Bozizé Président

François Bozizé sera-t-il candidat à la présidence de la Centrafrique ? Malgré ce qu’il a toujours avancé depuis le putsch du 15 mars dernier, le général semble aujourd’hui faire machine arrière. Une partie des délégués du Dialogue national de réconciliation ne l’entend pourtant pas cette oreille. L’homme de la transition a toutefois de bonnes cartes à jouer pour s’imposer légitimement aux urnes en 2004.

En collaboration avec Jean-Christophe Da Silva

Candidat ou pas candidat ? Le général François Bozizé, devenu le nouvel homme fort de Bangui après avoir renversé Ange-Félix Patassé le 15 mars dernier, semble convoiter une légitimité par les urnes. Il avait jusque-là fait comprendre qu’il ne briguerait pas de mandat à la tête de la magistrature suprême. Une volte-face qui n’est pas pour plaire à tout le monde au sein de la sphère politique nationale et du Dialogue national de réconciliation. Bozizé reste toutefois le mieux placé pour une investiture en 2004.

Lorsque l’Agence France presse (AFP) interroge l’intéressé sur ses ambitions présidentielles, ce dernier lui répond : « La transition est importante pour l’avenir. Mieux vaut s’y consacrer totalement que de répondre à cette question (Serez-vous candidat ?; ndlr) par oui ou par non, ce qui risquerait de déstabiliser la transition ». En voulant éluder la réponse, le général Bozizé y répond pourtant. A demi mot. Il sera candidat. Lui qui s’était fixé jusque-là comme mission « de sauver le peuple centrafricain et d’assurer la transition ». « Après je m’arrête là », avait-il ajouté lors de sa première visite à Lomé en avril dernier. Sauf si le peuple le réclamait avait-il pris la précaution de rajouter. Or, pour l’heure, seule une association de Centrafricains résidant au Gabon lui a fait ouvertement allégeance et souhaite le voir se présenter.

Bozizé et Goumba inéligibles ?

Parmi les 350 membres du Dialogue national centrafricain, présidé par le pasteur Isaac Zokoué, certaines voix s’élèvent pour demander à ce que les acteurs du gouvernement de transition, le général Bozizé et le Premier ministre Abel Goumba, ne puissent pas se présenter aux présidentielles de 2004. Les travaux de la concertation doivent donner naissance à un texte officiel le 6 octobre prochain. Issac Zokoué et de nombreux délégués souhaiteraient que les recommandations aient une valeur « excécutoire ». Mais les détracteurs de Bozizé ne semble pas en position de force pour imposer son inégibilité. Quand bien même comptent-ils dans leurs rangs des personnes telles que le vice-président du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC) de l’ex-Président André Kolingba.

Bozizé candidat ? Le problème est que l’homme, qui dénonce « la mesquinerie » de ceux qui veulent l’écarter la course à la présidence, n’a aujourd’hui aucun parti politique. Pour autant, il a déjà commencé à revêtir les habits de chef d’Etat et est reçu comme tel par ses pairs africains. Reconnu initialement par les pays de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac), il bénéficie tacitement du soutien de la France. Comme en témoignent la récente visite du ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, et la présence d’un contingent de 300 militaires français sur le territoire dans le cadre d’une mission de maintien de la paix. Ange-Felix Patassé s’est, pour sa part, plaint dans une lettre à l’AFP du fait que l’Onu ait invité le général à sa 58ème assemblée générale comme un vrai chef d’Etat.

Les présidentiables

Face à lui, seules quatre grandes figures de la politique centrafricaine semblent en mesure de contrecarrer ses plans inavoués. L’actuel Premier ministre, Abel Goumba (évincé au second tour des dernières présidentielles face à Ange-Félix Patassé). L’ancien président André Kolingma, récemment rétabli dans tous ses droits par Bozizé. En exil depuis 2001 en Ouganda, l’ex-chef d’Etat revient sur ses terres avec la ferme intention de revenir au premier plan. L’ex-Premier ministre de Patassé, Jean-Paul Ngoupande, chef de file du Parti de l’unité national (Pun) et actuel conseiller de Bozizé. Et l’ancien président de la République David Dacko. Mais ce dernier, comme Abel Goumba – qui ont tout deux dépassé les 70 ans – aura son âge pour premier handicap. Le Président déchu, Ange-Félix Patassé, ne pourra quant à lui pas se présenter. Il reste sous le coup d’inculpations pour crimes économiques et crimes de sang et devra, s’il décide de rentrer au pays, répondre de ces accusations devant la justice.

Plusieurs scénarios sont envisageables pour Bozizé. Bien que le MLPC (Mouvement pour la libération du peuple centrafricain) de Patassé ait boycotté le Dialogue national, il y a de fortes chances que le parti se rallie au dernier moment à Bozizé. Parce que Bozizé en est un ancien cadre. Et parce qu’il serait le seul candidat à représenter les personnes du Nord (les Gbayas, ethnie de Bozizé, et les Kabas, ethnie de Patassé). Avant Patassé, tous les dirigeants du pays étaient issus des ethnies du Sud (les Yakomas (Kolingba), les Gbaka (Bokassa), le Gbaziri (Goumba)).

L’atout de la paix et de la stabilité

L’atout majeur de légitimité électorale de Bozizé reste la stabilité et la paix dans le pays. Un impératif qu’il a très bien compris. A Bangui, l’armée est désormais très prompte à réagir au moindre incident. Une réactivité qui tranche avec le climat d’insécurité qui s’était installé les premiers mois suivant le coup d’Etat. Si Bozizé arrive a véritablement instaurer un calme durabl, ne serait-ce que dans la capitale, il gagnera assurément la reconnaissance des Centrafricains et surtout la confiance des chefs d’Etat de la sous-région. L’adhésion des Présidents Denis Sassou N’Guesso (Congo), Joseph Kabila (RDC) et Omar Bongo (Gabon) à la candidature de Bozizé serait en effet pour lui une caution de taille.

Bozizé, le rassembleur. Le fait qu’il n’ait pas de propre formation politique pourrait également jouer en sa faveur, s’il décidait de se porter candidat à la présidence. L’actuelle équipe gouvernementale est très éclectique. Elle regroupe toutes les tendances politiques nationales. En se plaçant au-dessus des partis, François Bozizé affirme d’autant mieux son leadership en faisant un pied de nez au tribalisme qui a toujours miné la cohésion du pays.