Elections en Mauritanie : la confirmation des résultats ne lève pas les suspicions

Le Conseil constitutionnel a confirmé jeudi la victoire de Mohamed Ould Abdel Aziz à l’élection présidentielle du 18 juillet. Les recours déposés par trois opposants pour fraude massive ont été rejetés. Le même jour, le président de la commission électorale a annoncé sa démission en raison de doutes sur la transparence du scrutin, relançant le débat sur des éventuelles fraudes. La presse nationale craint que la situation ne renferme les germes d’une nouvelle crise politique.

En Mauritanie, les résultats de la présidentielle ne font toujours pas l’unanimité. Le Conseil constitutionnel a validé jeudi la victoire du général Mohamed Ould Abdel Aziz à l’élection présidentielle du 18 juillet avec 52,47% des voix. « M. Mohamed Ould Abdel Aziz a recueilli la majorité absolue des suffrages prévue par la Constitution et est déclaré élu président de la République islamique de Mauritanie », a annoncé le président du Conseil constitutionnel Abdellahi Ely Salem. Le Conseil constitutionnel a également annoncé le rejet des plaintes déposées par trois opposants, faute de preuves matérielles suffisantes. Messaoud Ould Boulkheir, Ahmed Ould Daddah et Ely Ould Mohamed Vall dénoncent une manipulation du fichier électoral, des usages de faux, le vote multiple de militaires ainsi que l’utilisation frauduleuse de produits chimiques sur les bulletins.

Les observateurs sur place et la Commission nationale indépendante (Ceni) n’ont relevé aucune fraude importante. Mais jeudi, le président de la Ceni, Sid Ahmed Ould Deye, a annoncé sa démission car il « doute » de la « fiabilité » de l’élection. « Les plaintes que j’ai reçues ainsi que les contenus des recours adressés au Conseil constitutionnel ont semé le doute dans mon esprit sur la fiabilité de ces élections quant au fond », a-t-il déclaré. « C’est pour cela et pour ne pas être en contradiction avec ma conscience que j’ai décidé de présenter ma démission de la présidence de la CENI à compter de ce jour ».

La presse mauritanienne s’inquiète

La presse mauritanienne s’interroge sur le scrutin. Pour un journaliste de Riminfo, il y a effectivement eu une fraude, mais pas le jour de l’élection. Cela a commencé depuis le renversement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi par le général Abdel Aziz : « le jeu démocratique allait être faussé par les chantages, les promesses, les promotions et les sanctions », écrivait jeudi le journaliste. Un autre article publié mardi interroge sur une nouvelle crise politique : « Les Mauritaniens croyant sortir de la crise avec […] les élections présidentielles du 18 Juillet 2009 donnant la légitimité au Général Mohamed Ould Abdel Aziz, vont se retrouver dans une situation pire que celle de la lutte pour le retour de la légitimité. » Le journaliste craint qu’une fois les recours légaux épuisés, l’opposition appelle la population à descendre dans la rue et que cela tourne à l’affrontement avec les forces gouvernementales.

Pour l’hebdomadaire le Calame, s’il n’y a pas eu fraude, « l’élection du 18 juillet aurait donc apporté la preuve qu’un nombre encore important de Mauritaniens n’ont strictement rien compris à ce qu’est la chose publique et le pouvoir du peuple. » Le journaliste ajoute que ce n’est pas « demain la veille qu’on choisira, suite à un débat public, transparent et instructif, les meilleures compétences populaires pour conduire les affaires communes. » S’il y a eu des irrégularités, « le recours à la fraude risque fort n’être le prélude que de l’éclatement d’une nation en perpétuelle construction/démolition, depuis cinquante ans. » Mauritanie web rappelle que « le même Conseil qui avait validé le coup d’Etat, valide l’élection d’Aziz ».

Pour de nombreux observateurs, les élections ne marquent pas la fin de la crise politique annoncée par l’organisation d’élections présidentielles transparentes. Au contraire, le scrutin risque de provoquer de nouveaux incidents.