« Burkina Faso, Les paradoxes de l’eau » et « Mali, Les maîtres du fleuve »

Le photographe Didier Bergounhoux et le journaliste Rinaldo Depagne se penchent sur l’eau en Afrique de l’Ouest. Avec deux très beaux livres, Burkina Faso, Les paradoxes de l’eau et Mali, Les maîtres du fleuve, ils croisent des données historiques, géographiques et humaines. Et offrent un regard original sur un sujet brûlant d’actualité.

Deux livres, deux problématiques autour de l’eau, cette ressource tellement capricieuse et menacée sur le continent africain qu’on l’appelle maintenant « or blanc » ou « or bleu »… Le photographe Didier Bergounhoux, qui connaît bien l’Afrique de l’Ouest pour y avoir effectué de nombreux reportages, a choisi de parler des paradoxes de l’eau au Burkina Faso et des maîtres du fleuve Niger au Mali. Rinaldo Depagne s’est chargé des textes.

« Saaga » veut dire « pluie » en mooré, l’une des langues principales du Burkina. La pluie tant attendue… Le livre Burkina Faso, Les paradoxes de l’eau se découpe ainsi : « avant », « pendant » et « après » la pluie. « L’eau, ici, c’est toujours trop ou pas assez », explique le photographe. « Je me souviens d’une panne de voiture, et d’avoir eu soif quelques heures… Je me souviens de Diallo, le berger peul, qui m’a dit : ‘Ici on ne parle pas de l’eau, on va la chercher’. » Le Burkina n’est pas un désert. Il y tombe une cinquantaine de pluies par an, parfois abondantes : les bonnes années, la pluviométrie moyenne atteint même les 700 mm, soit autant qu’en région parisienne ! Mais la pluie se concentre sur quatre mois, de juin à septembre et les réserves en eau sont inégalement réparties dans le pays : l’ouest en concentre 80%…

L’arrivée de la pluie

Les campagnards se sont habitués à tirer partie des moindres gouttes. En revanche, la ville pose problème : Ouagadougou connaît systématiquement des pénuries, notamment pendant le mois de mai, le plus chaud et le plus sec de l’année. Les files d’attente à la pompe se multiplient alors… Les photos en noir et blanc sont superbes, notamment celles qui illustrent l’arrivée de la pluie et captent le singulier manège auquel se livrent les Burkinabè : un ballet frénétique de seaux et de récipients en tout genre pour sauvegarder le précieux liquide.

Le photographe passe à la couleur pour montrer le quotidien autour du majestueux fleuve Niger, « qui traverse le Sahel comme un miracle, coude azur qui enlace amoureusement l’Afrique de l’Ouest toute entière. » Le Niger des empires disparus, de l’or et du sel, des récits d’Amadou Hampaté Bâ et du blues d’Ali Farka Touré est aujourd’hui rongé par le désert et le manque de pluie. Pour mieux évoquer la situation, qui devient de plus en plus critique au fil des années, les auteurs racontent l’histoire de Sheibou, un Bozo (maître de l’eau). Un maître-pêcheur obligé de quitter les rives du Djoliba, le « fleuve des fleuves », qui ne nourrissait plus sa famille, pour celles du Kompienga, un lac de barrage hydroélectrique, à 500 km de son village. Et qui, devant la raréfaction du poisson dans cet endroit aussi devra peut-être se résigner à aller encore plus loin.

Héritage aquatique

« L’eau n’est pas rare au Mali mais les ressources restent difficilement mobilisables. Le fleuve Niger, qui draine sur son parcours un habitat humain riche de ses multiples cultures, est actuellement en grand danger », explique dans la préface Anne Le Strat, docteur en géopolitique et présidente-directrice générale de la Sagep-Eau de Paris.

« L’avenir du fleuve Niger pose la question plus large de l’héritage laissé par les populations d’aujourd’hui aux générations futures, de la conciliation nécessaire entre la croissance démographique, économique, et la préservation de l’environnement pour le bénéfice de tous. C’est ce que nous raconte Didier Bergounhoux. C’est ce que restitue son regard aiguisé de photographe dans cet ouvrage. Des images pas seulement faites pour être belles. Des images, portées par des textes pertinents, qui imprimeront longtemps nos mémoires, nos pensées et, souhaitons-le, nos volontés d’agir pour un développement soutenable qui commence par la préservation de ce bien essentiel qu’est l’eau. »

 Commander les livres : Burkina Faso, Les paradoxes de l’eau et Mali, Les maîtres du fleuve, photographies de Didier Bergounhoux et texte de Rinaldo Depagne. Editions du Garde-Temps.

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