Mali : théâtre d’une guerre sans merci

Ban ki-Moon a mis hier, mercredi 28 novembre, en garde contre les risques d’une intervention militaire dans le Nord-Mali. Le secrétaire général de l’ONU estime qu’un conflit armé peut avoir des graves conséquences humanitaires. Selon lui, il faut d’abord et avant tout privilégier la solution politique, notamment la négociation avec les Touaregs. Moussa Ag Assarid, chargé de l’information et de la communication du Conseil de transition de l’Etat de l’Azawad (MNLA) et Michel Galy, politologue et sociologue, soulignent tous deux les risques multiples d’un conflit au Nord-Mali qui menace d’embraser le Sahel.

Un conflit qui risque d’embraser le Sahel. L’ONU n’a pas encore validé le dispositif opérationnel armé de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en vue d’une intervention militaire au Nord-Mali. Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, a même hier, mercredi 28 novembre, tiré la sonnette d’alarme sur les risques de ce conflit, appelant à la prudence.

« Je suis tout à fait conscient que si une intervention militaire dans le Nord n’est pas bien conçue et exécutée, elle pourrait aggraver une situation humanitaire dejà extrêmement fragile et entraîner aussi de graves violations des droits de l’Homme », écrit Ban Ki-moon dans un rapport adressé au Conseil de sécurité de l’ONU. « Elle pourrait aussi risquer de ruiner toute chance d’une solution politique négociée à cette crise, qui reste le meilleur espoir d’assurer la stabilité à long terme au Mali », renchérit-il.

Un avis que partage Moussa Ag Assarid. Interrogé par Afrik.com, le chargé de l’information et de la communication du conseil de transition de l’Etat de l’Azawad (MNLA) plaide, également, pour une sortie diplomatique de crise : « Il faut une solution politique entre le MNLA et le Mali. Nous revendiquons toujours l’autodétermination de l’Azawad, c’est-à-dire bénéficier des droits internationaux, de la charte des droits de l’Homme, ainsi que la reconnaissance de l’Union africaine. Nous sommes contre une intervention militaire telle qu’elle est présentée par la Cedeao ».

Car, une intervention militaire au Nord-Mali présente plusieurs risques. « Oui, il y a un risque d’embrasement si on ne trouve pas une solution politique (à la crise, ndlr). Les pays limitrophes du Nord-Mali, qui ne sont pas vraiment touchés si ce n’est par des enlèvements des étrangers, seront en danger », nous confie Moussa Ag Assarid. « Sans compter le risque majeur d’une situation humanitaire dramatique ponctuée par des massacres de civils », ajoute-t-il. Une situation humanitaire, déplorable, qui pourrait se traduire par des millions de réfugiés et s’aggraver par la famine, d’après les prévisions faites par les ONG.

De l’embrasement au coup d’Etat

Selon les observateurs, pas moins de 5000 milices armés -Touaregs, salafistes, islamistes, terroristes- se trouvent actuellement au Nord-Mali. Ces jihadistes, notamment ceux d’Ansar Dine (groupe de Touaregs pro-charia, la loi islamique) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad islamique (Mujao), « utilisent les otages comme une arme et un bouclier », selon Philippe Hugon, spécialiste du Mali à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Ces derniers procèdent, en outre, à toute sorte de trafics, entre autres d’armes et de drogue. Le Nord-Mali est devenu leur base stratégique. D’où les risques d’embrasement en cas de conflit armé mené par les troupes africaines.

Les risques sont multiples. « Le plus grand risque c’est celui de l’embrasement généralisé. Le Nord-Mali est un territoire désertique où il n’y a pas de frontières. En tout cas, elles sont longues et, donc, pas matérialisées et perméables aux groupes armés. On peut difficilement surveiller ces frontières, d’où le développement de la culture de la violence par les mouvements islamistes armés », déclare à Afrik.com Michel Galy, politologue et sociologue. Un conflit au Nord-Mali risque, alors, de contaminer tout le Sahel. « Les milices sont beaucoup plus aguerris et habitués à l’environnement Sahélien (région désertique truffée de grottes, comparable à l’Afghanistan, ndlr) que les forces de la Cedeao », prévient le spécialiste de l’Afrique. D’autant que l’armée malienne, qui fournira une bonne partie de soldats, dispose d’une armée faible qui a déjà subi plusieurs défaites au Nord-Mali avec des pertes d’hommes et d’armes. « Une intervention militaire explosera le foyer de violences et le propagera dans les pays limitrophes, tels que le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire qui sont fragiles et n’ont pas d’armées structurées », précise le politologue et spécialiste.

Selon Michel Galy, les services occidentaux et la Cedeao pourraient mener un double coup d’Etat, d’une part contre les groupes armés du Nord-Mali, et en parallèle contre les putschistes, entre autres les bérets rouges du Capitaine Sanogo, à l’origine du renversement d’Amadou Toumani Touré le 22 mars dernier, afin de remettre d’aplomb l’armée malienne et le pouvoir civil. En vue d’organiser des élections -présidentielle et législatives- libres. Pour l’heure, la guerre n’est pas encore déclarée et, le conflit au Nord-Mali est soumis à la décision de l’ONU.