Algérie : limogé par Bouteflika, Belkhadem devient la brebis galeuse du FLN

Limogé mardi par Bouteflika de son poste de conseiller présidentiel, Abdelaziz Belkhadem voit ses ambitions de reprendre les rênes du FLN s’effondraient.

C’est par la petite porte qu’Abdelaziz Belkhadem est sorti le 26 août, suite à son limogeage brutal de son poste de ministre d’Etat. D’abord évincé de la tête du Front de libération nationale (FLN) le 31 janvier 2013, Abdelaziz Belkhadem, qui comptait sur le soutien du Président Abdelaziz Bouteflika pour récupérer sa place à la tête du parti, a tous les symptômes d’une brebis galeuse. A moins qu’il décide de rallier l’opposition, Belkhadem est forcé de mettre entre parenthèse sa carrière politique, du moins tant que Bouteflika est là.

Véritable coup de théâtre. Ce limogeage, personne ne l’a vu venir. Ni la presse, ni ses soutiens. Hormis certains de ses détracteurs à l’image d’Abdelkader Cherra, membre du comité central du FLN. En effet, après avoir été refoulé par son propre parti lors d’une réunion, mardi 24 juin, Belkhadem avait réclamé, début août, l’organisation d’une élection à bulletin secret pour élire le nouveau dirigeant du parti, affirmant disposé du soutien de Bouteflika. Une affirmation jugée mensongère par Cherrar : « Comment voulez-vous que le Président soutienne Belkhadem alors qu’il n’a même pas été autorisé à participer à la dernière réunion du comité central. Si le Président voulait faire passer un message, il le ferait selon les canaux habituels pour rendre crédible sa décision. Pour le moment, nous sommes les observateurs d’une interprétation fallacieuse des propos du Président par un homme assoiffé de pouvoir », avait-il déclaré.

La fin d’une alliance islamiste

Belkhadem incarne la frange « islamo-conservateur » du FLN. En l’évinçant de son poste de conseiller présidentiel, Bouteflika a par la même occasion mis un terme a la stratégie d’alliance qui se tissait entre Belkhadem et les islamistes depuis 1999. Le clan présidentiel se serait-il désintéressé de « la carte islamiste » ? On remarque en tout cas que cette tendance a perdu de son influence, à l’instar des Frères musulmans en Egypte, chassés du pouvoir et dont la confrérie a été classée par les nouvelles autorités « organisation terroriste ».

« Je suis désolé de vous informer de ma décision concernant Abdelaziz Belkhadem. Vous allez savoir bientôt pourquoi j’ai pris cette décision », a lancé ce mardi le Président Bouteflika pendant le Conseil des ministres. La direction du FLN a jugé « très graves » les faits reprochés par le président à Belkhadem. « Il (Belkhadem, ndlr) s’est rebellé contre le parti dont le Président n’est autre que Abdelaziz Bouteflika. Il a comploté contre la direction du parti, tenu des propos graves et diffamatoires », a précisé un cadre du du FLN à TSA.

Autre révélation : l’exclusion de belkhadem serait déjà effective. « Belkhadem ne sera ni convoqué, ni entendu par le conseil de discipline. Son exclusion est effective et sera prononcée prochainement par l’instance compétente du parti (…) Nous considérons que le conseil de discipline a été saisi par le Président, par le biais du communiqué diffusé hier », complète cet interlocuteur.

Le coup de grâce

Belkhadem voit donc partir en fumée ses ambitions de reprendre le contrôle du parti. L’humiliation est d’autant plus de taille qu’aucun « islamo-conservateur » du Comité central du FLN n’a exprimé la moindre critique suite à la décision de Bouteflika de limoger Belkhadem. Seul Kassa Aïssi, l’ex-porte-parole du parti – qui ne fait même pas parti du courant islamiste du FLN – a haussé le ton. Belkhadem a visiblement été lâché par ses propres alliés au sein du FLN.

L’ancien secrétaire général du parti historique, qui, après sa nomination en tant que conseiller présidentiel, semblait intouchable, a tout perdu. Pourtant, depuis la fin des années 1980, Belkhadem a su résister à de nombreuses tempêtes. Mais cette fois, à moins de se rallier aux islamistes, il est bel et bien le grand perdant. Amar Saadani remporte donc ce duel qui aura, pendant de longues semaines, tenu en haleine la classe politique, la presse et la société civile.