Benson Diakité ou la force tranquille


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Benson Diakité

Benson Diakité. Ce ne serait pas jouer de basses flatteries que de présenter l’homme de média malien comme l’un des personnages les plus respectés de la profession. S’il officie depuis onze ans sur RFI, il vient de beaucoup plus loin. Né sous une bonne étoile, sa vie est placée sous le signe du destin. Un destin bienveillant, pour un conte de fée moderne. Conscient de son rôle de porte-voix du continent, le Grand frère au célèbre chapeau melon reste un modèle d’humilité. Portrait.

Village de Bancoumana à 60 km de Bamako. Mali. Huit heures du matin. Un jeune berger accompagne, comme chaque jour, ses bêtes dans la brousse. De la ville, il ne connaît rien. Sauf les camions qui traversent son village et les avions qu’il voit passer de temps à autre au-dessus de sa tête. Son nom : Abdoulay (Benson) Diakité. Que de chemin parcouru depuis cette vie pastorale à la simplicité rustique. S’il est aujourd’hui l’un des plus grands hommes de média du continent, il n’en oublie pas pour autant ses origines et a toujours su garder une humilité débonnaire par rapport à son statut de vedette du paysage audiovisuel africain. Un statut construit par un formidable destin. Toujours très zen, il s’estime privilégié et reste mû par son rôle de caisse de résonance de la vie de la communauté.

« Toute ma vie a été faite de hasards et de rencontres », explique-t-il. « Je suis par exemple allé à l’école par hasard. Je suis issu d’une famille de cinq enfants. Ma grande sœur y était allée, mais n’avait pas réussi. Alors mon père avait décidé que plus personne n’irait ». Benson continuera donc à s’occuper des animaux, après l’école coranique, pendant que ses frères iront aux champs. Jusqu’au jour où il croise l’instituteur du village. Ce dernier lui demande pourquoi il ne va pas à l’école comme les enfants de son âge. « Je lui ai dit que je ne savais pas et qu’il fallait demander à mon père. Une semaine plus tard, il est venu à la maison discuter avec mon père. Qui lui a finalement donné son accord. Sans conviction ». Personne à la maison ne suivra le travail de l’enfant. Le village n’a ni eau courante, ni électricité. Pour pouvoir faire ses devoirs, Benson est obligé d’aller chercher du bois pour allumer un feu dans la concession familiale. Ou de s’éclairer avec une lampe au beurre de karité.

Du Mali à Abidjan

Benson a 15 ans quand le destin vient une nouvelle fois frapper à sa porte. A la faveur de la venue d’une délégation officielle pour un grand événement dans le village, il est choisi pour représenter la région à Bamako pour une fête nationale. Au cours de cette cérémonie, c’est pour représenter cette fois-ci le pays qu’il est choisi…pour aller à Moscou (Russie). Deux ans plus tard, il partira dans le même cadre pour la Chine. Puis pour la Tchécoslovaquie. Après son certificat d’Etude, il entre à l’Ecole normale. Pour en sortir professeur d’Histoire et de Géographie. Il enseigne deux ans au Mali. Juste avant le coup d’Etat de Moussa Traoré[[<*>Moussa Traoré renverse le premier Président du Mali, Modibo Keita, en novembre 1968 et impose une dictature, qui sera terrassée en février 1993]].

« Je ne me sentais plus à l’aise dans le pays. Un jour, je me suis levé, j’ai pris mon diplôme, deux chemises et deux pantalons et j’ai annoncé à mes amis que je partais. Je me suis fait avancer 30 000 F CFA pour acheter un billet pour Abidjan. C’est comme ça que je me suis retrouvé en Côte d’Ivoire. Quand je suis arrivé, je dormais la journée sur des bancs publics et je me baladais la nuit », se souvient-il. Ce n’est qu’à la rentrée qu’il trouve un poste dans une école privée à Dabou à 25 km de la capitale.

Débuts à Africa N°1 au Gabon

Le jeune enseignant trouve rapidement ses marques en Côte d’Ivoire, mais il voit plus loin. Il économise pendant deux ans pour poursuivre ses études en Europe. Il se rend donc à l’ambassade de Belgique pour entreprendre les formalités administratives afin d’aller à Bruxelles. Mais dans la salle d’attente, où la conversation s’installe, une Gabonaise l’interpelle : « Vous êtes enseignant ? Vous savez qu’on en cherche actuellement au Gabon… ». L’idée ne met pas bien longtemps à faire son chemin. Benson part pour l’ambassade du Gabon afin d’y faire une demande. Il reçoit la réponse une semaine plus tard. Et un billet d’avion pour aller enseigner dans un établissement protestant de Libreville.

C’est à cette époque qu’il commence la radio. Sur un coup du sort. Une grève éclate à Africa N°1, pendant les vacances scolaires. Les animateurs gabonais sont mécontents de la différence de salaire entre eux et leurs confrères français. Il faut de nouvelles voix à l’antenne. Un concours est organisé. Sur les soixante-douze postulants, seuls cinq seront retenus. Dont Benson. Mais son émission est programmée le matin, comme ses cours. Le directeur d’antenne lui demande de choisir entre la radio et l’enseignement. « Je ne pouvais pas me permettre de quitter l’enseignement car c’était moins aléatoire que la radio. J’ai donc quitté Africa. Un ami m’a alors demandé pourquoi je ne proposais pas quelque chose à la Radio télévision gabonaise (RTG)… ». Il décroche ainsi sa première émission télé : L’homme de la semaine.

