Alliés fauteurs de troubles : deux chefs wazalendo arrêtés dans l’est de la RDC


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Les FARDC (Forces armées de la RDC
Les Forces armées de la RDC

Dans l’est de la RDC, l’armée a annoncé l’arrestation de deux chefs de milices locales alliées aux FARDC. Les deux hommes, présentés comme des commandants wazalendo, sont accusés d’avoir commis des actes d’indiscipline et des graves violences contre les populations civiles, dans un contexte sécuritaire déjà très fragile.

L’état-major de la 34ᵉ région militaire a confirmé l’interpellation des deux responsables wazalendo ce lundi 16 mars 2026 à Walikale, dans la province du Nord-Kivu. Il s’agit de Kirikicho Mirimba, alias Mwana Mayi, et de Musubao Kalimba, alias Kasilasi. Selon un communiqué des autorités militaires, les deux responsables armés sont poursuivis pour des « comportements inciviques et antipatriotiques » jugés incompatibles avec la mission des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), communément appelés Wazalendo.

Ces miliciens font partie des groupes d’autodéfense locaux qui combattent aux côtés des FARDC contre la rébellion de l’AFC/M23, active dans l’est du pays. Les autorités militaires reprochent toutefois aux deux commandants de s’être engagés dans des affrontements entre leurs propres milices. Ces combats ont encore aggravé l’insécurité dans plusieurs zones du Nord et du Sud-Kivu.

Des combats fratricides depuis plus d’un an

Selon l’armée, les groupes dirigés par Kirikicho Mirimba et Musubao Kalimba se livrent à des affrontements réguliers depuis près de 17 mois. Ces combats opposent pourtant deux factions censées soutenir le même camp face à la rébellion du M23. Ces rivalités ont fragilisé les opérations militaires contre les groupes rebelles et entraîné des violences contre les civils.

Les affrontements les plus récents se sont déroulés du 15 au 18 février 2026 dans les groupements de Tushunguti et Ziralo, situés dans la chefferie de Buhavu, dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu. Le bilan communiqué par les autorités militaires fait état de 14 civils tués, 7 blessés graves, 7 femmes victimes de viol, plusieurs cas de pillages et destructions de biens. Ces violences ont provoqué des déplacements de populations dans plusieurs localités de la zone. Malgré les efforts de médiation menés par les autorités coutumières et les notables locaux, les deux chefs de milice auraient refusé de mettre fin aux hostilités.

Les Wazalendo, alliés controversés de l’armée

Les Wazalendo, terme qui signifie « patriotes » en swahili, regroupent plusieurs milices locales et des volontaires civils mobilisés pour soutenir l’armée congolaise face à la rébellion du M23 dans l’est du pays. Depuis la résurgence de cette rébellion en 2021, Kinshasa s’appuie largement sur ces groupes armés pour renforcer ses positions sur le terrain. Beaucoup de ces combattants sont d’anciens miliciens ou des jeunes recrutés localement, attirés par la défense du territoire et par l’espoir de protéger leurs communautés.

Cependant, plusieurs organisations et observateurs dénoncent l’indiscipline et les abus commis par certains éléments wazalendo, notamment des pillages, des violences et des rivalités internes qui aggravent l’insécurité dans plusieurs zones de l’est du pays.

Vers des poursuites judiciaires

L’état-major de la 34ᵉ région militaire indique que Kirikicho Mirimba et Musubao Kalimba devront répondre de leurs actes devant la justice militaire. Les autorités les qualifient de récidivistes, estimant que leurs agissements ont gravement terni l’image et la mission des VDP. Cette arrestation traduit la volonté de l’armée congolaise de reprendre le contrôle des groupes armés alliés mais difficiles à encadrer, dans une région où plus d’une centaine de milices restent actives.

Pour de nombreux observateurs, cette affaire illustre la complexité du conflit dans l’est de la RDC, où les frontières entre alliés, milices locales et acteurs responsables de violences contre les civils demeurent souvent floues.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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