Philippe Hugon : « Le Mali présente tous les ingrédients d’un nouvel Afghanistan »

Depuis trois mois, les islamistes affrontent l’armée régulière malienne dans le Nord du pays. Ces derniers contrôlent actuellement les villes de Gao et de Tombouctou. Alors que la piste d’une intervention militaire prend forme, Philippe Hugon, spécialiste du Mali à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), explique à Afrik.com pourquoi le Mali ressemble de plus en plus à l’Afghanistan.

Afrik.com : Pourquoi les islamistes veulent-ils contrôler le Nord-Mali ?

Philippe Hugon :
Déjà car ils sont présents dans cette région. De plus, il existe différents trafics, de drogues et d’armes dans cette zone fortement étendue ce qui en fait une zone de contrôle stratégique. Mais avant d’aller plus loin, il faut d’abord savoir ce que veut dire « islamistes ». Il y a Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi, ndlr) qui regroupe des salafistes venus d’Algérie et réfugiés au Mali. Il y a aussi Ançar Dine, un groupe islamique composé de Touaregs qui revendique la mise en place de la charia. Et pour finir, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). On est dans une zone, l’arc-sahélo-saharien, qui est très difficile à contrôler.

Afrik.com : Le Mali peut-il devenir le nouvel Afghanistan ?

Philippe Hugon :
Oui. Il y a des risques d’Afghanisation de la zone sahélo-saharien. Plusieurs facteurs concourent en ce sens. L’état de décomposition du Mali, le non-contrôle de la zone par les autorités politiques et militaires, le système Kadhafi (libre circulation des armes), le coup d’Etat du 22 mars dans le Sud du Mali contre le régime d’Amadou Toumani Traoré, la possibilité de refuges dans des grottes. Tout cela nous laisse penser que le Mali présente tous les ingrédients d’un nouvel Afghanistan.

« On est dans une zone, l’arc-sahélo-saharien, qui est très difficile à contrôler. »

Afrik.com : Pourquoi des islamistes, des musulmans donc, détruisent-ils des lieux saints musulmans ?

Philippe Hugon :
Pour plusieurs raisons. Il faut savoir que les islamistes ne font pas partie de la même tendance religieuse que les Maliens qui sont soufis donc plus modérés. Se pose donc la question de l’interprétation de l’islam entre ceux qui pensent qu’on peut avoir des saints et des mausolées, et ceux qui pensent, comme, entre autres, les djihadistes, qu’il ne doit pas y avoir d’intermédiaires entre Allah et les pratiquants. C’est aussi une question de culture. Certains de ces islamistes n’ont aucune culture, ils ne savent absolument pas ce que représentent ces mausolées et lieux saints par rapport à l’histoire du Mali.

Afrik.com : Selon vous, faut-il intervenir ?

Philippe Hugon :
Il n’y a pas de solution simple. La négociation est impossible sauf avec les Touaregs. Ce n’est pas non plus facile d’intervenir militairement. D’une part, il faudrait passer par une résolution de l’ONU, en s’assurant le soutien de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). D’autre part, la guerre n’est pas sûre d’être gagnée, car on ne gagne pas une guerre menée contre les djihadistes avec des armées traditionnelles. Ils ne veulent pas négocier et sont désorganisés comme c’est le cas en Afghanistan.

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