CAN 2023 : « Le Cameroun est victime du tribalisme, de la corruption et de l’égocentrisme »


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Cameroun contre Nigeria
Cameroun contre Nigeria

Sa Majesté Joseph Ekong, chef du bloc 2 au quartier Cacao-Barry (Douala 5) et amoureux du ballon rond, a vécu de bout en bout les rencontres de la 34ème édition de la CAN 2023 (Coupe d’Afrique des Nations) de football, du 13 janvier au 11 février 2024, en terre ivoirienne. A l’issue de cette compétition continentale de haute facture qui a vu le sacre du pays organisateur, Sa Majesté Joseph Ekong s’ouvre à Afrik.com. Dans cet entretien, il évoque des maux qui gangrène la société camerounaise.

Entretien

Qui est Sa Majesté Joseph Ekong ?

Monsieur Ekong Joseph de son nom de famille, est un modeste camerounais, né un certain 10 septembre, d’une certaine année de grâce, sous le ciel du département du Nkam, plus précisément dans l’arrondissement de Yingui, région du Littoral. Veuf depuis 2012 et père de plusieurs enfants, markétiste de formation, enseignant vacataire par moments et élu comme chef de Bloc N°2 depuis l’année dernière, à la faveur des élections démocratiques qui se sont déroulées au quartier Cacao-Barry (Douala), le 10 octobre 2023, sous la très haute supervision de Monsieur le sous-préfet de Douala 5ème, représenté sur le terrain par ses nombreux collaborateurs, qu’accompagnaient les FMO (forces de maintien de l’ordre).

D’où vous est venu l’amour pour le football ?

Sa Majesté Joseph Ekong
Sa Majesté Joseph Ekong

Je peux vous avouer que c’est un amour inné que j’ai pour le football, et d’ailleurs ceux qui m’ont vu grandir témoignent que j’étais un excellent footballeur dans ma tendre jeunesse, étant donné qu’il est indécent de s’apprécier. Tenez par exemple, quand j’arrive au lycée de Yabassi, en 1981, en classe de 3ème, j’ai le bonheur de faire partie de l’expédition qui a remporté, pour la première fois, la coupe interdépartementale de football (Ossuc). Ensuite j’ai évolué dans Dihep Di Nkam qui était une équipe de première division. J’ai également eu le bonheur d’évoluer aux côtés des aînés comme l’ex-capitaine des Lions indomptables Mbou Mbou Emile et une autre sommité du football camerounais du nom de Likoumba, au collège Ises (Douala). Mais surtout cet amour me vient de ce que j’ai eu la chance de naître dans un pays de football, le Cameroun, où ce sport nous a fait pleurer de joie, à l’époque où les Lions étaient véritablement indomptables. Souvenez-vous d’ailleurs des années 80, 90 et 2000, où le monde entier ne jurait que par le Cameroun, avec tous ces grands joueurs que vous connaissez.

Votre commentaire sur la performance de la Côte d’Ivoire, championne de la CAN 2023

Elle était tout simplement phénoménale, c’est le moins qu’on puisse dire. J’ai même intitulé une de mes publications sur Facebook, Côte d’Ivoire: « De l’enfer au paradis ». J’allais dire comme l’indique le titre d’un ouvrage du professeur Njoh Mouelle, Côte d’Ivoire : « De la médiocrité à l’excellence ». Cette équipe a fait montre de courage, de discipline, d’organisation et de réorganisation. Partie de la dernière place des meilleurs troisièmes avec trois points sur son compteur, et un goal average de moins 3, pour la victoire finale, ce n’était pas évident. Je dis tout simplement bravo à ces Éléphants, car comme le disait le Président Houphouët Boigny, de regretté mémoire : « découragement n’est pas ivoirien ».

Commencée le 13 janvier 2024, la 34ème édition de la CAN s’est achevée le 11 février 2024. Alors, l’amour que vous avez pour le ballon rond, vous a certainement contraint à vivre toutes les rencontres. Quelle lecture faites-vous, partant de l’organisation, en passant par l’arbitrage, les interviews d’avant et après match, y compris le déroulement des rencontres ?

