Al-Qaïda veut faire payer à la Mauritanie son alliance avec la France

Près d’une semaine après l’enlèvement de cinq ressortissants français au Niger, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a accusé la Mauritanie d’être « l’agent de la France » et a promis des représailles contre Nouakchott après une opération militaire dimanche au Mali. Depuis l’élection du président Mohammed Ould Abdel Aziz en juillet 2009, soutenu par les puissances occidentales, la lutte contre l’organisation terroriste s’est considérablement durcie.

« Nous disons à l’agent de la France, Ould Abdel Aziz, que bombarder des innocents non-armés et partir en guerre pour le compte de la France n’est que folie et imprudence », a assuré l’AQMI dans un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi. « Le sang des deux purs martyrs musulmans (deux maliennes civils, sic) que vous avez offert au palais de l’Elysée ne restera pas impuni ».

Ces déclarations font suite aux violents combats qui ont opposé les soldats mauritaniens à des unités de l’organisation vendredi et samedi dans la région de Tombouctou (nord du Mali), près de la frontière mauritanienne. Dimanche, un avion mauritanien a bombardé une colonne de véhicules qui, selon l’armée, transportaient des « terroristes ».

Ces combats ont fait, selon les derniers chiffres de Nouakchott, huit morts dans les rangs de son armée et douze dans ceux d’AQMI. Six hommes suspectés d’être liés à AQMI ont également été « faits prisonniers », a affirmé lundi une source sécuritaire à Nouakchott.

Depuis 2005, AQMI s’en est pris à la Mauritanie et à ses présidents successifs. Les militaires mauritaniens ont été les premiers à payer le prix d’attaques sanglantes menées par l’organisation islamiste en plein désert. Et depuis 2007, des étrangers ont été aussi pris pour cible dans le pays, victimes d’assassinats ou d’enlèvements.

Une activité que la nébuleuse pratique aussi dans les pays frontaliers. Notamment récemment au Niger, où elle est suspectée d’être responsable de l’enlèvement de sept employés de compagnies françaises mercredi dernier. Selon le Quai d’Orsay, la France n’est pas engagée sur le terrain et la dernière intervention militaire mauritanienne serait indépendante de l’enlèvement.

Durcissement de la lutte anti-terroriste depuis l’année dernière

La politique anti-terroriste mauritanienne s’est durcie depuis l’année dernière avec l’élection de Mohammed Ould Abdel Aziz à la tête de l’Etat. En effet, le général, qui avait renversé en août 2008 Sidi Oud Cheikh Abdallahi, le premier président démocratiquement élu de l’ancienne colonie française, est largement soutenu par les Etats-Unis et la France, car inflexible sur la question sécuritaire. Fraîchement élu, il avait d’ailleurs affirmé : « Il existe des cellules terroristes sur le sol mauritanien. Je vais œuvrer à les combattre ». D’après certains observateurs, ce serait même l’assurance de combattre le terrorisme dans cette région qui aurait permis l’accession au pouvoir de Mohammed Ould Abdel Aziz.

Après cette dernière offensive mauritanienne, le directeur du quotidien Biladi, Moussa Ould Ahmed a souligné que la Mauritanie était « le seul pays de la région qui avait eu la hardiesse de franchir une frontière pour traquer les terroristes ». En effet, lors des deux dernières opérations, la Mauritanie, encouragée et aidée par la France, a agi sans impliquer les voisins les plus concernés par les activités d’AQMI, l’Algérie, le Mali et le Niger.

La Mauritanie espère maintenant que la lutte contre le terrorisme ne soit plus l’affaire d’une armée, mais plutôt des armées de l’ensemble des pays qui composent la région sahélo-saharienne.

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