
À Yaoundé, le 27 mars, les délégations africaines ont démontré une unité rare pour défendre leurs intérêts communs à la CM14. Contre les subventions agricoles des grandes puissances, pour une protection de la sécurité alimentaire, et face aux barrières vertes de l’Union européenne : quatre axes stratégiques qui positionnent l’Afrique non pas en spectateur, mais en acteur de négociation majeur.
Subventions agricoles : le C-4+ demande une action radicale
Le groupe C-4+ qui regroupe le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Tchad et la Côte d’Ivoire, a exigé une réduction drastique, voire la suppression complète, des subventions agricoles des grandes puissances (États-Unis, Chine, Union européenne) qui distordent les prix mondiaux et étouffent les producteurs africains.
Parallèlement, une plateforme d’investissement a été lancée pour accélérer la transformation locale des produits agricoles : textile et habillement notamment. L’objectif est clair : capter davantage de valeur ajoutée en développant les industries de transformation plutôt que d’exporter la fibre brute.
Sécurité alimentaire : le droit à stocker sans sanctions de l’OMC
Sous l’impulsion du Groupe Africain et des PMA (Pays Moins Avancés), l’agriculture s’est imposée au cœur des débats techniques. Les délégués ont défendu fermement le droit des États à constituer des stocks alimentaires publics pour garantir la sécurité alimentaire nationale, sans être sanctionnés par les règles multilatérales de l’OMC.
La délégation du Cameroun, par la voix de son ministre Luc Magloire Mbarga Atangana, président de la CM14, a plaidé pour un système plus inclusif. Son argument : l’Afrique, avec 16 % de la population mondiale, ne pèse que 3 % du commerce global. Cette asymétrie structurelle doit être corrigée par des règles qui reflètent réellement les besoins de développement du continent.
Traitement spécial : délais et flexibilités pour les économies fragiles
Les pays africains craignent que la modernisation de l’OMC ne se fasse au détriment de leur développement. Cette préoccupation majeure a poussé les délégations à défendre un principe clé : le traitement spécial et différencié.
Concrètement, cela signifie : délais d’application plus longs et flexibilités accrues pour les économies fragiles. L’Afrique exige aussi un mécanisme de règlement des différends plus accessible et moins coûteux. Ainsi, les petits États pourraient aussi faire valoir leurs droits face aux géants commerciaux sans se ruiner en frais juridiques.
Commerce et environnement : le MACF perçu comme protectionnisme déguisé
Un point de tension notable a marqué cette journée : la relation entre commerce et environnement. Les délégations africaines y ont imposé leur ton critique. Plusieurs ont exprimé de vives inquiétudes face au Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) de l’Union européenne.
Leur crainte : ce dispositif, présenté comme une mesure climatique, fonctionne en réalité comme une barrière protectionniste qui pénalise sévèrement les exportations du continent. Pour l’Afrique, notamment ses secteurs du ciment, de l’acier et des engrais, le MACF représente un risque existentiel — une augmentation tarifaire qui pourrait détourner vers d’autres marchés les investissements étrangers et les chaînes de production.



