
Battue 2-0 par la Suisse, vendredi à Vancouver, l’Algérie quitte la Coupe du monde 2026 dès les seizièmes de finale. Au-delà du score et de deux buts encaissés au pire moment, c’est le procès de Vladimir Petkovic qui s’ouvre. Le sélectionneur le mieux payé du continent, prolongé jusqu’en juillet 2028 quelques jours avant le tournoi, n’a jamais réussi à donner aux Verts une identité claire au moment décisif.
Un salaire record qui alourdit le bilan
Rémunéré environ 135 000 euros par mois depuis son arrivée en 2024, un montant revalorisé lors de sa prolongation selon la presse algérienne, Vladimir Petkovic demeure le sélectionneur le mieux payé d’Afrique, loin devant Hugo Broos ou Walid Regragui. La FAF avait misé sur son expérience à la tête de la Suisse, qu’il a dirigée pendant sept ans, et sur sa capacité supposée à reconstruire une sélection encore marquée par l’après-Belmadi.
Les chiffres plaidaient pour lui jusque la. 21 victoires, 4 nuls et 3 défaites en 28 matches avant le Mondial, un retour en Coupe du monde après douze ans d’absence, un quart de finale à la CAN 2025 et un bond du 47e au 28e rang mondial FIFA. C’est sur ce tableau de bord que la fédération s’est appuyée juste avant la compétition pour prolonger son contrat jusqu’au 31 juillet 2028, staff technique compris.
Le très haut niveau, lui, ne retient pas les bilans comptables. Contre la Suisse, l’Algérie a retrouvé ses vieux démons avec une défense exposée, une animation offensive confuse et une absence de réaction collective après l’ouverture du score. Pendant que Murat Yakin osait aligner quatre joueurs offensifs et laissait volontiers le ballon aux Algériens (55 % de possession) pour mieux frapper en contre, Petkovic donnait l’impression de chercher encore son équipe.
Des choix tactiques difficilement défendables
Le reproche le plus lourd concerne le onze de départ. Alors que les Verts avaient montré quelques repères offensifs face à l’Autriche (3-3), Petkovic a de nouveau modifié son dispositif. Aligner Ibrahim Maza dans un rôle hybride, sans véritable avant-centre de métier, a nourri l’incompréhension, d’autant qu’Amine Gouiri, option plus naturelle en pointe, a commencé sur le banc avant d’entrer à l’heure de jeu, trop tard pour peser.
La Suisse, elle, a frappé là où cela faisait mal. Dès la 10e minute, Johan Manzambi a éliminé Aïssa Mandi sur son côté avant de servir Breel Embolo au premier poteau, pour le cinquième but de l’attaquant dans ce Mondial. Puis, moins d’une minute après la reprise, Dan Ndoye a puni une relance algérienne mal assurée d’une frappe croisée hors de portée de Luca Zidane. Deux séquences, deux buts, et une équipe algérienne qui n’a plus jamais menacé Gregor Kobel. Perdre à ce niveau peut se comprendre, mais perdre sans imposer la moindre idée de jeu inquiète davantage.
Une communication d’après-match qui passe mal
Après la rencontre, Petkovic a insisté sur les erreurs payées « très cher » et sur le niveau relevé du tournoi, avant de rappeler que le retour de l’Algérie en Coupe du monde constituait déjà une réussite. L’argument sportif se défend. Politiquement, il passe mal auprès d’un public qui attendait un mea culpa plutôt qu’un bilan administratif, au soir d’une élimination sans éclat après une compétition ou l’Algérie n’a brillé. La retraite internationale de Riyad Mahrez, officialisée dans la foulée, a encore renforcé le sentiment de fin de cycle.
Walid Sadi et la FAF en première ligne
Petkovic n’est pas seul dans la tempête. Son principal soutien s’appelle Walid Sadi. Le président de la FAF, également ministre des Sports, a défendu la continuité, présenté la stabilité comme condition de la performance et fait entériner la prolongation du sélectionneur par le Bureau fédéral, le 7 juin, à dix jours de l’entrée en lice des Verts. Un choix qui prend aujourd’hui des allures de boomerang.
Démission, renvoi ou séparation négociée ?
À chaud, rien n’indique que Petkovic veuille partir de lui-même. Son contrat court jusqu’en 2028, mais il le protège moins qu’il n’y paraît car selon la presse algérienne, le nouveau bail comporterait une clause de séparation à l’amiable en cas de performance jugée insuffisante, moyennant une indemnité limitée à deux mois de salaire.
Si rupture il y a, elle viendra donc d’une décision de la FAF ou d’un accord négocié à moindre coût, sous réserve que l’élimination par la Suisse soit jugée comme une contre-performance. Un élément qui peut expliquer la sortie du sélectionneur jugeant que l’Algérie avait réalisée un bon parcours. Petkovic n’est plus seulement jugé sur ses résultats, mais sur la cohérence de son projet. Et c’est là que l’échec paraît le plus profond.




