Catastrophe ferroviaire d’Eséka au Cameroun : la filiale de Bolloré Camrail conteste la décision de justice

Le 26 septembre 2018, le tribunal de première instance d’Eséka, ville de la région du Centre du Cameroun dans laquelle s’est produit un accident ferroviaire, qui avait officiellement fait 79 morts et 600 blessés, le 21 octobre 2016, a rendu son verdict dans cette affaire, condamnant Camrail, le transporteur ferroviaire camerounais, « pour homicide, blessures involontaires et activités dangereuses ».

Réagissant au verdict de cette juridiction camerounaise, cette filiale du groupe Bolloré « conteste » cette décision de justice, dénonçant « l’absence de toute expertise qualifiée et compétente, qui devait permettre d’établir de manière objective les véritables causes de ce tragique accident, et de les circonscrire définitivement afin de sécuriser davantage le chemin de fer camerounais », peut-on lire dans un communiqué officiel publié par l’entreprise.

Et le concessionnaire du chemin de fer camerounais d’ajouter : « Camrail et ses 1600 collaborateurs manifestent leur totale incompréhension devant une décision manifestement fondée sur la seule appréciation de quelques anciens salariés non spécialistes, non assermentés, déclarés experts, et par ailleurs en procédure judiciaire pour motifs personnels contre Camrail, depuis 10 ans ».

Pour rappel, au cours de l’audience correctionnelle du 14 mars 2018, qui avait inauguré la phase des auditions des responsables de Camrail, Jean Pierre Morel, qui était alors directeur général de Camrail, avait révélé qu’au lendemain de la catastrophe d’Eséka, l’entreprise ferroviaire camerounaise avait elle-même mis en place une commission d’enquête pour analyser ce qui avait pu conduire à cette catastrophe.

A l’en croire, les experts commis à cette tâche ont conclu que la survitesse du train, à partir d’un point du parcours, avait été à l’origine de cet accident, sans pour autant qu’on puisse expliquer les raisons pour lesquelles le train avait subitement pris une vitesse anormale. Aussi, afin de lever cette zone d’ombre, Jean Pierre Morel avait-il souligné devant le tribunal, « la nécessité d’une expertise internationale indépendante».

Pour l’heure, l’entreprise ferroviaire indique qu’elle fera appel, face à cette décision de justice, qui selon elle, « n’apporte pas d’explication claire aux causes réelles du déraillement du train 152 ». Peut-être attend-elle que le tribunal précise les sanctions induites par le verdict prononcé le 26 septembre 2016, à Eséka.

A titre de rappel, après l’accident d’Eséka, le gouvernement camerounais avait rendu public, le 23 mai 2017, un communiqué officiel révélant les conclusions du rapport de la commission d’enquête créée le 25 octobre 2016.

« Au terme de ces investigations, la commission d’enquête a établi les responsabilités à titre principal du transporteur, la société Camrail dans le train Intercity n° 152. Le rapport d’enquête a conclu que la cause principale du renversement dudit train est une vitesse excessive de 96 km à l’heure dans une portion de voie où la vitesse est fortement limitée à 40 km/h », précisait le communiqué signé du secrétaire général à la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh.

Le document précisait que, selon les « experts » de la commission d’enquête, le train n°152, impliqué dans l’accident d’Eséka, présentait les anomalies suivantes : « surcharge du convoi, rallonge inappropriée de la rame, utilisation de voitures voyageurs dont plusieurs présentaient des organes de freinage défaillants, l’utilisation d’une motrice dont le freinage était hors de service, absence de vérification sérieuse de la continuité du freinage de la rame avant son départ de Yaoundé, refus de prise en considération, par la hiérarchie de Camrail, des réserves émises par le conducteur du train, du fait des anomalies sus-citées ».

 

Catastrophe de la Camrail : la responsabilité de la filiale de Bolloré engagée