Ce n’est pas un fait de hasard, lorsque les spécialistes s’accordent pour dire qu’à plusieurs égards la CAN Côte d’Ivoire 2023, est la meilleure jamais organisée jusqu’ici. Mais étant donné que la perfection n’est pas de ce monde, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur quelques petits couacs, qui n’étaient tout de même pas de nature à entacher la belle organisation de cette compétition. On peut, entre autres, relever l’indisponibilité par moments des billets d’accès au stade dans certains sites, le manque de rigueur de certains officiels à l’instar de l’arbitre gabonais, qui a été laxiste quant à la grosse faute de Sadio Mané sur un joueur ivoirien, lors de leur confrontation, révélée plus tard par la VAR. Cet arbitre a été suspendu du reste de la compétition par la CAF… Je pense en gros que tout s’est bien passé, jusqu’au soir de ce joli sacre des ivoiriens qui a encore donné une brillance à cette compétition retransmise dans plus de 178 territoires à travers le monde, selon la CAF.

Quelle note pouvez-vous attribuer à cette édition de la CAN ?

Une note de 16/20 ne serait pas exagérée.

Quel vœu émettez-vous pour les prochaines éditions ?

Tout comme la Côte d’Ivoire s’est inspirée de la bonne organisation de l’édition de la CAN 2019 au Cameroun, malgré les ravages du Covid-19, qui l’ont quelque peu plombée, je souhaite que les prochaines éditions, notamment celle du Maroc, l’année prochaine, soient plus relevées en s’inspirant aussi de la bonne organisation que nous avons observée en Côte d’Ivoire et ce pour le développement du football africain qui reste un des multiples objectifs du président de la CAF.

Un mot sur la participation des Lions Indomptables du Cameroun à cette compétition…

J’aurais bien voulu me passer de cette question qui réveille en moi colère et indignation. Mais puisqu’il faut dire quelque chose, je dirai tout simplement que ce fut une piètre participation comme jamais auparavant, au vu des résultats engrangés. Mais mon indignation et ma colère ne se mesurent pas seulement en terme de performance, puisque nous avons connu d’autres sorties précoces auparavant, en 21 participations, mais plutôt en termes d’encadrement administratif et technique. Il est évident que lorsqu’une fédération ne fonctionne pas bien, les premières personnes qui doivent tirer les conséquences sont les dirigeants administratifs et techniques de cette fédération. Ces conséquences peuvent aller jusqu’à la démission effective de ceux-ci, étant donné que le gouvernement y met beaucoup de moyens et reste regardant sur les résultats. Comment comprendre qu’avec toute la constellation des stars africaines et mondiales dont regorge le Cameroun, et qui pour la plus part tournent autour de cette équipe nationale, on ne puisse pas nous produire une sélection digne de ce nom ? Certains analystes pensent même que ce milieu est gangrené par des raisons extra-sportives, qui ne permettent pas le décollage facile de notre football. Je préfère m’arrêter là.

Peut-on désormais miser sur les entraîneurs locaux ?

Pourquoi pas, dans les pays où la volonté de faire mieux est perceptible, où une bonne politique sportive est mise en place pour rechercher l’excellence, où la gestion de ces choses est confiée à des personnes sérieuses et empreintes d’humilité. Mais au Cameroun, je dirai non, car notre société est victime de certains maux très profonds tels que : le tribalisme qui ne facilite pas les choses, la corruption, l’égocentrisme et autres. Un entraîneur local quelque compétent qu’il soit, n’aura jamais la tâche facile, déjà en raison de ses origines, des influences extérieures qui sont une réalité chez nous. Bref, il n’aura jamais les mains libres et aura toujours tendance à céder à ces tentations pour espérer bénéficier d’un quelconque soutien susceptible de lui permettre de conserver sa place. Ceci est d’autant plus déplorable qu’au Cameroun la démission ne fait pas partie de nos gênes. Pourquoi ne pas reconnaître que les 5 éditions que nous avons déjà remportées ne l’ont été qu’avec les expatriés, qui pour ma part, pourraient encore nous en donner davantage plutôt que de sombrer dans les profondeurs abyssales comme c’est le cas en ce moment ?

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