Centrafrique : Bozizé candidat à la présidence

Le Président centrafricain François Bozizé a enfin officiellement annoncé, samedi dernier, sa candidature à l’élection présidentielle de janvier et février 2005, devant un rassemblement de 10 000 personnes à Bangui. Un scrutin qui mettra fin au régime de transition qu’il a instauré après le coup d’état du 15 mars 2003 et dont l’issue reste incertaine pour ce « candidat indépendant », qui retrouvera face à lui plusieurs adversaires de diverses importances.

En collaboration avec Jean-Christophe Da Silva

Bozizé se lance dans la course à la présidence. Le Président centrafricain Bozizé, porté au pouvoir par son coup d’état du 15 mars 2003, s’est déclaré, samedi 11 décembre, officiellement candidat à la présidentielle de janvier et février 2005 devant ses partisans rassemblés à Bangui. Le général, dont la candidature éventuelle fait depuis plusieurs mois l’objet de spéculations, a finalement « pris bonne note des appels pressants » des Centrafricains en faveur de sa candidature. Dans ce parcours, François Bozizé retrouve plusieurs adversaires politiques d’importances variées pour briguer la magistrature suprême. Une élection importante qui permettrait à l’homme de la transition de légitimer démocratiquement son pouvoir.

A quelques jours de la clôture du dépôt des candidatures (le 16 décembre), plusieurs personnalités notables se sont déjà officiellement portées candidates : les anciens Présidents André Kolingba (1981-1993) et Ange-Felix Patassé (1993-2003), l’ancien Premier ministre de Patassé et leader du Parti de l’Unité Nationale (Pun) Jean-Paul Ngoupandé, ainsi que l’opposant Joseph Bendounga. L’ancien Premier ministre Abel Goumba, dont on attendait éventuellement la candidature, ne s’est pas encore déclaré. Si la candidature de Patassé risque d’être remise en cause (Patassé est recherché par la justice centrafricaine pour plusieurs crimes), celle d’André Kolingba dispose d’un poids non négligeable. Leader d’un parti structuré qui a exercé le pouvoir pendant plus de 10 ans (le Rassemblement Démocratique Centrafricain, RDC), Kolingba est encore un écho des forces représentatives du pays. Mais rien n’est acquis pour cet ancien Président qui a connu une longue absence sur le devant de la scène politique, même s’il a toujours maintenu quelques députés à l’Assemblée depuis 1993.

Bozizé, le libérateur, mais un homme sans parti politique

François Bozizé, « candidat indépendant », a le vent en poupe avec le bilan de sa gestion politique consensuelle. C’est paradoxalement un tel consensualisme qui rend difficile la prédiction de l’issue du scrutin. Le 15 mars 2003, avec son putsch provoquant la chute de Patassé, Bozizé s’est doté d’une image de libérateur. Ce putsch, aussitôt qualifié par Abel Goumba de « révolution nationale », a provoqué une adhésion unanime de la classe politique, comme de la société civile du pays. Mais depuis, nombreux sont ceux qui se sont démarqués de cet enthousiasme. Jean-Paul Ngoupande qui a démissionné avec fracas de son poste de Conseiller spécial du Président, et l’ancien Premier ministre Abel Goumba, qui n’a pas géré la transition jusqu’au bout, en sont l’exemple.

Depuis son accession à la magistrature suprême, Bozizé a procédé à trois remaniements ministériels successifs. Des remaniements qui sont à son crédit. Ses trois gouvernements ont fait appel à des membres issus de diverses tendances politiques : le RDC de Kolingba, le MLPC (Mouvement pour la libération du peuple centrafricain) de Patassé, le Pun de Ngoupandé, le MESAN de David Dacko … Bozizé a réussi ainsi un tour de force. Autant que faire se peut, l’homme du 15 mars 2003, qui semble raisonner à l’épreuve des faits, a pu malgré des dissensions conduire ces diverses tendances politiques jusqu’aux échéances électorales. Un homme politique devenu prudent, qui gouverne sans parti mais qui n’oublie personne. Cela signifie-t-il pour autant que ces partis historiques et populaires vont se rallier au scrutin de Bozizé ? Chaque camp va-t-il plutôt se replier sur les lignes de son parti ou va-t-il au contraire accepter de continuer ce processus de gestion consensuelle pendant un mandat de cinq années comme le prévoit la nouvelle constitution?

Transparence électorale obligée

Lors du putsch de mars 2003, le soutien que reçu Bozizé s’inscrivait dans des circonstances très particulières, tant la population était écoeurée par les excès et dérives du régime en place. François Bozizé avait alors obtenu un soutien unanime. Qu’en est-il aujourd’hui ? Sans réserve, l’ancien chef d’état-major, qui a su restaurer avec poigne le calme dans les rues de Bangui, récoltera les voix de ceux qui veulent définitivement en finir avec le spectre de la mutinerie, et qui privilégient avant tout un retour à une stabilité politique et une paix des armes. Il semble que la population désire avant tout une véritable unité nationale. Et Bozizé, par sa volonté affichée de ne pas se rattacher à un parti ou à une ethnie principale, semble chasser le démon du tribalisme qui ronge le pays de l’intérieur au cours des 15 dernières années.

Des questions de fond demeurent pourtant. Même une gestion consensuelle du pouvoir ne peut les régler en un temps record. Si Bozizé a su réinstaurer l’ordre dans les rues de Bangui, le Président n’a pas encore sauvé son pays de la catastrophe économique. La priorité mise sur « le travail, rien que le travail » ainsi que sur son pendant, la garantie du versement des salaires, est encore à l’épreuve. Mais le pays, sans habit démocratique à présenter aux institutions internationales, n’a pu obtenir de prêts à long terme et faire rentrer de l’argent dans les caisses. C’est la parure manquante que François Bozizé s’efforcera de trouver dans la transparence des urnes, lors des présidentielles.

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