Bamako face à la rude reconquête du Nord-Mali

Le Premier ministre malien, Cheikh Modibo Diarra, a indiqué, lundi 16 juillet, que le Mali « se prépare à toutes les options pour reconquérir le Nord ». Mais la tâche est ardue. Les islamistes qui occupent la région, ont renforcé leurs positions et l’intervention militaire envisagée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se fait toujours attendre.

Cheikh Modibo Diarra, le Premier ministre malien n’a pas mâché ses mots. Lors de son intervention, lundi 16 juillet, à la télévision nationale, le chef du gouvernement a affirmé que, « le Mali est prêt à toutes les options pour reconquérir le Nord ». Il a annoncé l’ouverture des négociations pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Les différentes formations politiques auront pour but d’unir leurs forces pour résoudre la crise qui mine le Mali depuis mars.

Jusqu’à présent, les autorités ont été incapables de faire face à l’avancée des islamistes d’Ançar Dine et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) dans la région. Ces derniers sont désormais les nouveaux maitres du Nord. Ils ont même renforcé leurs positions après avoir chassé les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), au terme de violents affrontements. Leur objectif, instaurer la charia dans tout le Mali. D’autant plus qu’ils ont un allié de taille : Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). L’organisation terroriste, auteur de multiples enlèvements d’Occidentaux, n’hésite pas à renflouer les bataillons des islamistes. Ces derniers souhaitent faire du Nord-Mali leur terrain privilégié, loin du contrôle des autorités maliennes, et réaliser ainsi leurs ambitions.

Pour les déloger, l’intervention militaire est très sérieusement envisagée. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) s’est dite prête à envoyer 3 000 hommes. Mais l’organisation ouest-africaine attend toujours le feu vert de Bamako. Elle souhaite également obtenir un mandat des Nations unies. L’ONU, qui examine la requête de la Cedeao, n’a pas accordé son aval pour le moment et a seulement appelé à des sanctions contre les rebelles qui s’allieraient à Aqmi.

Le blocage algérien

La crise malienne préoccupe les chefs d’Etat africains mais aussi la France. La crainte d’une contagion aux pays voisins du Mali est réelle. Le président sénégalais Macky Sall a d’ailleurs appelé, lundi, lors d’un sommet de l’Union africaine « à la mobilisation générale pour résoudre la crise dans le Nord-Mali ». Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères craint, quant à lui, que le Mali devienne un « Afghanistan du Sahel ». Il est convaincu que « la solution au Mali se trouve en Algérie ». Le chef de la diplomatie française s’est rendu en Algérie le 15 et 16 juillet pour tenter de convaincre les autorités de ne pas « rester les bras croisés face à l’Afghanistan africain qui s’installe à leur porte ». Mais Alger, qui préconise depuis le début la solution diplomatique, campe sur ses positions. L’intervention militaire n’est pas d’actualité. Selon Le Canard Enchaîné, ces réticences seraient dues à la crainte des « retours de bâtons des terroristes ».

Les autorités algériennes, qui avaient refusé l’intervention militaire de l’Otan en Libye, sont également hostiles « à toute ingérence étrangère, notamment française, aux confins de son Sahara », ajoute le journal satirique. La France n’est pas le seul pays à pousser les Algériens à davantage s’impliquer dans la crise malienne. Les Etats-Unis aussi veulent qu’ils prêtent main forte aux Maliens, invoquant leur expérience en matière de lutte anti-terroriste. Pendant que les discussions sur l’intervention militaire au Mali se poursuivent, les islamistes eux, continuent leur progression, rendant chaque jour plus difficile la reconquête du Nord.

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