Bénin: Ouidah, ancien « Gléxwé », « la maison du champ »

Ancienne capitale économique et ancienne résidence du roi près du champ (d’où le nom Gléxwé qui signifie ‘’la maison du champ’’) de Savi, le royaume des Xwédah (lire article ‘’Savi, le QG des Xwédah’’), Ouidah au XVIIe siècle, a été l’une des plus importantes plateformes de la traite négrière. Lequel terme désigne le commerce d’esclaves noirs dont ont été victimes par millions, les populations de l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Centrale et l’Afrique Australe, pendant des siècles. Environ 2 millions d’esclaves sur les 11 millions déportés au total aux Amériques et en Europe, sont partis de Ouidah d’où serait également parti le… dernier navire négrier en 1860.

Aujourd’hui, des siècles après l’abolition de cette pratique barbare, Ouidah se relève et s’urbanise peu à peu.

Bon nombre des esclaves, venus d’autres contrées d’Afrique (surtout les yorubas du Nigéria) pour y être embarqués, s’y sont installés. Quelques-uns des déportés y sont revenus (du Brésil, d’Haïti, etc.) également. Ajoutés aux autochtones fon et Xwédah déjà sur place, ce petit monde constitue la population qui anime et travaille au quotidien à l’édification de cette localité.

Cité historique du Bénin, Ouidah est perçu comme :

  • D’une part, la terre par excellence du brassage culturel. Presque toutes les religions traditionnelles du golfe de Guinée y sont représentées. Pour exemple, les « Nago » (groupe ethnique de souche yoruba) de Ouidah, continuent de perpétuer les cultes «Egun» et «Oro» comme l’ont fait, avant eux, leurs ancêtres, venus d’Oyo et d’Abeokuta au Nigéria.
  • D’autre part, un « haut lieu du vaudou » en ce sens que depuis l’introduction de la fête des religions endogènes, ‘’la fête du Vodoun’’ dans les habitudes des béninois, les manifestations officielles marquant ladite fête y ont toujours été exécutées et ce, le 10 Janvier de chaque année depuis 1991. Comme pour d’autres cultes Jérusalem, Rome ou La Mecque, Ouidah est donc une sorte de capitale spirituelle.

Pour les touristes, Ouidah est un petit coin de paradis. Au Bénin, c’est d’ailleurs l’endroit le plus visité. Sa proximité avec Cotonou, la capitale économique du pays (42km) est indubitablement un atout pas des moindres. A part les vestiges du commerce négrier (comptoirs fortifiés encore visibles dont l’un, rénové et en bon état de conservation, abrite le musée d’histoire de Ouidah ; la route des esclaves ; etc.), Ouidah offre à ses visiteurs l’occasion exceptionnelle d’aller au contact de la philosophie atypique d’un pays dont les maîtres-mots sont tolérance et respect.

Plusieurs sites symbolisent ce concept unique. Les plus connus sont entre autres :

  • Le temple des pythons, un sanctuaire vaudou dédié à un culte de serpents sacrés, des pythons royaux inoffensifs, appelés « Dangbé». C’est l’une des attractions touristiques majeures de Ouidah ;
  • La forêt sacrée de Kpasse, îlot forestier et également sanctuaire vaudou, elle doit sa sacralisation à un épisode mystérieux de la vie du roi « Kpassè», 8e roi du royaume de Savi. Pour échapper aux assauts de ses ennemis, Kpassè aurait disparu et serait réapparu dans un pied d’Iroko, au cœur de la forêt, siège de phénomènes surnaturels. Situé au quartier « Tovè » à Ouidah, la forêt sacrée de Kpassè est devenue un musée d’art contemporain.

Enfin Ouidah, c’est aussi le « Gléxwé-Xwé » (qui signifie la fête de « Gléxwé »), la fête identitaire des « Gléxwé-vi », les filles et fils de Ouidah, qui a lieu en chaque fin d’année, et dont la première édition remonte déjà à un siècle…