Manager de Salif Keita

Le programme est un succès. Si bien que le directeur des programmes de l’époque lui cède l’émission qu’il présentait lui-même : Le petit bal du samedi soir. Puis on lui demande d’assurer une troisième émission le dimanche matin pour dynamiser l’antenne. Mais il doit tout quitter à la faveur d’une promotion. Il est nommé censeur du collège protestant de Makokou, une des capitales provinciales du pays. Plus tard, une seconde affectation l’envoie dans le nord du pays. Là où justement la RTG vient d’installer une antenne (radio) de province. C’est tout naturellement que Benson reprend du service. De simple animateur, il ne tarde pas à devenir directeur de la radio. Mais son esprit d’aventure l’appelle ailleurs. En Europe.

Il arrive à Paris en 1986 pour intégrer l’Ecole des hautes études en sciences sociales où il effectue sa thèse : « Tradition et symbolisme dans le cinéma africain ». Parallèlement, il entre à Tabala FM, la première radio libre africaine à Paris. Sur recommandation du Gabon. Il en devient chef d’antenne. C’est là qu’il rencontre un certain Salif Keita. Ce dernier a des problèmes de manager…Alors Benson prend la relève. C’est à cette même période qu’il fait la connaissance de Mamadou Konté, le président fondateur d’Africa fête. Les deux hommes sympathisent et Benson devient le chargé de communication de l’association culturelle.

Disneyland Diakité

Le nom de Benson circule rapidement dans le milieu. Et l’on pense désormais souvent à lui comme l’homme de la situation. L’ex manager de Mory Kanté l’appelle un jour pour lui confier que Disneyland Paris cherchait à faire une semaine de show à l’occasion la sortie du dessin animé Le Roi Lion. Il aimerait qu’il rencontre le directeur artistique du parc d’attractions. Budget de l’événement : 1,5 million de FF (228 674 euros). « Comme je faisais des piges pour le magazine Balafon, j’ai fait une recherche sur toutes les danses africaines pour leur proposer un projet abouti. Le spectacle comprenait 150 danseurs. Au départ, je comptais prendre des danseurs africains en France. Mais ils m’ont répondu qu’ils ne voulaient pas ‘de Coca-Cola à l’eau’ ». Alors il part sillonner l’Afrique à la recherche d’artistes du cru. Un périple de deux mois qui l’amènera en Afrique du Sud, en Guinée, au Cameroun, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

Alors qu’il est encore à Disneyland Paris, RFI le contacte pour un projet d’émission. Tenu par son contrat, il décline l’offre et aiguille la direction des programmes sur un jeune animateur prometteur qu’il a connu à Tabala FM : Amobé Mévégué. Ils se retrouveront finalement à deux sur le plateau de la célèbre émission Plein Sud, toujours à l’antenne aujourd’hui. On confiera en 1999, également à Benson, le soin d’animer une seconde émission, consacrée aux croyances africaines : Signes des temps. « Cela m’a permis de voyager à travers l’Afrique à la rencontre des marabouts, des sociologues, des anthropologues, des tradipraticiens, des conservateurs… ». Le programme s’arrête en 2004, pour faire désormais place à Ensembles, émission dévolue aux actions des associations oeuvrant en direction de l’Afrique.

« Pour moi le Mali c’est tous les jours »

A 50 ans, le CV de Benson est plus que rempli. Et s’il jouit d’une image de sage dans le paysage audiovisuel africain, ce n’est pas parce qu’il n’a plus rien à prouver. Personnage médiatique, il garde résolument les pieds bien sur terre. « Je suis zen parce que je sais d’où je viens. Nous n’existons que par rapport aux autres. J’essaie de rester toujours ouvert et disponible pour les gens. » Il considère son statut d’homme de média comme « une chance ». « Ma place me permet de donner la parole au continent et à la communauté », explique-t-il. Ainsi place-t-il sa notoriété au service de l’Afrique et regrette que d’autres se servent de la moindre once de pouvoir médiatique pour se faire entretenir par des artistes. « Ce n’est pas parce que je suis en haut que je dis ça. Il n’y a pas de niveau pour travailler sérieusement ».

Après toutes ces pérégrinations, que reste-t-il du Mali chez Benson ? « Le Mali pour moi c’est tout les jours », réagit-il, ne trouvant pas de meilleurs mots pour décrire le lien viscéral qu’il entretient avec son pays. Proche du chef de l’Etat, Amani Toumani Touré, dont il avait fait parti de l’équipe de campagne pour les élections présidentielles, du ministre des Maliens de l’extérieur et du ministre de la Culture (le cinéaste Cheick Oumar Sissoko), il reste de plain-pied dans la vie du pays et participe même à le faire rayonner à l’étranger. « Ils (le Président et les deux ministres cités, ndlr) me consultent sur de nombreux sujets », explique-t-il. Pas étonnant au vu de son impressionnante expérience dans le monde des médias. Et il promène son chapeau melon ainsi. Sans autre soucis que d’être un digne fils du continent.

Ecoutez Benson Diakité sur RFI

 Plein Sud (avec Amobé Mévégué):

lundi à vendredi : 14h10 et 20h10 TU

mardi à samedi : 02h10 TU

 Ensembles :

Dimanche 16h10 TU (Afrique)

Rediffusion : lundi 10h40 TU (Toutes cibles sauf New York et FM Paris)

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