Assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi en Libye : trois suspects identifiés


Lecture 5 min.
Saïf al‑Islam Kadhafi
Saïf al‑Islam Kadhafi

Plus d’un mois après la mort de Saïf al‑Islam Kadhafi, les autorités judiciaires libyennes affirment avoir franchi une étape importante dans l’enquête. Le parquet a annoncé l’identification de trois individus soupçonnés d’être impliqués dans l’attaque meurtrière qui a coûté la vie au fils de l’ancien dirigeant libyen. Le crime s’est produit le 3 février dans la ville de Zintan, située à l’ouest de Tripoli.

Du nouveau dans l’assassinat de Saïf al‑Islam Kadhafi, il y a environ un mois. Selon le communiqué diffusé par le parquet sur les réseaux sociaux, les enquêteurs ont pu retracer plusieurs éléments clés du crime. Notamment les lieux de rencontre des suspects, leurs déplacements avant l’attaque et le moment précis où ils seraient passés à l’action. Les autorités judiciaires affirment également avoir déterminé l’identité des personnes impliquées et ordonné leur arrestation.

Toutefois, aucune information n’a été communiquée concernant leur nationalité ou leur affiliation politique. Cette absence de détails nourrit encore les interrogations dans un pays où les rivalités politiques et les milices armées compliquent souvent le travail de la justice. Les premiers éléments de l’enquête indiquent que l’assassinat n’a rien d’improvisé. D’après le parquet, les assaillants auraient surveillé les déplacements et les habitudes de Saïf al‑Islam Kadhafi pendant plusieurs jours avant de passer à l’action.

Une attaque soigneusement préparée

Le soir du drame, ils auraient escaladé le mur de la résidence où il se trouvait et pénétré dans la propriété avant de l’encercler. Armés de mitraillettes, ils auraient ouvert le feu à bout portant, tirant au total dix-huit balles, dont l’une mortelle à la tête. Le crime aurait été commis en quelques instants, ne laissant pratiquement aucune chance à leur cible. Cette description renforce l’hypothèse d’une opération planifiée, possiblement orchestrée par des commanditaires encore inconnus.

Dans un pays où les tensions politiques restent fortes depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, l’assassinat d’une figure aussi controversée ne pouvait que provoquer une onde de choc. Les Libyens, déjà habitués aux rivalités entre factions armées et autorités concurrentes, cherchent désormais à comprendre qui avait intérêt à éliminer celui qui tentait de revenir sur la scène politique.

Le déplacement du corps, un geste expliqué aux enquêteurs

Un détail particulier de l’enquête concerne le déplacement du corps de la victime après l’attaque. Selon plusieurs sources proches du dossier, le corps aurait quitté la résidence pour se retrouver dans un café fréquenté par Saïf al‑Islam Kadhafi. Ce geste a été effectué par Ahmed el-Eteiri, considéré comme l’un de ses assistants. Ce dernier est le fils de Ajmi Eteiri, un homme qui avait déjà joué un rôle important dans la survie du fils Kadhafi en 2011, lors de l’attaque d’un convoi par les forces de l’OTAN pendant la guerre civile.

Interrogé par les enquêteurs, Ahmed el-Eteiri aurait expliqué avoir déplacé le corps par crainte que les assaillants ne reviennent pour l’emporter. Ce geste, selon lui, visait à préserver la dépouille et à éviter toute manipulation susceptible de compliquer l’enquête. Les autorités judiciaires continuent d’examiner les circonstances exactes de cette décision, afin de déterminer si elle a pu altérer des éléments de preuve importants pour la reconstitution des faits.

Une disparition qui relance les tensions politiques

La mort de Saïf al‑Islam Kadhafi a profondément surpris l’opinion publique libyenne. Malgré son héritage politique controversé, il conservait une base de soutien non négligeable dans certaines régions du pays. Depuis plusieurs années, il tentait de se repositionner comme une figure politique capable de rassembler une partie des Libyens nostalgiques de la stabilité de l’ancien régime tout en adoptant un discours plus réformateur.

Son nom avait d’ailleurs circulé parmi les candidats potentiels aux futures élections présidentielles. Un scrutin régulièrement reporté en raison de l’instabilité politique et sécuritaire. Selon certains analystes, cette ambition politique pourrait avoir fait de lui une cible. La disparition d’une figure aussi symbolique risque désormais d’alimenter les tensions entre les différents camps qui se disputent l’influence en Libye.

Un personnage controversé recherché par la justice internationale

Avant sa mort, Saïf al‑Islam Kadhafi faisait également l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. L’institution basée à La Haye l’accusait de crimes contre l’humanité commis lors de la répression des manifestations de 2011 contre le régime de son père. À l’époque, il avait tenu des discours menaçants à l’encontre des protestataires, déclarant notamment que « le sang allait couler à flot ». Malgré ces accusations, il avait conservé une influence politique et tribale dans certaines régions de Libye. Sa mort laisse désormais de nombreuses zones d’ombre.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News