
Onze ressortissants chinois et trois Congolais ont été interpellés en Ituri, accusés d’extraire illicitement de l’or dans la région de Nizi. Cette opération, menée dans une province toujours fragilisée par l’insécurité rappelle les liens persistants entre ressources minières, corruption locale et violence armée dans l’est de la RDC.
L’annonce a été faite par le gouverneur militaire lui-même. Selon ses services, les suspects opéraient depuis 2024 sur des concessions de la Sokimo (Société minière de Kilo-Moto), le géant public dont le patrimoine est régulièrement grignoté par des exploitations sauvages.
Des mines au cœur des tensions sécuritaires
Désormais entre les mains de la justice, les prévenus devront répondre de l’occupation de ces sites. L’arrestation est intervenue dans le territoire de Djugu, une zone particulièrement instable où l’autorité de l’État reste fragile face aux milices communautaires.
Pour les autorités provinciales, ce n’est pas un hasard, l’exploitation clandestine des minerais prospère particulièrement dans les zones instables. L’insécurité limite les contrôles administratifs, affaiblit les services de l’État et crée un environnement favorable aux réseaux illégaux. Le gouverneur a d’ailleurs souligné la dangerosité de l’intervention, affirmant qu’un groupe armé s’était déjà positionné pour attaquer la délégation officielle. Cette déclaration illustre la porosité entre activités minières illicites et milices locales cherchant à protéger leurs revenus venant des sites aurifères.
Dans plusieurs régions de l’est congolais, l’or constitue une ressource stratégique. En effet, il est facile à transporter, difficile à tracer et rapidement monnayable sur les circuits informels. Il permet de financer des groupes armés, d’acheter des armes ou de rémunérer des combattants.
Soupçons de complicités internes
L’affaire met également en lumière les failles internes au sein de l’appareil sécuritaire. Les autorités ont indiqué avoir retrouvé un militaire en état d’ébriété sur le site minier. Le gouverneur a exigé son identification et des sanctions contre lui ainsi que contre son commandant. Cet élément renforce les soupçons récurrents de complicités entre certains agents de sécurité et les réseaux d’exploitation illicite. En RDC, de nombreux rapports nationaux et internationaux pointent l’implication de membres des forces de sécurité ou d’administrations locales dans la protection de trafics miniers clandestins.
L’arrestation des onze ressortissants chinois relance le débat sur la présence d’opérateurs étrangers dans le secteur artisanal et semi-industriel congolais. Kinshasa affiche sa volonté de mieux encadrer les investissements étrangers dans les mines, tout en luttant contre les filières parallèles qui échappent au fisc congolais.




