la nomination d’Hillary Clinton au poste de secrétaire d’Etat et le retour de Dennis Ross, qui avait joué un rôle important dans la politique américaine au Moyen-orient, tous deux connus pour leurs positions pro-israéliennes.

Cette situation, ajoute-t-il, risque de perdurer tant que «les pays puissants -comme la France, l’Allemagne, la Chine ou la Russie- n’auront pas le courage d’exercer des pressions sur Israël, qui n’a de toute façon pas l’intention de négocier. Et qui n’a jamais vraiment voulu la création d’un Etat palestinien».

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