Al-Qaïda : les Etats-Unis ciblent la Somalie

Les islamistes radicaux somaliens ont menacé, mardi, de «venger» la mort de Saleh Ali Saleh Nabhan, un leader d’Al-Qaïda responsable des attentats de Mombasa (Kenya) en 2002. Les Etats-Unis l’avaient exécuté la veille lors d’une opération ciblée. Les Américains réaffirment de la sorte leur politique d’intervention, pour juguler l’expansion du principal foyer islamique d’Afrique et assoir leur influence sur le continent.

« Nous regrettons de ne pouvoir tous les anéantir ». Empreint d’un esprit de revanche, un porte-parole des Shebab, organisation islamiste somalienne issue de la tendance dure de l’Union des tribunaux islamistes (UTI), a exprimé mardi sa colère à Reuters. Il réagissait à l’attaque, la veille, par des hélicoptères des forces spéciales américaines d’une voiture transportant quatre membres du groupe, au sud de la côte somalienne. La cible, qui a trouvé la mort dans l’attaque, avec un autre djihadiste, était le Kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan, bien placé dans la liste des personnes les plus recherchées par le Federal Bureau of Investigation (FBI). L’armée américaine avait déjà tenté, en mars 2008, de l’exécuter en tirant depuis un sous-marin deux missiles Tomahawk au large de la Somalie.

Nabahn est considéré par Washington comme le responsable de deux attentats, menés de manière quasi simultanée à Mombasa (Kenya) en 2002. Le premier, réalisé au camion piégé contre un hôtel à capitaux israéliens, avait causé la mort de 10 Kenyans et 3 Israéliens, ainsi que des 3 kamikazes, tandis que le second avait échoué, un avion israélien évitant de justesse deux tirs au bazooka au moment de son décollage. Mais il est surtout accusé d’être impliqué dans les attentats qui ont détruit les ambassades de Nairobi (Kenya) et Dar es-Salaam (Tanzanie).

Ce raid intervient quelques jours après un message audio attribué à Oussama Ben Laden et diffusé le jour anniversaire des attentats du 11-Septembre, qui mettait «le peuple américain au défi». Le meneur d’Al-Qaïda s’y attarde sur les situations en Palestine, en Irak et en Afghanistan. Mais si Ben Laden a concentré son propos sur ces conflits très médiatisés, Al-Qaïda avait en 2007 clairement affirmé ses ambitions d’expansion sur le territoire africain. La Somalie, par sa situation particulière, représente dans ce cadre un enjeu majeur. Face à un Etat faible, l’agglomération de groupes islamiques variés au sein de l’UTI tente depuis 2006 de mener le pouvoir vers une application stricte de la charia, dans ce territoire à la frontière entre Afrique et Moyen-Orient. L’autre nébuleuse islamiste importante en Afrique est Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique (AQMI), ex-GSPC, dont l’action transfrontalière a touché en 2009 à plusieurs reprises le Mali, le Niger, l’Algérie et la Mauritanie.

Le rapide développement du terrorisme islamique africain remonte au début des années 1990, avec comme déclencheur l’annulation des élections du FIS en Algérie en 1992 et la guerre civile qui en a résulté. La réponse de l’Occident, en particulier des Etats-Unis, a été de développer une politique active de protection de ses ressortissants et de promotion de la démocratie.libérale. C’est dans ce cadre qu’a eu lieu en 1992 en Somalie la désastreuse opération « Restore Hope », qui s’est brutalement interrompue après la bataille de Mogadiscio de 1993 et la mort de 19 soldats étasuniens.

La lutte contre le terrorisme au service de l’expansion américaine?

La lutte contre le terrorisme, renforcée après le 11 septembre 2001, a également été une façon pour les Etats-Unis d’accroître leur influence en Afrique. En 2002, la traque d’Al-Qaïda a par exemple justifié l’installation d’une base militaire à Djibouti. La guerre déclarée par l’Occident aux pirates somaliens, alliés depuis le début de l’année 2009 aux Shebab, a enfin pour avantage de justifier une présence militaire supplémentaire au large de la Somalie. Toutefois, les interventions américaines, marquées par le souvenir douloureux de 1993, se limitent désormais à des incursions pluriannuelles, pour des objectifs très précis. Critiqués par la communauté internationale pour leurs raids, ils s’en sont justifiés devant l’ONU en parlant d’« autodéfense ».

Pour préoccupante qu’elle soit, l’expansion du terrorisme islamique ne doit pas être surévaluée.
Les intérêts géostratégiques des Etats-Unis, mais aussi l’intérêt politique de certains chefs d’Etat africains à pouvoir justifier un Etat autoritaire, doivent pousser à la prudence dans l’analyse. La Somalie reste, en Afrique, le seul pays à être soumis à une influence islamiste aussi puissante.