Bangui cherche son équilibre

Le président centrafricain Ange-Félix Patassé appelle les auteurs de la tentative de putsch du 25 octobre à déposer les armes en échange de leur sécurité. Il appelle aussi ses concitoyens à ne pas s’en prendre aux étrangers. L’opposition accuse le président de trahison.

Ange-Félix Patassé compte ses amis. Ils ne sont pas très nombreux. A part son  » frère  » libyen, Moamar Kadhafi, et le chef rebelle congolais du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba, rares sont ceux qui affichent une amitié durable avec le maître de Bangui. C’est dans un climat tendu que les 15 militaires gabonais, éclaireurs de la force de la Communauté économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (CEMAC) forte de 300 hommes, ont foulé le sol banguissois jeudi dernier. Ils devraient remplacer à terme les 200 soldats libyens chargés de la protection du président centrafricain. Bangui a réussi à repousser, il y a une semaine, l’offensive des hommes de Bozizé, ancien chef d’état-major réfugié à Paris, mais la paix demeure très fragile.

Nécessaire équilibre

Le régime d’Ange-Félix Patassé a tangué dangereusement le 25 octobre dernier. Il n’a dû sa survie qu’à l’intervention des rebelles de Jean-Pierre Bemba et des soldats du Guide libyen. Les troupes de son ancien chef d’état-major se sont évaporées depuis dans la nature. Le président centrafricain, vieux routier de la politique, sait que son armée loyaliste est sous-équipée et peu fiable. Et il n’a aucune confiance en elle. En plus de François Bozizé, Ange-Félix Patassé a eu des problèmes avec son ancien ministre de la Défense, Jean-Jacques Démafouth, même si ce dernier a été innocenté par la justice d’une accusation de tentative de coup d’Etat. Pour se prémunir d’une nouvelle attaque, le chef de l’Etat a décidé de tendre la main aux rebelles. Il les exhorte à déposer les armes en échange de leur sécurité.

Ange-Félix Patassé a, par ailleurs, demandé à ses concitoyens de ne pas s’en prendre aux étrangers vivant en Centrafrique. Des Congolais, fuyant les exactions commises des centrafricains excédés par les vols et viols des rebelles du MLC au nord de Bangui, se sont réfugiés à l’ambassade de la République démocratique du Congo. Le Tchad, accusé de soutenir la rébellion par Bangui, accuse aussi l’armée centrafricaine d’avoir tué 150 de ses ressortissants. Ce que Bangui dément formellement.

Opposition en forme

Treize partis de l’opposition centrafricaine, dans une déclaration commune, ont accusé vendredi à Bangui le président Ange-Félix Patassé de  » trahison  » et réclamé  » l’ouverture d’un dialogue national « . Ils accusent le président Patassé de s’être  » rendu coupable de trahison et de forfaiture au regard du serment constitutionnel en ayant fait pilonner les quartiers nord  » de Bangui par les Forces d’un pays étranger, la Libye. Ils lui reprochent également d’avoir fait  » appel aux troupes du rebelle congolais Jean-Pierre Bemba « , responsables de violences à l’encontre de la population. C’est la première fois que l’opposition arrive à s’organiser et à tenir un seul discours. Le gouvernement n’a pas encore réagi à ces accusations, préférant se concentrer sur l’arrivée de la force d’interposition.

Les forces de la CEMAC, en plus de la sécurisation de Bangui et des frontières avec le Tchad, auront pour mission de former l’armée centrafricaine. Elles devraient arriver dans une dizaine de jours à Bangui.

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