Aider à la reconstruction d’Haïti : une priorité

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Un mois et demi après le séisme, qui a officiellement causé la mort à plus de 200 000 personnes et fait plus de 300 000 blessés, plus de 4 000 amputés et 1,3 millions de sinistrés, les habitants des zones dévastées essaient de vivre dans des abris provisoires. Peu à peu, ils commencent à se réorganiser. En France, la diaspora haïtienne mobilise tous les moyens possibles pour aider à reconstruire la pays.

CadetFrancoisFrantz.jpgFrançois-Frantz Cadet, originaire d’Haïti, secrétaire national du Collectif Haïti de France (CHF), président du Relais France-Europe de la Fondation Max Cadet d’Haïti et du Collectif Haïti des Associations de Midi-Pyrénées (CHAMP), ne ménage pas ses efforts pour collecter des fonds afin d’aider à la reconstruction du pays. Pour ce retraité de l’Enseignement agricole français, la reconstruction de son pays d’origine est la priorité d’aujourd’hui.

Afrik.com : Comment les Haïtiens de France ont-ils vécu le séisme qui a frappé Haïti, le 12 janvier dernier ?

François-Frantz Cadet :
Dans l’émotion, la peine, parfois dans la douleur pour avoir perdu un ou plusieurs membres de leur famille. Ils ont le sentiment d’avoir une obligation de soutien à l’égard de leur proches ou amis ayant survécu au séisme et ont été, en cela, réconfortés par l’élan de solidarité française et mondiale. Ils ont aussi manifesté des craintes, puisque la presse écrite, parlée et télévisée en a fait écho, sur les prétendues envies d’occupation ou de mise sous tutelle, manifestées ou supposées, par certains Etats dominants ou hommes d’Etat un peu arrogants et prétentieux.

Afrik.com : Quels sont les projets du Collectif Haiti de France pour la reconstruction ?

François-Frantz Cadet :
Face à cette tragédie, le Collectif Haïti de France, regroupement d’associations franco-haïtiennes, rappelle que sa structure ne dispose pas de la logistique nécessaire pour intervenir dans l’urgence (ce que savent faire les organismes Internationaux et gouvernementaux), et n’a pas vocation à acheminer les premiers secours : nourriture, vêtements, médicaments etc. Mais il veut continuer à investir dans des programmes de développement durable, il veut renouveler sa confiance à ses partenaires haïtiens et souhaite participer avec eux à la reconstruction du pays. Ce sont les projets de ces partenaires haïtiens qui seront financés par les collectes que nous organisons.

Afrik.com : Comment collectez-vous des dons ? En organisant des manifestations culturelles ?

François-Frantz Cadet :
Depuis le séisme, de nombreuses manifestations ont été organisées, à travers tout le pays, par les associations-membres et des amis d’Haïti. A travers elles, des collectes ont fourni des apports financiers qui serviront à aider nos partenaires haïtiens à reconstruire leurs équipements et à retrouver leurs outils de travail ou de fonctionnement. J’ai personnellement animé celle du 17 janvier sur la Place du Capitole, à Toulouse, pour laquelle les Toulousains se sont spontanément réunis pour avoir une pensée pour tous ceux (haïtiens et étrangers) qui sont morts sous les décombres et pour communier dans la douleur et l’espérance de ceux qui ont survécus à cette catastrophe. Depuis le 12 janvier, je participe à des débats, donne des interviews, rencontre les élus des Collectivité territoriales, organise des manifestations et participe à des réflexions sur la reconstruction d’Haïti.

Afrik.com : Votre père, Max Cadet, était chirurgien dentiste en Haïti. La clinique dentaire à Port-au-Prince a été détruite. Comment rétablir son fonctionnement ? Comment peut-on soutenir vos projets ?

François-Frantz Cadet :
Il y a 18 ans, après sa mort, nous, ses dix enfants et son épouse, avons créé la Fondation Max CADET d’Haïti qui offre des soins dentaires à bas coût aux démunis de la capitale Port-au-Prince. La Clinique principale, installée dans le quartier du Canapé-Vert, accueillait en moyenne par jour 160 patients, avec 9 fauteuils, 1000 outils stérilisés et 30 employés dont 11 dentistes et 11 assistants de soins. Nous avons heureusement trois Unités Mobiles de soins que nous avons commencé à utiliser sous les toiles de tentes, puis arriverons deux autres Unités Mobiles pour les soins de moindre importance. Maintenant, c’est l’opération un Cabinet Dentaire Mobile pour Haïti qui est cours d’élaboration en Midi-Pyrénées. Cet équipement, avec 2 fauteuils, un appareil radiographique et des accessoires de soins, qui nécessite un apport de 70 000 €, permettra de répondre aux exigences des soins de grande importance. Je lance un appel aux dons car nous n’avons pas encore réuni la somme. Plus tard, il faudra penser à la reconstruction et nous compterons une fois sur la solidarité et la générosité des Français.

Afrik.com : La question de l’adoption des enfants haïtiens a été largement discutée en France. Qu’est ce que vous en pensez ?

François-Frantz Cadet :
C’est une question complexe car beaucoup trop d’adoptants satisfont d’abord leur désir d’enfant avant de penser à l’intérêt de l’enfant. On ne fait pas le bonheur des enfants malgré eux. Négliger les racines biologiques et culturelles des enfants adoptés c’est presque nier leur existence d’avant. En ce cas, l’après peut devenir terrible. Il faut raison garder, que les impatients attendent au moins la vérification de la parenté de leur futur enfant.

Afrik.com : Que pensez-vous de l’organisation de l’aide internationale après le séisme ?

François-Frantz Cadet :
Vouloir que tout se fasse vite et bien quand on assiste, via les caméras de télévision, à la désespérance de ceux qui ont vécu la catastrophe c’est un peu exagéré surtout quand on est à Paris, New-York ou Montréal. Je pense que l’organisation a été très complexe et qu’elle s’est bien déroulée malgré quelque insuffisance. Alors qu‘il manquait, les premiers jours post-séisme, de logistique, de moyens et voies d’accès, d‘informations sur l’étendue des dégâts, les périls imminents, sur les groupes isolés et les besoins urgents, on peut féliciter ceux qui ont été sur le terrain et ont permis d’être dans une situation où tout le monde peut se nourrir et se soigner. Pour les toits disponibles ou les tentes utilisables ce fut très problématique et cela le demeure. On partait du point zéro dans un pays sous-équipé et où presque tout a été détruit, surtout dans la Capitale Port-au-Prince et dans l’Ouest du pays. Actuellement il y a suffisamment de stocks d’aliments pour nourrir tous les Haïtiens. Il est à souhaiter que la solidarité retrouvée des Haïtiens entre eux demeure et, je l’espère, pour longtemps.

 Site du Collectif Haiti de France

 Site de la Fondation Max Cadet

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