
Deux mois après l’investiture de Paul Biya pour un huitième mandat, le Cameroun attend toujours la formation de son nouveau gouvernement. Malgré les annonces présidentielles, aucun décret n’a encore été publié, ce qui alimente spéculations et crispations politiques à Yaoundé. En coulisses, le refus de l’opposant Issa Tchiroma Bakary de rejoindre un exécutif d’union nationale complique les équilibres recherchés par le pouvoir.
Plus de soixante jours après la prestation de serment de Paul Biya pour un huitième mandat, le palais d’Etoudi garde ses secrets. Malgré la promesse formulée par le chef de l’État lors de ses vœux du 31 décembre 2025, annonçant une équipe renouvelée « dans les prochains jours », les Camerounais scrutent toujours les décrets présidentiels. Entre tractations en coulisses, refus de l’opposition et anxiété dans les couloirs des ministères, l’attente devient le baromètre d’un pays suspendu à la décision d’un seul homme, qui fêtera ses 93 ans en février prochain.
Le refus catégorique d’Issa Tchiroma Bakary
Au cœur de ce blocage se trouverait la résistance de la principale figure de l’opposition, Issa Tchiroma Bakary. Fort de ses 35 % récoltés lors du scrutin d’octobre dernier, l’opposant, actuellement en exil en Gambie, aurait décliné les offres répétées du régime.
Selon des sources concordantes, le poste de Premier ministre ainsi que neuf ministères stratégiques lui auraient été proposés pour former un gouvernement d’union nationale. Ce refus laisse le président Biya face à un dilemme : comment rajeunir et diversifier son équipe alors que l’adversaire le plus légitime refuse de cautionner ce nouveau septennat ?
Une administration paralysée par l’anxiété
Dans les ministères de Yaoundé, le temps semble s’être arrêté. Depuis sept ans, aucun remaniement d’envergure n’a eu lieu, malgré les scandales financiers et le décès de plusieurs ministres en fonction. Aujourd’hui, l’incertitude pèse lourdement sur l’efficacité administrative.
Chaque soir, le journal de la CRTV est guetté avec une fébrilité mêlée d’angoisse par des hauts fonctionnaires qui ignorent s’ils seront encore en poste le lendemain. Cette longue attente, inédite par sa durée après une élection, traduit la difficulté du président à arbitrer entre les faucons du régime, partisans de la fermeté, et les modérés qui poussent vers une ouverture politique.
Entre résignation populaire et désir de renouvellement
Si l’élite politique s’agite, la population camerounaise semble plongée dans une forme d’atonie ou de résignation. Pour de nombreux citoyens, ce « jeu de chaises musicales » au sommet de l’État ne changera rien aux paradigmes essentiels de leur quotidien. Le désenchantement est tel que l’émigration vers des pays comme le Canada atteint des records, illustrant une volonté de construire son avenir loin des incertitudes de Yaoundé.
Pour beaucoup, la formation du gouvernement est devenue une sorte de « divertissement politique » dont l’issue, bien qu’attendue, ne suscite plus de réel espoir de transformation sociale profonde.
Paul Biya, seul maître du calendrier
Fidèle à sa réputation de « sphinx », Paul Biya semble ne subir aucune pression temporelle. En 43 ans de pouvoir, il a orchestré 35 remaniements, dictant toujours son propre rythme. Pour les politologues, ce délai de deux mois est le signe que le président « penche là où la météo politique lui indique de pencher », cherchant l’équilibre parfait pour assurer la survie de son système. Alors que l’impatience grandit, le président reste le seul détenteur d’un calendrier dont lui seul connaît la date d’expiration.




