CAN féminine 2026 au Maroc : la carte du Sahara au cœur d’un silence graphique


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CAN 2026 féminine au Maroc
CAN 2026 féminine au Maroc

Le Maroc accueille jusqu’au 16 août la plus grande Coupe d’Afrique des nations féminine jamais organisée. Mais un an après avoir diffusé sur son signal international une carte du Royaume amputée du Sahara occidental, la Confédération africaine de football semble avoir renoncé à toute représentation du continent dans l’habillage du tournoi pour éviter de se fâcher avec le Maroc ou le droit international. Un silence graphique qui en dit long sur ce que Rabat ne parvient toujours pas à obtenir.

Quatorzième édition de la compétition, la CAN féminine 2026 réunit pour la première fois seize sélections, réparties en quatre groupes, pour trente-quatre rencontres disputées du 26 juillet au 16 août dans cinq stades de Rabat et Casablanca. Les demi-finalistes, dont l’Algérie et le Maroc qui ont décroché leur billet hier, se qualifient pour la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil. Enfin, les vainqueures toucheront une prime d’un million de dollars. Le Royaume, qui a bâti une part substantielle de son influence continentale sur l’organisation d’événements sportifs, y voit une vitrine de premier ordre, mais tout ne se passe pas comme prévu.

Une chose manque effectivement à cette vitrine. Dans les supports officiels mis en ligne par la CAF pour cette édition, le continent africain n’est représenté nulle part. Le calendrier officiel, publié le 22 juin avec le Comité local d’organisation, se limite à des tableaux de groupes, d’horaires et de stades. L’emblème du tournoi n’apparait pas. Aucun fond de carte, aucune silhouette du continent, aucune frontière. Pour une compétition continentale organisée par une confédération qui en illustre habituellement volontiers la géographie, l’absence est frappante.

Le précédent de juillet 2025

Cette prudence a une histoire, et elle est récente. En juillet 2025, à Rabat, pendant l’édition précédente du même tournoi, la CAF avait transmis à ses diffuseurs un spot publicitaire comportant une carte du Maroc sans le Sahara occidental. La séquence est passée sur Arryadia, la chaîne publique marocaine, qui s’est retrouvée à diffuser sur ses propres antennes une représentation contraire à la doctrine officielle du Royaume. Devant l’indignation, la chaîne s’est désolidarisée du contenu en rappelant qu’elle n’était que relais d’un signal produit par la Confédération, mais l’impact était déjà fait.

L’épisode a été présenté à Rabat comme une manœuvre extérieure, mais il disait surtout que sur son propre sol, dans une compétition qu’il organisait et finançait, le Maroc n’avait pas la main sur la carte que voyaient les téléspectateurs car le droit internation prime et qu’il reste favorable aux Sahraouis. C’est ce que le Front Polisario et les soutiens de la cause sahraouie mettent en avant depuis des années. La souveraineté revendiquée s’arrête là où commencent les obligations des organisations internationales.

Une contrainte juridique que Rabat ne peut pas lever

La CAF ne dispose en réalité d’aucune marge pour épouser la cartographie marocaine. L’Union africaine compte parmi ses membres à la fois le Royaume du Maroc et la République arabe sahraouie démocratique. Cette cohabitation avait provoqué le retrait marocain de l’Organisation de l’unité africaine en 1984 mais elle a survécu au retour de Rabat au sein de l’UA en janvier 2017. En effet, le Royaume a accepté de revenir sieger au côté de la RASD.

S’y ajoute une décision qui pèse lourd sur le football continental. En 2024, la demi-finale retour de Coupe de la CAF entre l’USM Alger et la Renaissance de Berkane n’avait pas pu se tenir à cause de maillots marocains floqués d’une carte incluant le Sahara occidental. Saisi du dossier, le Tribunal arbitral du sport a annulé les sanctions sur des motifs procéduraux, mais retenu sur le fond que cette représentation constituait un message à caractère politique. La qualification vaut désormais pour toute instance sportive et afficher la carte défendue par Rabat, c’est prendre parti.

Aux Nations unies, le Sahara occidental figure toujours sur la liste des territoires non autonomes, et son processus de décolonisation reste inachevé.

Ce que dit un évitement

D’où l’hypothèse que la Confédération a tiré les leçons de l’été précédent en supprimant le support du problème. Ne pas montrer de carte évite de froisser le pays hôte.

Le calcul est confortable pour la CAF mais pas pour Rabat. En effet, le Royaume a obtenu des reconnaissances diplomatiques significatives, la Colombie dernière en date, de son plan d’autonomie ces dernières années, et il investit massivement dans le sport comme instrument d’influence. CAN féminine, CAN masculine, coorganisation du Mondial 2030. Chacun de ces rendez-vous devait consolider l’image d’un Maroc dont les contours ne se discutent plus. Le résultat obtenu en 2026 est plus modeste avec une compétition dont l’habillage contourne la question car il ne peut la trancher en sa faveur.

Pour les Sahraouis, ce vide rappelle que quatre décennies de contentieux n’ont pas été effacées par les avancées diplomatiques récentes, et qu’une instance panafricaine ne peut toujours pas représenter le nord-ouest du continent comme Rabat le souhaite. Le Maroc peut remplir ses stades et remporter le tournoi. Il n’a pas obtenu le droit d’annexer le Sahara occidental.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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