Algérie : qui se souvient des « porteurs de valises » et des « pieds-rouges » ?

Ce 5 juillet, l’Algérie a commémoré en grande pompe le 50e anniversaire de son indépendance. Une indépendance emportée de haute lutte et acquise dans la souffrance face à l’occupant. L’occasion de repenser aux soldats français, aux tortionnaires, aux bourreaux et violeurs. Or, les Français qui ont lutté pour l’indépendance et la reconstruction de l’Algérie, n’ont visiblement pas droit au chapitre.

La Guerre d’Algérie (1954-1962) laisse de nombreuses traces dans les mémoires française et algérienne, chez ceux, civils ou militaires des deux camps, qui ont subi ou pratiqué des atrocités. A l’occasion de la 50e année de l’indépendance algérienne, l’histoire refait surface dans la douleur, des deux côtés de la Méditerranée, même si les autorités françaises commencent lentement à reconnaître les actes de barbarie et à chercher la réconciliation avec la sœur-ennemie algérienne.

Or, certains détails de l’histoire évitent la généralisation, l’analyse manichéenne de ce conflit, cette guerre ou guerre civile, assurément horrible. Parmi ceux-là, il est important de citer les « porteurs de valises ». Des journalistes, des artistes, des prêtres, des militants catholiques, qui sont devenus complices du Front de libération nationale (FLN). Qui parle à Alger du « Réseau Jeanson » ? Cette équipe, menée par Francis Jeanson, se chargera pendant pratiquement toute la guerre de collecter et de transporter des fonds et des faux-papiers pour les agents du FLN de métropole, une cinquième colonne indispensable à la résistance algérienne.

Ce groupuscule sera finalement démantelé en février 1960 et son procès s’ouvrira le 5 septembre de la même année. Six Algériens et dix-huit Français, défendus par le jeune avocat Roland Dumas, sont alors inculpés et condamnés. Quinze d’entre eux sont condamnés à dix ans de prison, trois à cinq ans et huit mois, et neuf sont acquittés. Francis Jeanson quant à lui, sera condamné à dix ans de prison, puis amnistié en 1966.

Des intellectuels de gauche apporteront par le « Manifeste des 121 » un soutien à ces « porteurs de valises ». Qui se remémore aujourd’hui de ces Français qui ont lutté et qui sont parfois morts, comme Henri Curiel, pour ou en raison de la cause algérienne ?

Après les « pieds-noirs », les « pieds-rouges »

Personne n’ignore qui sont les « pieds-noirs », ces Français installés en Afrique du Nord jusqu’aux indépendances. En revanche, peu d’Algériens ou de Français savent qui sont les « pieds-rouges ». Il s’agit des militants de gauche ou d’extrême gauche, français, s’étant rendus en Algérie au lendemain de son indépendance afin d’œuvrer pour sa reconstruction et son développement, en dehors du cadre de la coopération.

Alors que les « pieds-noirs » rentraient en France dans la précipitation, les « pieds-rouges » arrivaient sur la terre algérienne pour participer à la Révolution, au rêve algérien. Un ensemble assez hétéroclite de personnes. Des militants humanitaires, des professionnels de la santé, d’anciens « porteurs de valises », des enseignants et même des étudiants, ayant tout quitté pour rejoindre le peuple algérien. La plupart des Algériens les accueillirent à bras ouverts au début. Mais, suite à trois ans de période de grâce, beaucoup sont rentrés en France à cause du coup d’Etat du 19 juin 1965 du colonel Houari Boumediene. La répression du mouvement kabyle et le code de la nationalité qui liait la religion à la citoyenneté, ont dissuadé beaucoup de « pieds-rouges » de rester. De surcroît, « les socialistes en peau de lapin », comme les appelle Boumediene, ne sont clairement plus les bienvenus.

« Nous aussi, nous sommes les cocus de l’histoire. Pas de manière aussi dramatique que les pieds-noirs ou les harkis mais quand même un peu », a déclaré Jean-Marie Boëglin à CQFD. Cet ancien « pied-rouge » de 85 ans, n’aura pas connu d’hommages ni d’insultes pour ce 50e anniversaire de l’indépendance algérienne. Il est juste tombé dans les oubliettes de l’histoire.

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