
Après près de vingt ans de présence au Parlement béninois, Louis Vlavonou tourne une page majeure de sa carrière politique. L’ancien président de l’Assemblée nationale a officiellement renoncé à son mandat de député afin de rejoindre le Sénat, une institution appelée à entrer en fonction dans les prochaines semaines. Une décision dictée par les dispositions de la Constitution, mais qui marque aussi le passage d’une figure emblématique de la vie parlementaire vers la nouvelle chambre haute du Parlement béninois.
Une page se tourne à l’Assemblée nationale du Bénin. Louis Vlavonou, l’une des personnalités les plus expérimentées de la vie parlementaire béninoise, a présenté sa démission de son mandat de député de la 10ᵉ législature. Selon plusieurs sources concordantes, dont le quotidien public La Nation, sa lettre de démission a été remise le jeudi 2 juillet au président de l’Assemblée nationale, Joseph Djogbénou.
Un choix raisonné
La décision de Louis Vlavonou de siéger au Sénat et non plus à ce qui serait désormais la chambre basse du Parlement n’a rien d’une rupture politique. Elle répond à une exigence juridique née de la réforme constitutionnelle adoptée en novembre 2025 et promulguée en décembre, qui a institué le Sénat, nouvelle chambre haute du Parlement. En tant qu’ancien président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou fait partie des membres de droit de cette institution.
Or, la Constitution interdit le cumul des fonctions de député et de sénateur. L’article 113-4 prévoit notamment que les sénateurs ne peuvent être ni acteurs ni partisans politiques et qu’ils sont soumis à une stricte obligation de réserve politique. À l’inverse, les députés demeurent des responsables politiques pleinement engagés dans la vie partisane. Face à cette incompatibilité, l’ancien président de l’Assemblée nationale devait nécessairement choisir entre poursuivre son mandat parlementaire ou rejoindre le Sénat. Pour celui qui a déjà passé près de vingt ans à l’Assemblée nationale, l’expérience du Sénat mérite d’être faite.
Une carrière parlementaire parmi les plus longues du pays
Le départ de Louis Vlavonou referme une séquence importante de la vie parlementaire béninoise. Élu pour la première fois député en 2003, il avait préféré poursuivre sa carrière au sein de l’administration des Douanes, laissant alors son siège à son suppléant. Ce n’est qu’à partir de la 5e législature issue des élections de 2007 qu’il s’installe durablement à l’Assemblée nationale.
Dès lors, les réélections s’enchaînent et son influence grandit au fil des législatures. En 2019, il accède au perchoir et dirige l’institution pendant près de sept ans. Durant cette période, il accompagne plusieurs réformes majeures qui redessinent progressivement les institutions de la République du Bénin. Son expérience et sa longévité faisaient de lui l’un des parlementaires les plus chevronnés du pays. À cela s’ajoute son statut d’ancien président de l’institution parlementaire qui lui vaut aujourd’hui de figurer parmi les premiers membres de droit du Sénat.
Un Sénat appelé à prendre ses marques
La création du Sénat constitue l’une des principales innovations introduites par la réforme constitutionnelle adoptée fin 2025. Cette chambre haute doit compléter le dispositif législatif béninois et participer à l’équilibre des institutions. Son installation est annoncée pour avoir lieu avant les festivités du 1er août, date de la fête nationale. Les premiers sénateurs devraient alors entamer officiellement leur mandat au cours d’une cérémonie prévue à Porto-Novo.
La Constitution prévoit un Sénat composée de 25 membres au minimum. Y siègent notamment les anciens présidents élus de la République, les anciens présidents élus de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle ayant exercé au moins la moitié de leur mandat. À ces membres de droit s’ajoutent cinq personnalités de haut rang ayant été au commandement dans les forces de défense et de sécurité désignées par le président de la République. De nouvelles désignations sont faites par le président de la République et le président de l’Assemblée nationale pour compléter les effectifs lorsque le seuil minimum de 25 membres n’est pas atteint.
Le gouvernement a d’ailleurs procédé, lors du Conseil des ministres du 1er juillet, à la nomination des membres complémentaires nécessaires à la mise en place de cette première mandature.
Une nouvelle mission pour un vétéran de la vie publique
À 67 ans, Louis Vlavonou ne tourne donc pas le dos aux affaires de l’État. Il change simplement de rôle. Après avoir consacré l’essentiel de sa carrière à la chambre basse du Parlement, l’ancien colonel des Douanes mettra désormais, aux côtés des autres membres du Sénat, son expérience au service d’une institution encore en construction, mais appelée à occuper une place importante dans l’architecture institutionnelle du pays.
Son départ de l’Assemblée nationale marque la fin d’un cycle politique entamé au début des années 2000. Mais il illustre également la transition voulue par les réformes institutionnelles récentes, qui voient plusieurs figures de premier plan quitter les joutes partisanes pour intégrer une chambre conçue comme un espace de réflexion, d’équilibre et de continuité de l’État.





