Le rappeur Medine en Algérie pour le cinquantenaire de l’indépendance

Médine, le rappeur réputé pour son engagement, sort un nouveau titre inédit, Alger pleure. A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie du 5 juillet, le titre aux paroles fortes sur fond de guitare électrique et de voix arabisantes, tente de réconcilier ce métisse franco-algérien avec ses origines composées d’anciens ennemis. Pour une réconciliation complète, Médine s’est rendu pour la toute première fois, sur la terre de son père. Interview exclusive.

Afrik.com : Pourquoi avoir écrit ce titre Alger Pleure ?

Médine : Pour me soigner et être utile. Me soigner car je souffre d’une pathologie identitaire en tant que Franco-Algérien. Grandir avec de vieux ennemis dans le sang soulève beaucoup d’interrogations et de frustrations. Je n’ai pas pour habitude de parler de moi dans mes morceaux mais, depuis quelque temps, j’évoque mes préoccupations et doutes personnels, ceci dans le but d’être utile aux auditeurs. Oui, utile car j’estime être un rappeur d’utilité publique. Je souhaite par mon parcours de Franco-Algérien servir à tous les binationaux, toutes les personnes issues de l’immigration, tous les tiraillés, tous les métisses comme moi. L’analyse que j’ai de mes origines, et le regard que je porte sur mes identités me permettent de clarifier ma place en France, mon rôle et mes objectifs. Et si ça peu en aider certains également, c’est le but…

Afrik.com : Que signifie ce cinquantenaire de la libération pour vous, en temps que Franco-Algérien ?

Médine : Le cinquantenaire restera une date mythique pour moi et pour mes confrères du label Din Records car il s’agit d’abord de ma première visite sur le sol algérien et ça ne me laisse pas indifférent… Je m’étais juré d’être présent ce jour symbolique en Algérie pour honorer la mémoire de mes ancêtres et me faire pardonner d’avoir mis autant de temps à le faire…

Afrik.com : Justement, pourquoi avoir attendu tout ce temps pour ce voyage ? Comment avez-vous trouvé l’Algérie ?

Médine : Mon arrivée tardive est un concours de circonstances. Je n’ai jamais eu l’opportunité d’aller en Algérie auparavant, cette année je n’ai pas voulu louper cette occasion unique. Les gens attendent souvent les dates anniversaires pour renouveler leurs vœux et se témoigner amour et fidélité. Je profite donc de cette date pour les mêmes raisons envers l’Algérie. D’autant plus que c’est un voyage chargé en émotions, j’ai beaucoup de satisfaction de voir l’Algérie moins amère et affaiblie que l’on me l’avait dit. L’Algérie est exactement comme je l’espérais : hospitalière, fière, en rupture avec tous les préjugés qu’ont pourrait en avoir.

Afrik.com : Et comment s’est passée la rencontre avec les Algeriens ?

Médine : Très naturellement ! Aucune barrière identitaire n’a été dressée entre nous. À aucun moment on ne m’a fait sentir que j’étais moins algérien que français, pourtant historiquement et même fondamentalement je suis davantage français… C’est une leçon que certains, en France, devraient tirer des Algériens d’ailleurs…

Afrik.com : Racontez-nous ce cinquantenaire de l’indépendance en terre algérienne ?

Médine : Toute la ville est aux couleurs du drapeau national. Pas un panneau, pas un réverbère, pas un balcon n’est dépourvu de son étendard national. Des festivités ont lieu à travers tout le pays. Le soir, j’ai assisté aux feux d’artifice sur la place qui est l’équivalent de notre tour Eiffel mais avec une dimension nettement plus politique : le « Maqam chahid », le monument des martyrs.

Afrik.com : Avez-vous de l’espoir pour l’Algérie ?

Médine : L’Algérie est une nation jeune, historiquement et démographiquement. Elle a connu de nombreuses périodes sombres, mais si aujourd’hui elle en ressort affaiblie, elle n’est pas faible. Des perspectives économiques commencent à naître, bon nombre d’Algériens se lancent dans l’entrepreneuriat et tentent de dynamiser leur pays en créant de la richesse. Mais cette volonté a malheureusement du mal à émerger dans toutes les classes sociales. Ainsi, les plus précaires ressentent un malaise et le dénoncent comme étant du fait des hommes politiques actuels, mais ces derniers brandissent l’épouvantail colonial… A chaque réclamation populaire, ils avancent que seule la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, et la guerre de libération sont à l’origine du malaise économique actuel. Mais les Algériens ne sont désormais plus dupes et s’organisent malgré tout…

Par Mérième Alaoui