Burkina Faso : l’ambition d’un million de réservistes civils, entre idéal sankariste et défi logistique


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Jeunes volontaires au Burkina Faso, image d’illustration
Jeunes volontaires au Burkina Faso, image d’illustration

Le Groupement d’intérêt public – Programme national de volontariat au Burkina Faso (GIP-PNVB) a présenté, le 18 septembre 2026 à Ouagadougou, un nouveau dispositif de Volontaires nationaux réservistes. L’objectif est de constituer un vivier d’un million de volontaires en cinq ans, à raison de 200 000 recrutements annuels. Cette initiative civile complète les VDP (Volontaire pour la Défense de la Patrie) et la réserve militaire déjà mises en place par le pouvoir de Ouagadougou.

Djourmité Nestor Noufé, directeur général du GIP-PNVB, a détaillé vendredi 18 septembre le lancement des Volontaires nationaux réservistes (VNR) et d’un Volontariat senior destiné aux cadres retraités. Selon lui, ce nouveau format doit permettre de passer d’une mobilisation ponctuelle à une capacité nationale de réaction, disponible avant même que les crises ne surviennent. Les candidatures seront ouvertes à partir du 25 septembre 2026, sur une plateforme dédiée, avec des quotas fixés région par région.

200 000 recrues par an ni militaires, ni VDP

Les VNR n’auront pas vocation à combattre. Leur champ d’action couvrira les secours en cas de catastrophe, l’appui sanitaire, la protection de l’environnement et l’accompagnement du retour des services publics dans les zones reconquises sur les groupes armés.

Le gouvernement burkinabè superpose désormais trois strates de mobilisation civile et militaire. Les VDP, force d’auxiliaires civils armés intégrée au dispositif de défense nationale pour lutter contre les groupes jihadistes aux côtés des Forces de défense et de sécurité (FDS). La réserve militaire, créée par une loi votée à l’unanimité le 26 mai 2026, qui doit atteindre 100 000 hommes mobilisables avant la fin de l’année, une réserve de premier ordre pour les anciens militaires et policiers, une réserve de second ordre ouverte aux volontaires civils. Et désormais les VNR, non armés, tournés vers la reconstruction et la continuité de l’État.

Une filiation sankariste revendiquée

Le projet s’inscrit dans une lignée que les autorités actuelles revendiquent ouvertement, celle des grandes mobilisations populaires de la Révolution démocratique et populaire portée par Thomas Sankara entre 1983 et 1987. Les comités de défense de la révolution, la bataille du rail ou les campagnes de vaccination de masse reposaient alors sur une même conviction, celle qu’un État seul ne suffit pas à transformer un pays sans y associer le travail volontaire des citoyens.

En confiant à des civils des tâches de reboisement, de reconstruction scolaire ou d’assainissement dans les localités reprises aux groupes armés, le pouvoir actuel réactive ce répertoire d’action, en le détachant partiellement du strict registre sécuritaire.

Financement, formation, coordination :

L’ambition affichée se heurte cependant à des obstacles concrets qui n’ont pas encore de réponse. Le financement d’abord car même sans solde militaire, l’équipement, le transport, la restauration sur le terrain, la couverture médicale ou une indemnité d’engagement pour un million de personnes représentent une charge budgétaire conséquente, à un moment où les finances publiques sont déjà absorbées par l’effort de guerre via le Fonds de soutien patriotique.

La formation ensuite pour préparer chaque année 200 000 personnes. Apprendre les gestes de premiers secours, la gestion de crise ou à la logistique humanitaire suppose des capacités d’accueil et un encadrement qualifié qui restent largement à construire.

Enfin, il faut une coordination dans des territoires où l’administration recommence tout juste à s’implanter. L’arrivée massive de réservistes civils devra être articulée avec le travail des agents publics déjà en poste, pour éviter les doublons et les tensions locales.

Il reste néanmoins beaucoup de détails pour préciser, les modalités concrètes du dispositif, indemnisation, durée d’engagement, statut juridique des volontaires, qui seront communiquées le 25 septembre 2026, date d’ouverture des candidatures sur la plateforme d’enregistrement des VNR.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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