Atlantique : inquiétude après la disparition d’une pirogue de 300 migrants


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Migrants en mer
Immigration clandestine en Méditerranée

Le silence de l’océan devient assourdissant pour des centaines de familles en Afrique de l’Ouest. Depuis plus d’un mois, une pirogue partie des côtes gambiennes avec environ 300 personnes à son bord n’a plus donné le moindre signe de vie. L’embarcation, qui tentait de rejoindre l’archipel espagnol des Canaries, transporte des ressortissants du Sénégal, de la Gambie, du Mali et de la Guinée.

Alors que le délai habituel pour une telle traversée n’excède guère une dizaine de jours, l’absence de nouvelles après trente jours de mer laisse craindre une tragédie humanitaire de grande ampleur dans les eaux de l’Atlantique.

Une trajectoire périlleuse sous l’œil des caméras

Le départ a été localisé le 5 décembre dernier à Djinack, dans le nord de la Gambie. L’embarcation, lourdement surchargée, a été aperçue pour la dernière fois le 6 décembre au large de Joal, sur le littoral sénégalais. Une vidéo amateur filmée par un pêcheur ce jour-là témoigne de la précarité de la situation : on y voit la pirogue lutter contre une mer agitée, tentant de maintenir son cap vers le nord. Selon les associations de soutien aux migrants, comme Boza Fii, les alertes ont été lancées dès la fin du mois de décembre auprès des organismes de secours en mer, mais les recherches n’ont pour l’instant mené à aucune localisation précise.

Le déplacement des routes vers le sud

L’intensification des contrôles de sécurité autour de Dakar et des zones traditionnelles de départ a poussé les réseaux de passeurs à déplacer leurs activités plus au sud, vers la Gambie et les îles du Saloum. Ce changement géographique n’est pas sans conséquence : il rallonge considérablement la durée de navigation et expose les migrants à des courants marins plus violents et imprévisibles. Mamadou Mignane Diouff, coordonnateur du Forum social sénégalais, s’interroge sur l’efficacité des moyens de surveillance actuels. Malgré la présence de radars, d’avions et de patrouilleurs destinés à la surveillance des frontières, une embarcation de cette taille semble s’être volatilisée sans laisser de traces.

Un manque de dispositifs de sauvetage humanitaire

Le drame souligne une fois de plus le vide sécuritaire concernant le sauvetage des vies humaines dans cette zone de l’Atlantique. Contrairement à la Méditerranée, cette route migratoire ne dispose d’aucun navire humanitaire permanent. Pour Saliou Diouf, président de Boza Fii, la priorité donnée à la répression et au verrouillage des frontières se fait au détriment de l’assistance aux personnes en détresse. L’année 2025 a déjà été particulièrement meurtrière avec plus de 1 900 décès recensés par l’ONG Caminando Fronteras. Sans une intervention rapide et coordonnée entre les États de la région, l’espoir de retrouver des survivants parmi ces 300 disparus s’amenuise de jour en jour.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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