Mali : démission de Diarra et imbroglio militaire

Dioncounda Traoré a nommé mardi Django Cissoko Premier ministre, succédant à Cheick Modibo Diarra. La démission de ce dernier fragilise davantage l’hypothèse d’une intervention militaire au Nord-Mali. Selon Antoine Glaser, auteur du livre « Comment la France a perdu l’Afrique », ce nouvel imbroglio montre l’influence réelle de la junte du Capitaine Sanogo, auteur du coup d’Etat du 22 mars et à l’origine de la démission du désormais ancien chef du gouvernement malien, dans la vie politique du Mali.

L’intervention militaire au Nord-Mali renvoyée aux calendes grecques ? Une chose est sûre : la thèse d’une intervention militaire au Nord-Mali s’éloigne davantage. A cause notamment de la démission, mardi, du Premier ministre Cheick Modibo Diarra. Même si le président de la transition Dioncounda Traoré l’a rapidement remplacé, en nommant le même jour Django Cissoko, la fragilité du Mali est mise au jour.

« Cette démission montre la réalité du jeu de pouvoir au Mali et l’influence réelle de la junte dans la vie politique malienne. Il s’agit d’un acte révélateur du triumvirat qui existait entre Dioncounda Traoré, son ex-Premier ministre Cheick Modibo Diarra et la junte du capitane Sanogo », déclare à Afrik.com Antoine Glaser, auteur du livre « Comment la France a perdu l’Afrique ». En clair, « la réalité du pouvoir est toujours dans les mains de la junte or son seul rôle est de réformer l’armée », ajoute l’ancien Directeur de La Lettre du Continent.

« Comment reconstruire l’armée malienne avec une junte qui contraint un Premier ministre à démissionner ? »

Le Premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra, a officialisé mardi matin sa démission, à la suite de son arrestation par une vingtaine de soldats de la junte militaire, toujours dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo, alors qu’il s’apprêtait à se rendre en France pour passer un contrôle médical. Le désormais ancien chef du gouvernement malien prônait une intervention militaire, menée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avec notamment l’appui de la France, au Nord-Mali. Tandis que les ex-rebelles qui ont renversé le président Amadou Toumani Touré, le 22 mars dernier, s’opposent à tout déploiement d’une force étrangère au Mali.

Selon les spécialistes, cette démission, inopinée, s’apparente à un tournant qui met à mal l’optique d’une intervention militaire au Nord-Mali. Selon Antoine Glaser, la junte militaire se sent menacée par le déploiement des soldats de la Cedeao à Bamako. D’où l’arrestation de Cheick Modibo Diarra pour envoyer un signal fort à la communauté internationale, notamment à l’Union européenne qui a décidé hier d’envoyer 400 militaires dès début 2013 (aux environs de février, selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian) au Mali pour former son armée. « Comment reconstruire l’armée malienne avec une junte qui contraint un Premier ministre à démissionner ?, nous confie le spécialiste du Mali. Ce qui vient de se passer à Bamako donne des prétextes aux plus réticents à une intervention au Nord-Mali pour ne pas y aller et favorise l’hypothèse d’une solution politique négociée avec le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) et Ansar Dine (groupe de Touaregs pro-charia, la loi islamique) », conclut-il.

Le Mali se trouve dans une situation complexe qui défavorise, donc, et le déploiement d’une force militaire étrangère sur son sol ainsi que l’intervention militaire au Nord-Mali. Pour remettre d’aplomb l’armée malienne puis de lancer une opération armée contre les islamistes,
« les services occidentaux et la Cedeao pourraient mener un double coup d’Etat, d’une part contre les groupes armés du Nord-Mali, et en parallèle contre les putschistes entre autres du capitaine Sanogo », a confié Michel Galy, politologue et sociologue, dans une interview accordée à Afrik.com. Car, la diplomatie démontre manifestement ses limites. L’Union africaine (UA) a quand même condamné les conditions de la démission du Premier ministre malien en rappelant l’exigence de la subordination totale de l’armée au pouvoir civil.