Bénin : afflux de 3 000 réfugiés nigérians à Ségbana suite aux attaques armées


Lecture 4 min.
Des réfugiés
Des réfugiés en déplacement

Plus de 3 000 réfugiés fuyant les violences dans le nord-ouest du Nigeria ont trouvé refuge à Ségbana, dans le nord du Bénin. Ces familles, arrivées dans des conditions précaires, dépendent largement de l’aide humanitaire et de la solidarité locale. Les ONG alertent sur les risques sanitaires et la vulnérabilité des enfants. Face à l’afflux, les capacités d’accueil de la commune sont déjà sous forte pression.

La commune de Ségbana, située dans le nord du Bénin, est devenue le dernier rempart pour des milliers de familles nigérianes. Fuyant une barbarie sans nom qui ravage le nord-ouest du Nigeria, ces populations arrivent épuisées, traumatisées et dépourvues de tout. Ce mouvement migratoire, provoqué par l’insécurité galopante, met à rude épreuve la solidarité locale et nécessite une intervention humanitaire d’urgence pour éviter un drame sanitaire majeur.

Une fuite éperdue sous le feu des « bandits »

Depuis la mi-février 2026, la situation sécuritaire s’est brutalement dégradée dans les États nigérians de Sokoto, Niger et Katsina. Des villages entiers, tels que Konkosso ou Zatinna, ont été pris pour cibles par des hommes armés circulant à moto. Les témoignages recueillis sur place par Médecins Sans Frontières (MSF) décrivent des scènes d’horreur : exécutions sommaires, enlèvements, maisons incendiées et pillages systématiques.

Parmi les rescapés, Zainabou, 22 ans, raconte avec effroi l’assassinat de son mari, abattu sous ses yeux alors qu’il tentait simplement de comprendre l’origine des tirs. Aminai, une autre survivante de 30 ans, a dû fuir dans la brousse avec son nouveau-né quelques heures seulement après avoir accouché, marchant trois jours sans eau ni nourriture pour atteindre le territoire béninois.

La précarité extrême au cœur de l’accueil à Ségbana

Plus de 3 000 réfugiés sont désormais installés à Ségbana. Si la solidarité des communautés hôtes béninoises est exemplaire, elle atteint aujourd’hui ses limites. Les familles d’accueil sont surchargées, entraînant une promiscuité alarmante. Ibrahim, père de sept enfants, explique devoir dormir dans une petite pièce avec vingt autres personnes, tandis que sa femme et ses enfants sont hébergés ailleurs.

L’absence d’espaces dédiés et d’abris structurés plonge ces déplacés dans une vulnérabilité totale. L’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à une alimentation suffisante reste un défi quotidien. Sans ressources, ayant souvent tout perdu dans les flammes ou lors de leur fuite précipitée, ces hommes, femmes et enfants dépendent entièrement de l’aide extérieure pour survivre.

Une urgence sanitaire et psychologique criante

Face à cet afflux, les équipes de MSF se sont mobilisées dès le début du mois de mars pour offrir des soins de santé primaires et un soutien psychologique. Le bilan médical est lourd : en moins de trois semaines, plus de 2 500 consultations ont été réalisées. Les cas de malnutrition aiguë, notamment chez les jeunes enfants, sont particulièrement préoccupants, tout comme la détresse mentale des réfugiés hantés par les violences subies.

L’ONG a multiplié les interventions, allant de la vaccination de masse à la construction de latrines d’urgence pour prévenir les épidémies. Cependant, comme le souligne la cheffe de mission de MSF au Bénin, Angela Brucato, ces actions ne suffiront pas sans une mobilisation plus large. Il est urgent de créer des lieux d’accueil dignes et de renforcer l’aide humanitaire pour garantir la protection de ces populations qui, pour l’instant, n’ont pour seul horizon que le souvenir de la terreur laissée derrière elles.

Maceo Ouitona
LIRE LA BIO
Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News