Barack Obama : le candidat de tous les Américains

Barack Obama continue de ne pas vouloir surfer sur la vague raciale dans la course à la Maison Blanche, bien qu’ayant rallié la majorité de l’électorat noir en Caroline du Sud, un Etat symbolique pour les premières primaires du Sud. La dimension nationale qu’il entend donner à sa candidature trouve un écho dans le soutien que lui a apporté ce week-end la fille de John Kennedy, Caroline.

Barack Obama sera le président de tous les Américains. Celui qui ne s’est jamais présenté comme un candidat communautaire à l’investiture démocrate pour les présidentielles a profité de sa victoire en Caroline du Sud, samedi, pour le rappeler tout en soulignant qu’elle confirmait que l’Iowa n’était pas une « illusion ». « Après 4 échéances majeures dans chaque recoin de ce pays, nous avons le plus important vote, le plus important nombre de délégués et la coalition la plus diversifiée d’Américains que nous ayons jamais vus depuis très longtemps », a-t-il declaré lors de l’allocution prononcée après sa victoire. « Nous nous sommes aperçus ces dernières semaines que nous combattions également des forces (…) qui nourrissent des habitudes qui nous empêchent d’être la nation que nous voulons être, poursuivra-t-il. […]Une politique qui nous dit quoi penser, faire et même voter, confinés dans les catégories supposées nous définir. La présomption que des Africains-Américains ne peuvent pas voter pour des Blancs, que les Blancs ne peuvent pas soutenir un candidat Africain-Américain, que les Noirs et les Latinos ne peuvent pas se rassembler. Mais nous sommes là ce soir pour dire que ce n’est pas l’Amérique en laquelle nous croyons. »

Barack Obama se veut fédérateur et au-delà de tous les grands clivages de la société américaine. Le soutien qu’entend désormais lui porter le camp Kennedy participe amplement à ce dessein. Un autre camouflet pour Hillary Clinton, surnommée  » Billary » du fait de la prépondérance dans sa campagne de son mari Bill Clinton, après les 55% de voix récoltées samedi par le sénateur de l’Illinois. La fille de John Kennedy, Caroline, écrit dans une tribune intitulée « Un président comme mon père » publiée dimanche, dans le New York Times qu’elle n’a jamais connu « de président qui (l)’inspire de la façon dont les gens (lui) disent que (son) père les inspirait ». « Mais pour la première fois, je crois que nous avons trouvé l’homme qui pourrait être ce président, pas seulement pour moi mais pour une nouvelle génération d’Américains ». « Nous avons besoin d’un changement dans la direction de ce pays juste comme nous en avions besoin en 1960 », ajoute-t-elle, abondant dans le sens d’un Barack Obama qui se veut le candidat du changement.

« Nous avons besoin d’un changement »

Aux cotés de son oncle, le patriache du clan Kennedy, le sénateur Edward « Ted  » Kennedy, Caroline Kennedy a annoncé officiellement ce lundi son soutien au démocrate lors d’une réunion publique à l’Université de Washington. Des milliers de personnes ont assisté au rassemblement où Barack Obama a rappelé les valeurs de tolérance prônées par le président Kennedy, qui ont, entre autres, permis à son père d’obtenir une bourse pour venir étudier aux Etats-Unis. Une opportunité qui lui vaut « d’être ici » afin d’apporter sa pierre à la construction du futur des Etats-Unis en s’inspirant du passé .

D’aucuns interprètent ce ralliement, notamment de la part du sénateur, comme une sanction après les sorties récentes des Clinton. Ces derniers, qui gardent néanmoins la faveur d’une partie du clan, en la personne de Kathleen Kennedy Townsend, de son frère et de sa soeur, les enfants du sénateur Robert Kennedy, ont tenté ces derniers jours de décrédibiliser Barack Obama en ramenant sa candidature à une question raciale. La posture n’était pas neutre à la veille des premières primaires du Sud. Barack Obama y a récolté les suffrages de plus de 80 % des électeurs noirs qui représentent près de 30% de la population de cet Etat, contre 17 % en faveur d’Hillary Clinton, jusqu’ici considérée comme assez populaire chez les Africains-Américains. Au sein de la population blanche, le sénateur totalise 24% des voix contre 39% pour sa principale rivale. Cependant, selon les observateurs, ses scores montrent qu’il est relativement bien positionné au sein de chaque groupe racial. De fait, une victoire lors des caucus de l’Iowa, un Etat très conservateur, et une victoire lors de primaires dans un Etat où a démarré la guerre de Sécession, dénotent que le vote Obama s’inscrit à bien des égards au-delà de critères raciaux.

Autre soutien de taille qui devrait être également confirmé ce lundi, celui du Prix Nobel de Littérature, Toni Morrison. En 1998, l’écrivaine avait dit de Bill Clinton, qu’« en dépit de la couleur blanche de sa peau », il était « (leur) premier président noir. Plus noir que toute personne réelle qui puisse être élue durant la vie de (leurs) enfants ». L’assertion ne semble pas valable pour Hillary Clinton. Prochain round décisif pour les démocrates : le 5 février. Dénommé le « Super Tuesday », 22 Etats sont appelés à voter ce jour-là.