
L’intervention américaine au Venezuela, marquée par l’arrestation spectaculaire de Nicolas Maduro, a suscité de vives réactions sur le continent africain. Plusieurs capitales dénoncent une remise en cause du principe de souveraineté des États et s’inquiètent des précédents qu’une telle action pourrait créer. Entre condamnations fermes, appels au respect du droit international et prudence diplomatique, l’Afrique affiche des positions contrastées. Cette crise ravive le débat sur l’unilatéralisme et sur la place du continent dans un ordre mondial en recomposition.
L’opération éclair menée par les États-Unis au Venezuela le 3 janvier dernier, marquée par des frappes stratégiques et l’enlèvement spectaculaire de Nicolas Maduro, a provoqué un séisme diplomatique dont l’épicentre se déplace désormais vers le continent africain. De Pretoria à Accra, en passant par Addis-Abeba, les capitales africaines multiplient les prises de position. Entre condamnation ferme de l’unilatéralisme et appels prudents au dialogue, l’Afrique exprime sa crainte de voir s’instaurer un nouvel ordre mondial où la souveraineté des États ne tiendrait plus qu’à un fil.
La voix de la sagesse et du droit pour l’Union africaine
Réunie en urgence par visioconférence, la Commission de l’Union africaine (UA) a choisi la voie de l’équilibre, privilégiant les principes aux attaques frontales. Si l’organisation panafricaine n’a pas ouvertement condamné Washington, elle a rappelé avec fermeté son attachement indéfectible à l’intégrité territoriale et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Pour l’UA, le règlement pacifique des différends doit rester la norme absolue. Cette position est partagée par la CEDEAO qui, tout en reconnaissant la lutte contre les crimes internationaux invoquée par Donald Trump, insiste sur l’obligation pour la communauté internationale de respecter la Charte des Nations unies.
Pretoria et Accra dénoncent des relents impérialistes
L’Afrique du Sud, membre influent du Conseil de sécurité, n’a pas utilisé la même retenue. Pretoria a qualifié l’assaut de « violation manifeste » du droit international, avertissant que les invasions militaires ne produisent que de l’instabilité. Plus incisif encore, le Ghana a fustigé les déclarations de la Maison Blanche concernant l’exploitation future du pétrole vénézuélien.
Pour Accra, ces ambitions rappellent « l’ère coloniale » et n’ont aucune place dans le monde moderne. La Namibie, évoquant son propre passé de lutte anticoloniale, a fait part de son « grand choc » face à ce qu’elle considère comme un piétinement de la souveraineté nationale.
Le silence stratégique et la prudence du Sahel
Alors que Caracas entretenait des liens étroits avec l’Alliance des États du Sahel (AES), le silence actuel du Mali, du Niger et du Burkina Faso interpelle les observateurs. Traditionnellement alliés de Nicolas Maduro dans la lutte contre « l’impérialisme », les dirigeants sahéliens semblent opter pour une phase de concertation.
Cette prudence pourrait être liée aux avertissements voilés de Washington envers les régimes non-élus. « Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à d’autres », avait prévenu Donald Trump, un message perçu par certains diplomates comme une mise en garde directe aux autorités de transition de la région.
Brazzaville, médiateur de l’ombre dans la crise
Au milieu de ces tensions, le Congo-Brazzaville tente de jouer sa partition habituelle de médiateur. Le chef de la diplomatie congolaise, Jean-Claude Gakosso, a activé ses canaux diplomatiques pour échanger avec les parties prenantes, notamment l’Afrique du Sud et les représentants vénézuéliens. L’objectif de Brazzaville est de favoriser une « table ronde » multilatérale associant les organisations régionales latino-américaines et africaines. Cette approche vise à préserver les cadres diplomatiques existants tout en cherchant une issue qui ne compromette pas les partenariats stratégiques du continent.
Alors que Nicolas Maduro doit comparaître ce lundi devant un juge à New York, l’Afrique attend désormais de voir si le Conseil de sécurité de l’ONU saura se saisir de ce dossier pour restaurer l’équilibre du droit international ou si cet acte marquera, comme le craint Antonio Guterres, le début d’une ère d’insécurité mondiale généralisée.




