
L’élimination de l’Algérie par la Suisse (2-0), vendredi 3 juillet à Vancouver en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, relance le débat sur l’avenir de Vladimir Petković. Mais derrière la question du sélectionneur suisse se cache un malaise plus profond car aucun entraîneur algérien ne s’impose aujourd’hui comme une évidence pour reprendre les Verts. En cause, moins le vivier disponible que les choix de la FAF, la gestion de Walid Sadi et une communication très contrôlée autour de l’équipe nationale.
Au BC Place de Vancouver, les Fennecs n’ont jamais trouvé la faille. Cueillie dès la 10e minute par une reprise de Breel Embolo, puis punie au retour des vestiaires par une frappe croisée de Dan Ndoye après une relance manquée (46e), l’Algérie quitte le Mondial 2026 sans avoir cadré la moindre occasion franche, hormis une reprise de Riyad Mahrez détournée par Denis Zakaria (50e). En cinq participations à une Coupe du monde, le football algérien court toujours après sa première victoire dans un match à élimination directe.
En outre, Vladimir Petković a été sorti par la Suisse, sélection qu’il a lui-même dirigée de 2014 à 2021. Et c’est cette défaite face à son ancienne équipe qui rouvre brutalement un dossier que la FAF pensait avoir verrouillé, avec une tension attisée par l’attitude du sélectionneur qui, en fin de match, a préféré féliciter ses anciens joueurs que partager la tristesse des Fennecs.
La FAF prise au piège de sa propre prolongation
Le 7 juin 2026, à quelques jours du départ de la délégation pour les États-Unis, la Fédération algérienne de football officialisait la prolongation de Vladimir Petković jusqu’au 31 juillet 2028, alors que son contrat initial expirait après le tournoi. L’instance mettait en avant un bilan statistique flatteur avec 21 victoires, 4 nuls et 3 défaites en 28 rencontres, la qualification retrouvée pour la Coupe du monde après deux absences consécutives, et la remontée des Verts de la 43e à la 28e place du classement FIFA depuis février 2024.
Walid Sadi, président de la FAF et ministre des Sports, se retrouve désormais en première ligne. Maintenir Petković, sélectionneur le mieux payé d’Afrique, revient à assumer une élimination décevante et des choix tactiques très contestés, à commencer par une composition sans véritable attaquant de pointe face à la Suisse. S’en séparer obligerait à expliquer pourquoi il a été prolongé avant même de connaître le vrai bilan du Mondial. Dans les deux cas, la fédération ne peut pas renvoyer toute la responsabilité vers le banc : elle a choisi le calendrier, validé le contrat et installé le discours de la « stabilité ». C’est ce discours qui lui est aujourd’hui opposé.
Le choix du sélectionneur, une affaire de communication
En Algérie, l’équipe nationale reste un objet symbolique majeur, dont l’image déborde largement la FAF. La réception de Gianni Infantino par Abdelmadjid Tebboune, le 9 avril 2026 au palais d’El Mouradia, l’a rappelé. Ainsi, autour du président de la FIFA figuraient Walid Sadi, mais aussi Kamel Sidi Saïd, conseiller chargé de la Direction générale de la communication de la présidence. Les Verts font partie des grands récits institutionnels du pays.
Kamel Sidi Saïd n’est pas intervenu dans le choix du sélectionneur, mais sa présence dans ces moments de mise en scène du football algérien montre que l’équipe nationale est aussi un dossier d’image. La prolongation de Petković avant le Mondial était un acte de communication, destiné à afficher la continuité et à présenter la qualification comme le signe d’un retour au premier plan. L’élimination a retourné ce récit contre ceux qui l’ont porté. Ce qui devait apparaître comme une preuve de maîtrise ressemble désormais à une décision précipitée.
Des entraîneurs algériens existent, mais la FAF ne les prépare pas
Dire qu’il n’existe aucune piste algérienne serait faux. Aucune, en revanche, n’a été construite comme une évidence nationale.
Abdelhak Benchikha est sans doute le cas le plus révélateur. À 62 ans, l’ancien entraîneur de l’USM Alger possède un vrai palmarès continental : Coupe de la Confédération et Supercoupe de la CAF avec l’USMA, passages au Maroc, en Tunisie, au Qatar et en Algérie. Depuis le 11 mars 2026, il dirige l’Ittihad Tanger, où il a signé pour une saison et demie afin de relancer un club en difficulté dans la Botola. Son profil n’a rien de fantaisiste car il connaît la pression algérienne, le football de clubs africain et l’environnement maghrébin. Dans beaucoup de pays, un tel parcours suffirait à ouvrir sérieusement la discussion.
Madjid Bougherra, lui, coche la case affective. Ancien capitaine, vainqueur de la Coupe arabe 2021 avec l’Algérie A’, finaliste du CHAN 2022, il jouit d’une légitimité réelle auprès du public. Mais il s’est engagé le 28 janvier 2026 comme sélectionneur du Liban, pour un contrat de trois ans, avec la qualification pour la Coupe d’Asie 2027 en ligne de mire. Le rapatrier ne serait pas impossible mais ce serait déjà une opération politique.
D’autres noms circulent : Kheireddine Madoui, vainqueur de la Ligue des champions de la CAF 2014 avec l’ES Sétif ; Noureddine Zekri, rompu aux championnats du Golfe ; Adel Amrouche, technicien algéro-belge passé par plusieurs sélections africaines. Djamel Mesbah revient également dans les conversations, mais son manque d’expérience rendrait sa nomination risquée.
Zidane, le mirage commode de la diaspora
La diaspora nourrit toujours les fantasmes, et le nom de Zinédine Zidane revient inévitablement dès que le banc des Verts tangue. L’ironie est cette fois cruelle car à Vancouver, c’est son fils Luca Zidane qui gardait le but algérien face à la Suisse. Mais le rêve du père ne correspond pas à la réalité du moment. Didier Deschamps a annoncé dès janvier 2025 qu’il quitterait l’équipe de France après la Coupe du monde 2026, et Zidane est présenté depuis comme le grandissime favori pour lui succéder chez les Bleus. Le président de la FFF, Philippe Diallo, a simplement renvoyé toute annonce à l’après-Mondial. Le dossier Zidane n’est donc pas une piste algérienne mais une illusion commode, qui permet d’éviter de parler des candidats réellement disponibles.
Le paradoxe est là. Le pays produit des joueurs, des techniciens, des anciens internationaux, des profils de diaspora. Mais au moment de choisir, la FAF semble encore préférer le vernis extérieur, comme si le salut devait forcément venir d’un nom étranger? C’est une logique qui disqualifie les entraîneurs algériens avant même qu’ils aient été jugés sur pièces.
Après Petković, la question n’est donc pas seulement de savoir qui doit entraîner les Verts. Elle est de savoir si la FAF veut bâtir une école algérienne du haut niveau, alors que le calendrier ne laisse guère de répit avec en ligne de mire la CAN 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, puis les qualifications pour le Mondial 2030 qui arrivent vite.





