Benoît XVI et le préservatif : oui, mais…

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L’Eglise catholique serait-elle en train de changer de discours sur le préservatif comme moyen de lutte contre le sida ? C’est ce que pourrait laisser penser les propos du pape Benoît XVI dans Lumière du monde, son livre-entretien dévoilé officiellement ce mardi au Vatican.

Le pape Benoît XVI se prononce pour l’utilisation du préservatif dans des cas exceptionnels. Si l’Eglise « ne la considère naturellement pas comme une solution véritable et morale. Dans l’un ou l’autre cas, dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation d’un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine », indique le Saint-Père dans un livre-entretien avec le journaliste allemand Peter Seewald. Lumière du monde, publié chez Bayard Éditions, a été présenté à Rome, ce mardi, et sera disponible en français le 26 novembre prochain, selon le journal La Croix.benoit-xvi-lumiere-monde.jpg

Cependant, l’Eglise catholique ne considère pas le condom comme la panacée pour combattre la maladie du siècle. Le pape estime en effet que « que la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité » et préconise son usage dans certains cas, notamment celui d’un prostitué, et non d’une prostituée comme c’est écrit dans la première traduction italienne du livre du pape en cours de correction et de réédition. « Il peut y avoir des cas particuliers, par exemple lorsqu’un prostitué utilise un préservatif, dans la mesure où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un premier élément de responsabilité permettant de développer à nouveau une conscience du fait que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut. Mais ce n’est pas la véritable manière de répondre au mal que constitue l’infection par le virus VIH. La bonne réponse réside forcément dans l’humanisation de la sexualité », répond le pape interrogé par Peter Seewald.

Le préservatif, mais pas seulement

La position actuelle du pape est éclairée par l’épidémiologiste français René Ecochard dans une interview accordée à La Manche libre. Il avait signé, il y a quelques mois, une lettre de soutien après la polémique soulevée par le pape lors de son déplacement au Cameroun à cause de ses propos sur le préservatif. Ce dernier « fonctionne quatre fois sur cinq. Ce qui suffit quand le sida est rare. Mais dans un pays où 25% des jeunes de 25 ans sont touchés (Kenya, Malawi, Ouganda, Zambie), cela ne suffit pas. C’est l’impasse et l’échec de cette forme de prévention est une réalité épidémiologique. » Sur les quatre pays cités, poursuit le scientifique, « l’Ouganda est le seul où le nombre de malade a été divisé par trois à l’âge 25 ans. En plus de la campagne sur le préservatif, ce pays a mené une vaste campagne basée sur le triptyque ABC (Abstinence, Fidélité, Chasteté ou préservatif) (méthode qu’évoque également Benoît XVI dans son livre, ndlr). […] Cela n’est peut-être pas facile à reproduire d’un pays à l’autre mais aujourd’hui, c’est le seul espoir. »

Interviewé par Afrik.com, le psychologue camerounais Theodore Kommegne qui travaille avec des enfants séropositifs, avait lui aussi critiqué les propos de Benoît XVI. « Je n’ai pas de crainte pour ce que deviendra la sexualité des humains après les propos du pape, déclarait-t-il alors. Je vous suggère de ne pas en avoir peur, du moins pas trop. Dans sa dynamique de pensée, j’observe que Benoit XVI, « représentant de Dieu sur Terre », s’engage à sauver d’abord ce que Saint Pierre lui a laissé, c’est à dire l’Eglise, avant de penser à sauver et protéger les ouailles du seigneur. Le psychologue reconnaissait pourtant, s’inscrivant dans la même philosophie que le pape, que « la meilleure façon de lutter contre le sida est l’approche culturelle multiaxiale centrée sur le changement du comportement et des conduites sexuelles, incluant l’usage du préservatif, mais aussi et surtout l’éducation à la sexualité en milieu scolaire, associatif, familial, et religieux ».

Réunis au Vatican, dimanche dernier, alors que le pape créait de nouveaux princes de l’Eglise, plusieurs responsables africains de l’Eglise ont espéré que les propos du pape ne soient interprétés comme un encouragement au vagabondage sexuel en Afrique. La position de l’Eglise est considérée comme criminelle par les activistes, notamment sur le continent africain, le plus touché par la pandémie du sida. Plus de 29 millions d’Africains vivaient avec le VIH en 2009, soit 63% de la population mondiale. Et l’Afrique compte environ de 14% de baptisés catholiques.