Afrique : l’heure de la révolution agricole a sonné

La Banque Africaine de Développement (BAD) a tenu, durant deux jours à Tunis, une conférence sur la relance de l’agriculture en Afrique. Jeudi, elle a rendu ses conclusions sous forme de recommandations, rédigées en regard de la crise alimentaire et de la flambée des prix qui rendent aujourd’hui la situation plus qu’urgente.

Sans révolution verte, point de salut. La Banque Africaine de Développement (BAD) a rendu ses conclusions à l’issue de la « Conférence pour la relance de l’agriculture en Afrique : incidences sur la résolution de la crise alimentaire », qui se tenait, mercredi et jeudi, à Tunis. Les représentants des 30 pays présents – sur les 53 pays membres- sont parvenus à un consensus sur l’urgence de la situation, et les solutions à lui apporter. Etaient aussi présents des organismes internationaux et des institutions multilatérales. Ensemble, ils ont évoqué en particulier les problèmes de la flambée des prix des céréales et ont formulé des recommandations à moyen et long terme. Le principal rôle de la BAD sera d’affecter des ressources supplémentaires aux programmes agricoles en cours.

Une révolution coûteuse et durable

La BAD a donc réfléchi aux actions à mener pour juguler la crise et assurer le développement et la pérennité de l’agriculture en Afrique. Les experts se sont penchés sur différents axes, tels la coopération régionale et sous-régionale, le développement de la recherche pour favoriser le progrès technique, la mise en place de règlements communs, et une meilleure appréciation du marché mondial, avec davantage de coopération entre les pays. La Banque Africaine de Développement mobilisera 1 milliard de dollars supplémentaires pour soutenir l’agriculture africaine, qui s’ajouteront aux 4,8 milliards déjà affectés au secteur primaire dans les dépenses de la BAD.

Tout l’enjeu, pour l’Afrique, réside dans le fait de réussir sa révolution agricole tout en prenant le contre-exemple de ce qu’ont fait les pays développés, gaspillant énergies fossiles et polluant la planète. C’est donc une difficulté supplémentaire mais incontournable, que de parvenir à survivre tout en préservant l’environnement. Pour cela, une meilleure maîtrise de l’eau est nécessaire, accompagnée d’une révolution énergétique. La relance agricole, en Afrique, devra s’adapter aux enjeux mondiaux, en développant une agriculture de conservation des ressources et en limitant les émissions de gaz à effet de serre. La préservation de la forêt, également, représente un défi de taille puisqu’elle est l’unique combustible. Pour les spécialistes, il s’agit d’un pari réaliste. Il suffit de bien investir et d’investir là où il faut.

Concilier urgence et long terme

Les différents protagonistes de la conférence se sont mis d’accord sur une série de recommandations, qui mettent en lumière l’urgence de promouvoir le secteur agricole dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté, et « des interventions concertées et complémentaires dans le soutien à l’agriculture africaine », selon un communiqué du la BAD.

En effet, sans une révolution verte efficace, l’Afrique ne se sortira pas du déficit alimentaire qui affecte 135 millions de personnes. C’est sur le secteur primaire que reposent toutes les chances de la population. « Il faut agir de deux façons simultanément », nous explique un spécialiste de la FAO [[FAO : Food and Agriculture Organization, organisation des Nations-Unies pour l’aide alimentaire et l’agriculture. Notre interlocuteur à la Fao a souhaité garder l’anonymat.]], « tout d’abord de manière conjoncturelle, en faisant face, dans l’immédiat, à la crise qui sévit. Cela nécessite d’assurer la sécurité alimentaire des populations par une aide directe. Puis d’encadrer les semences pour garantir les récoltes prochaines. Mais il faut également une action d’ordre structurel, sur le plus long terme. C’est-à-dire un investissement dans les infrastructures, les routes, les lieux de stockage, les politiques commerciales…afin de garantir une hausse de la productivité agricole. »

La FAO a estimé à 30 milliards USD par an les besoins d’investissement dans l’agriculture, dans le monde. « A Rome, au dernier sommet de la FAO, il y a eu des promesses d’investissement pour un montant de 11 milliards de dollars. C’était une première, mais au regard des besoins cela reste insuffisant. Quand on sait que les dépenses en armement, sur la même durée, atteignent 1 200 milliards de dollars, on comprend qu’on ne se trouve pas sur la même échelle », déclare le spécialiste que nous avons interrogé. Le premier frein à la mise en branle d’une relance efficace de l’agriculture en Afrique est donc d’ordre financier. Mais elle doit également relever d’une volonté politique claire et concertée. La stabilité des Etats est directement menacée par la crise alimentaire et la conférence de Tunis consacrée à l’Afrique, première du genre, a tenté d’ébaucher un début de solution.

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