Capitaine Sanogo, chronique d’un soldat en échec

Carnet de bord : pour qui se prend le capitaine Sanogo ?

Un an après son coup d’Etat, l’influence du capitaine Sanogo semble toujours exister au Mali. Preuve en est avec l’arrestation le 6 mars dernier du directeur de publication du Républicain, Boukary Daou. Il est depuis retenu prisonnier pour avoir publié une lettre ouverte dans laquelle des soldats de l’armée malienne dénoncent « les avantages accordés au capitaine Sanogo » dans cette crise malienne. Une véritable violation de la liberté d’expression !

Que ce capitaine de pacotille reconnaisse les avantages dont il dispose, lui et son clan. Le plus incroyable dans toute cette combine, c’est que les mutins ne sont absolument pas allés combattre pour libérer le nord de leur pays. Pourtant, pour rappel, Sanogo a orchestré ce coup d’Etat pour dénoncer l’inefficacité du président Amanou Toumani Touré (ATT) à libérer Tombouctou, Gao et Kidal. Qu’ont-ils fait concrètement ? Rien. Si ce n’est d’avoir plongé le pays dans une situation politique catastrophique et d’avoir refusé de prendre les armes pour libérer le Nord.

Traoré, la peur de Sanogo

Chose surprenante, le premier homme du Mali, le président par intérim Dioncounda Traoré n’a absolument pas exigé, au nom de la liberté de la presse, la libération du journaliste Daou. Qui dirige qui ? Qui dirige quoi ? Le professeur Dioncounda Traoré, jusque-là partiellement adulé par la presse et une bonne partie de la population malienne ainsi que par la communauté internationale, ne fait désormais plus l’unanimité, surtout auprès des journalistes maliens. Une police politique de la presse a été montée pour être à l’affût du moindre texte qui ne tarit pas d’éloges la présidence, les institutions et bien entendu Amadou Haya Sanogo.

Ce capitaine doit définitivement se retirer du pouvoir. Le Mali ne lui appartient pas ! Ce n’était, par exemple, certainement pas à lui de décider si Modibo Diarra devait démissionner ou non de son poste de Premier ministre avant de le faire arrêter.

Quant à Amadou Toumani Touré (ATT), même s’il n’était pas le président idéal pour mettre un terme rapide et définitif à l’occupation du Nord-Mali, pour qui se prend le capitaine Sanogo pour fomenter un coup d’Etat ? Qui est-il pour mettre à la porte un président élu démocratiquement avec 71, 20% des votes et prendre en otage les Maliens ? Il n’a pourtant rien fait de mieux qu’ATT, car c’est au final l’armée française qui a fini par libérer le Nord-Mali, appuyée par le contingent tchadien. Avec ou sans lui, l’intervention étrangère était inévitable.

Ce coup d’Etat a en tout cas permis à Dioncounda Traoré de basculer du siège de l’Assemblée nationale à celui de la présidence par intérim. Son investiture sonnait comme un désaveu pour ATT. Elle marquait en quelque sorte la revanche d’Ibrahim Boubacar Keïta battu dès le premier tour par ATT lors de l’élection présidentielle de 2007. Keïta et Traoré sont issus du même parti : Adéma-PASJ. Notons que ce coup d’Etat est intervenu moins de deux mois avant la nouvelle élection présidentielle, couplée avec un référendum constitutionnel. Election à laquelle ATT n’envisageait pas de se présenter.

Quand Sanogo joue dans la cour des grands

Le rêve de Sanogo, c’est d’être promu général ou même chef d’état-major. Inconcevable pour les dirigeants de la sous-région qui considèrent Sanogo comme « un soldat en échec ». Lui octroyer ce statut non mérité, c’est encourager les militaires à organiser des coups d’Etat contre des dirigeants élus démocratiquement.

De toute façon, Sanogo n’a absolument pas les compétences pour occuper de tels postes. Ses classes ont été un échec total. Il s’est d’ailleurs fait recaler de plusieurs écoles militaires au Mali et ailleurs, selon Maliweb. Son maintien à la tête du Comité malien de réforme est donc une aberration. Il existe au Mali de vrais intellectuels pour diriger cette antenne. Mais Dioncounda Traoré en a évidemment voulu autrement, affirmant que cet organisme n’était pas « issu du coup d’Etat du 22 mars », ni « un prolongement » de la junte qui avait gardé le pouvoir pendant deux semaines. D’après le président Traoré, le capitaine Sanogo « a été choisi (…) compte tenu de ses qualités personnelles ».

Eh bien, si l’on se met à nommer n’importe qui à la tête de symboles de l’Etat uniquement sur la base de leurs qualités personnelles, il y a de quoi être inquiet pour l’avenir du Mali…