
À l’issue de l’instruction de l’affaire dite « Bossembélé », la justice centrafricaine s’apprête à juger des crimes présumés qui ont marqué la fin d’un régime, tandis que se pose avec acuité la question de la comparution de l’ancien président François Bozizé, toujours en exil à l’étranger.
La perspective d’un procès retentissant se rapproche pour l’un des anciens dirigeants les plus controversés de République centrafricaine. La Cour pénale spéciale (CPS) a clôturé l’instruction de l’affaire dite « Bossembélé », un dossier emblématique portant sur de lourdes accusations de violations des droits humains commises à la fin du régime de François Bozizé. Désormais renvoyée devant la section d’assises, cette procédure relance une question centrale : l’ancien chef de l’État sera-t-il extradé pour comparaître devant la justice centrafricaine ?
Des crimes présumés à Bossémbélé, Bouar et Bangui
François Bozizé, au pouvoir de 2003 à 2013, est actuellement en exil en Guinée-Bissau. Il est poursuivi aux côtés de trois figures clés de son appareil sécuritaire : Eugène Barret Ngaïkoisset, Vianney Semdiro et Firmin Junior Danboy. Tous sont accusés d’avoir joué un rôle dans des crimes perpétrés par la garde présidentielle et d’autres forces de sécurité loyalistes.
Les faits reprochés remontent à la période 2009-2013, marquée par une répression accrue contre des civils soupçonnés d’opposition. Les enquêtes de la CPS évoquent des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des détentions arbitraires et d’autres traitements inhumains, notamment à Bossémbélé, Bouar et dans certains quartiers de Bangui.
L’extradition, un défi juridique et diplomatique
Ces exactions auraient été commises dans un contexte de consolidation autoritaire du pouvoir, à un moment où le régime faisait face à des rébellions armées et à une contestation politique croissante. Pour la CPS, ces faits relèvent clairement de sa compétence, puisqu’ils constituent des crimes graves au regard du droit international humanitaire.
Avec l’ouverture prochaine du procès, la Cour pénale spéciale multiplie les démarches pour obtenir la comparution de François Bozizé. Toutefois, l’absence d’accord d’extradition entre la République centrafricaine et la Guinée-Bissau complique la procédure. Selon Gervais Opportun Bodagay, porte-parole de la CPS, toutes les options juridiques sont néanmoins envisagées. Des mécanismes de coopération judiciaire internationale peuvent être activés, y compris à travers des accords multilatéraux ou une collaboration indirecte avec d’autres juridictions.
Un dossier suivi par la CPI et les juridictions nationales
La Cour n’exclut pas non plus la tenue du procès en l’absence de l’accusé, si les conditions légales sont réunies. Parallèlement à la procédure devant la CPS, François Bozizé est également visé par des poursuites à la Cour pénale internationale (CPI), notamment pour de possibles crimes contre l’humanité. À cela s’ajoutent des procédures engagées devant des juridictions nationales centrafricaines.
La coexistence de ces actions judiciaires ne constitue toutefois pas un obstacle, selon la CPS. Les magistrats soulignent l’existence de mécanismes de coordination entre la CPI et la Cour pénale spéciale, créée en 2015 pour juger les crimes les plus graves commis en Centrafrique depuis 2003. L’objectif affiché reste la complémentarité, afin d’éviter l’impunité tout en respectant les principes d’un procès équitable.
Un procès attendu en 2026
Institution hybride composée de magistrats centrafricains et internationaux, la CPS incarne l’un des principaux instruments de justice transitionnelle dans le pays. Elle vise à restaurer la confiance des populations dans l’appareil judiciaire, longtemps affaibli par les conflits armés et l’instabilité politique. Pour les organisations de défense des droits humains, l’affaire Bossembélé représente un test décisif pour la crédibilité de la Cour.
Un procès mené dans le respect des standards internationaux pourrait envoyer un signal fort aux victimes et aux anciens responsables militaires ou politiques encore influents. Aucune date officielle n’a encore été annoncée, mais selon des sources proches du dossier, l’ouverture des audiences est envisagée pour avril 2026. Le procès pourrait se tenir avec ou sans la présence physique de François Bozizé, en fonction de l’évolution des démarches d’extradition.





