Bush choisit Robert Zoellick pour faire oublier Wolfowitz à la Banque mondiale

Robert Zoellick a été désigné mercredi comme le remplaçant de Paul Wolfowitz, démissionnaire, à la tête de la Banque mondiale. La Maison Blanche espère que l’ancien responsable du commerce américain saura recouvrer la confiance des employés de la BM et poursuivre la croisade anti-corruption engagée par l’institution dans les pays en développement.

And George Walker Bush picks… Robert Zoellick. Le chef de l’Etat américain a choisi mercredi son ancien responsable au commerce (équivalent du ministre, 2001 à 2005) pour candidater à la tête de la Banque mondiale (BM), en remplacement d’un autre de ses proches, Paul Wolfowitz, démissionnaire. Autant dire que le candidat est déjà en place puisque depuis 1944, le choix du président de l’institution revient automatiquement au chef de l’Etat américain, en même temps que la direction du Fonds monétaire international (FMI) est la chasse gardée des Européens.

« Robert Zoellick est profondément dévoué à la mission de la BM, a déclaré le président américain. Il veut aider les pays en lutte à combattre la pauvreté, développer leurs économies et offrir à leur peuple l’espoir d’une vie meilleure ». Côté français, le nouveau ministre français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, a déclaré qu’il s’agissait « de rétablir la confiance dans l’institution, et [que] Zoellick est l’homme de la situation ».

Paul Wolfowitz a annoncé le 18 mai dernier son intention de démissionner à la fin du mois de juin, poussé par la quasi-totalité des 24 membres du conseil d’administration de la BM, suite à des accusations de népotisme et de non respect des règles de l’institution. Quelques pays, comme l’Afrique du Sud et le Brésil, ainsi que des députés démocrates américains, avaient alors émis le souhait que le conseil d’administration puisse choisir son directeur parmi plusieurs candidats de nationalités différentes. Ils n’ont pas été entendus.

Diplomate et libéral

Comme Paul Wolfowitz, Donald Rumsfeld et Richard Pearle, Robert Zoellick fait parti des 18 personnalités qui ont signé en 1998 une lettre ouverte réclamant au président Bill Clinton de renverser Saddam Hussein. Par la suite, il a figuré parmi les huit responsables rassemblés dans le groupe Vulcain, auprès de Condoleezza Rice, et chargés de conseiller Georges W. Bush, avant 2000, en matière de politique étrangère. Mais il n’est pas resté aussi proche du président américain que le faucon démissionnaire Wolfowitz, artisan de la dernière guerre en Irak.

Robert Zoellick a surtout fait parler de lui sur la scène internationale à travers les rounds de négociation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où il a récemment été le principal négociateur américain. Défenseur infatigable des intérêts de son pays, il se voulait également le chantre du libéralisme et de la suppression des droits de douane « de l’Alaska à la Terre de feu ». Après l’échec du 5e round de l’OMC à Cancun (Mexique), il avait annoncé que les Etats-Unis n’attendraient pas les pays qui ne souhaitent pas aller vers le libre échange.

L’actuel dirigeant de la banque Goldman Sachs est néanmoins capable de plus de diplomatie. En témoigne son rôle dans le rapprochement entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest à la fin des années 80, lorsqu’il était sous-secrétaire d’Etat de 1989 à 1992. Il aura d’ailleurs besoin de toutes ses qualités de diplomate pour gagner la confiance des employés de la BM. Ces derniers sont remontés contre les méthodes de travail supposées personnelles de Paul Wolfowitz, qu’ils considéraient par ailleurs trop proche de la Maison Blanche.

Robert Zoellick « apporte à la Banque une capacité à faire que les choses soient faites, une capacité à travailler avec les autres et une excellente réputation dans les cercles diplomatiques du monde entier, ce dont nous avions cruellement besoin », a assuré James Baker, l’ancien secrétaire d’Etat américain et mentor de Robert Zoellick. Au contraire, « c’est le deuxième diplomate et responsable des questions de sécurité nationale de l’administration Bush nommé à la suite, a rappelé le député démocrate Barney Frank. C’est une erreur ».

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