Al-Ghazali à livres ouverts

Au centre d’Alger, la bibliothèque écclectique Al-Ghazali ne désemplit pas. Elle a su fidéliser une clientèle féminine et estudiantine en quête de savoir et d’ouverture, comme en témoignent ses arrivages. Rencontre avec Sid Ali Sekheri, libraire passionné.

Sid Ali Sekheri est responsable de la librairie Al-Ghazali, en plein coeur d’Alger. Ce licencié en psychologie, passionné de littérature, saura vous conseiller et vous guider entre ses rayons. Editeur, puis responsable d’une imprimerie, il a misé sur un travail de proximité depuis qu’il a repris la librairie il y a quatre ans. Résultat : Al-Ghazali ne désemplit pas. Avec un public à 80% féminin, il s’avoue  » libraire comblé  » ! Tous les jeudis, il organise des séances de dédicaces avec des auteurs algériens ou étrangers de passage. Avec son associé, il gère quatre personnes et deux étages de livres, luttant à sa manière pour la promotion du livre en Algérie.

Afrik : Qu’est-ce-qui se vend le plus dans votre librairie ?

Sid Ali Sekheri : Chaque livre de Yasmina Khadra est un événement. On en vend une dizaine par jour. Il fait l’unanimité même si les gens critiquent ses prises de position. Nous travaillons à 85% avec des livres d’importation, de France et du Liban surtout. Dernièrement, nous avons vendu quelque 200 exemplaires de la revue française Panoramique qui abordait un sujet sensible en se demandant si l’Islam acceptait la critique. Nous avons hésité à la commander mais elle a eu un énorme succès ce qui est symptomatique d’un changement dans les mentalités. Nous notons aussi un vif intérêt pour les autres religions : les exemplaires de la Bible se vendent très bien, surtout chez les jeunes.

Afrik : Je vois aussi un livre érotique sur votre présentoir…

Sid Ali Sekheri : En Algérie, la littérature sur la sexualité est florissante même si la misère sexuelle est évidente! Ce Kama-sûtra arabe est très demandé et nous vendons même des livres de Brigitte Lahaye (actrice française de cinéma pornographique dans les années 80, ndlr). Les gens, surtout les femmes, osent plus qu’avant demander ce genre d’ouvrages, ils n’ont plus honte.

Afrik : Etes-vous censurés dans vos commandes ?

Sid Ali Sekheri : Jusqu’en 1988, nous subissions une véritable chappe de plomb. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Seuls deux ouvrages nous ont été refusés cette année : La Sale guerre de Habib Souaïdia et La Mafia des généraux de Hichem Aboud. Il n’y a plus de censure directe mais il arrive que les importateurs algériens s’auto-censurent. Par exemple, ils ont refusé d’importer le livre de Thierry Meyssan, L’incroyable imposture. Quelqu’un a acheté le livre en France, l’a piraté, et malgré la thèse farfelue développée par l’auteur, nous en avons vendu plus de 1000 exemplaires en 4-5 mois. Nous aurions pu en vendre bien plus si nous avions eu de quoi.

Afrik : Vous vendez plus d’ouvrages en langue française…

Sid Ali Sekheri : Ils représentent 80% de nos ventes. Certains auteurs arabes se vendent mieux dans la traduction française… Cela peut s’expliquer par la défaillance de l’école algérienne et par le fait que les ouvrages en langue arabe excluent de nombreux domaines. Les ouvrages en langue française importés sont généralement plus beaux. C’est criant pour la littérature jeunesse qui tranche avec la grisaille de l’édition nationale. Pourtant, c’est un marché important : le livre de jeunesse est entré dans les moeurs comme cadeau pour un anniversaire ou pour la nouvelle année.

Afrik : Mais le livre reste marginal en Algérie…

Sid Ali Sekheri : Editer en Algérie coûte très cher. Le papier et l’encre sont importés à 95% et terriblement taxés. Les entreprises d’édition sont très mal gérées et il y a un réel besoin de formation. Enfin, en ce qui concerne la librairie, un marché énorme nous passe sous le nez à chaque rentrée : celui du livre scolaire. 35 millions d’exemplaires sont vendus par an mais pas par les libraires. Les livres sont distribués au niveau des écoles… ce qui n’arrange pas le secteur. Je suis un optimiste anxieux. Les pouvoirs publics sont en déphasage par rapport aux réalités du livre dans le pays mais nous comptons beaucoup sur Khalida Messaoudi, la nouvelle ministre de la Culture.

Librairie El-Ghazali

49, rue Didouche Mourad

Alger

00 213 74 98 47